L’installation se taille la part du lion au Young Belgian Art Prize

Jean-marie Wynants
Mis en ligne

L’ex-Prix de la Jeune Peinture fait peau neuve et se réinvente sous un intitulé qui regroupe toutes les facettes de l’art d’aujourd’hui. A Bozar, le parcours des neuf finalistes en donne une idée éclatée.

  • A partir d’images trouvées, issues de la sphère privée, Jasper Rigole propose une installation originale plongeant le visiteur dans l’obscurité pour découvrir un mélange de projection et d’écriture. © Jasper Rigole
    A partir d’images trouvées, issues de la sphère privée, Jasper Rigole propose une installation originale plongeant le visiteur dans l’obscurité pour découvrir un mélange de projection et d’écriture. © Jasper Rigole

Un mur de blocs de béton, des bris de verre croisant la vision du grand hall Horta, des blocs translucides mais nimbés de couleurs disséminés sur les murs surplombant la rotonde, un ensemble de matériaux déchirés, brisés, chaotiques et colorés dans cette même rotonde…

Au premier regard, on comprend aisément pourquoi l’ex-Prix de la Jeune Peinture se nomme désormais Young Belgian Art Prize. Depuis de nombreuses années, en effet, les artistes qui s’y présentaient, obligatoirement âgés de moins de 35 ans, s’éloignaient de la peinture classique et l’abandonnaient parfois totalement. Le public, lui, se raccrochant à l’intitulé, s’attendait à découvrir de la peinture dans les salles d’exposition, manifestant son étonnement et parfois son mécontentement, devant des œuvres qui n’avaient plus grand-chose à voir avec la vocation originelle de ce prix.

Exit donc la jeune peinture pour faire place à l’ensemble des arts plastiques, de la vidéo à la sculpture en passant, bien sûr par la peinture. Car le Young Belgian Art Prize se veut éclectique et ouvert à tous. Malgré l’intitulé, il ne faut d’ailleurs pas être Belge pour l’emporter mais simplement vivre depuis un an au moins en Belgique.

L’adieu à la peinture

En choisissant Jasper Rigole comme lauréat du prix principal (Crowet Prize), le jury a souligné le mélange de beauté, de poésie, d’histoire, de mémoire, d’humour de son travail, évoquant aussi l’image et sa subjectivité, le privé face au public, l’archive du banal et la question du statut de l’image aujourd’hui. Son installation, mêlant projections d’images trouvées et textes évoquant celles-ci de manière décalée réunit en effet ces diverses qualités et tombe à pic pour poser le débat face au déferlement d’images actuel.

Philippe Van Wolputte (ING Prize), Fabrice Pichat (Bozar Prize), Félicia Atkinson et Céline Butaye (Emile & Stéphy Langui Prize ex aequo) et les autres finalistes trouvent dans les salles de Bozar de beaux espaces dans lesquelles ils peuvent déployer un travail souvent de haute tenue. On ne s’étonnera pas que plusieurs des artistes retenus soient déjà présents en galerie.

On peut par contre être surpris par l’attribution du prix Emile & Stéphy Langui à Félicia Atkinson et Céline Butaye. Non pas que ces deux artistes aient démérité. La première propose dans la rotonde un univers éclaté, ravagé par un hypothétique ouragan mais méticuleusement installé par l’artiste. La seconde dissémine ses volumes géométriques translucides sur tous les murets, parapets et autres recoins surplombant la rotonde, jouant avec la lumière, l’architecture et la couleur.

Ce qui surprend, c’est qu’on leur a attribué le seul prix destiné à couronner une œuvre issue du champ de la peinture. Alors que cette distinction apparaissait comme une concession faite à l’ancien Prix de la jeune peinture, le jury semble avoir estimé que se contenter de cela n’était plus suffisant aujourd’hui et qu’il fallait ici marquer une rupture définitive.

On peut pourtant trouver assez passionnantes les petites peintures sur papier de Jean-Baptiste Bernardet et les grandes toiles de Helmut Stallaerts. D’autant que ce dernier, derrière une apparence assez classique, explore les notions de pouvoir et d’absence d’une manière subtile et profondément picturale.

Osez la rencontre !