Zénobie et Odenath, le mariage du siècle

Claire Coljon
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Reine de Palmyre, l’ambitieuse Zénobie prit comme second époux Odenath… que, plus tard, elle aurait fait assassiner avec leur fils aîné par un de ses neveux lors d’une fête d’anniversaire… Selon les écrivains, ce dernier aurait voulu se venger de son oncle qui l’avait puni pour lui avoir volé trois cibles d’animaux et les avoir tués avant lui lors d’une chasse !

Energique, belle et cultivée, celle qui se fait alors appeler l’« illustrissime reine » connaissait l’égyptien, avait étudié les lettres grecques avec le philosophe Longin et comptait parmi ses amis l’évêque d’Antioche. Profitant de l’anarchie du monde romain, fière de son titre de « Septima Zenobia Augusta », elle pousse ses troupes en Anatolie jusqu’au Bosphore, s’impose sur quelques ports méditerranéens et étend sa puissance jusqu’au sud-ouest du delta égyptien. Un règne éblouissant (de 367 à 272) qui se termine par sa capture et son emprisonnement par l’empereur romain Aurélien, ulcéré par cet insolent défi. Elle finit ses jours à Tivoli comme une dame romaine.

Un atelier bruxellois

Marquées dans leur lisière bleue, sous la bordure, de la marque B B pour Bruxelles Brabant, le blason de gueules de Bruxelles et la signature de l’atelier G. Peemans, les deux premières éditions de la tenture de Zénobie datent des années 1665-1667.

Gendre d’un célèbre licier de Bruxelles, Gérard van der Strecken, Peemans gère l’un des ateliers bruxellois les plus imposants de la seconde moitié du XVIIe siècle. Selon les historiens, entre 1660 et 1707 il emploie pas moins de quatorze liciers sur six métiers. A son actif, la tenture des Actes de Apôtres sur des cartons de Raphaël ou celle de l’Histoire d’Alexandre le Grand sur des cartons de Charles Le Brun. Sans oublier les cartons de peintres flamands tels Rubens ou Juste d’Egmont…

Quant à la tenture de Zénobie reine de Palmyre, considérée comme la plus belle, elle est tissée en laine, soie et fils d’argent avec huit à neuf fils de chaîne au centimètre et ses cartons sont de Juste d’Egmont (1601-1674), réputé autant comme habile peintre de portraits et de peintures d’histoires que comme créateur de cartons pour tapisseries. Des œuvres qui, par leur dessin et leur composition, expriment avec magnificence le baroque flamand. Après avoir fait partie de l’atelier de Rubens (1620-1628), Juste d’Egmont s’installe à Paris (1622) où il est honoré du titre de « peintre du Roy » par Louis XIV et est, en 1648, l’un des douze fondateurs de l’Académie de Peinture et de Sculpture. 1649, retour à Bruxelles avant, quatre ans plus tard, une installation définitive à Anvers où il vit dans l’opulence.

Splendeurs de l’art baroque

Dans le goût de l’époque, friande de cycles consacrés à des femmes célèbres, la tenture de Zénobie compte parmi les plus belles jamais tissées. On y suit les péripéties de la vie de cette reine de Palmyre, de son mariage à sa capture par Aurélien, en passant par le banquet de noces, des scènes de chasse, la guerre contre Aurélien puis les ripostes de ce dernier. Huit tentures complétées de sept autres, histoire d’augmenter son importance et de parer les entre-fenêtres et dessus de portes. S’il est aujourd’hui impossible d’admirer cette suite de tapisseries au château de Saint-Géry (France) dont elles furent le plus bel ornement pendant deux siècles, ni au château de Modave (Belgique) qui, en 1928, en acquit quatre (les plus spectaculaires !) à l’occasion de leur dispersion lors de la vente aux enchères qui a fait suite à celle du château de Saint-Géry, ces dernières sont, et ce depuis 1937, propriétés de l’Etat belge. Et exposées à Bruxelles aux Musées royaux d’Art et d’Histoire.

Quant à ce « Banquet de noces », il est à découvrir à la Galerie Zada. Une galerie spécialisée dans les tapisseries et tapis anciens qui, avec trois autres (la Maison Costermans, Georges et Hugues-Jean Lamy et Jos Boon), s’est est allée au Kazakhstan. Une invitation officielle lancée par le musée d’Almati et le ministère de la Culture – par l’intermédiaire de Christophe Boon – afin de faire découvrir à ce pays – dont la capitale Astana sera en 2017 siège de l’Exposition internationale – la diversité des arts de l’Europe de l’Ouest et même d’Orient.

Zada Gallery, 20 rue des Minimes, 1000 Bruxelles. Tél. : 02/513 78 55 – Site : www.zadagallery.be

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