L’édito: Les Belges face à leur destin
Le roi Albert II a donc abdiqué. Si le moment est historique, il n’était pas inattendu. Le Roi était fatigué, et n’avait pas caché à son entourage son souhait de ne pas être confronté à une nouvelle échéance électorale, celle de mai 2014 étant particulièrement redoutée.
Cette décision est d’une grande modernité, à l’instar de celles prises récemment par la reine Beatrix ou le pape Benoît XVI. Après vingt ans de règne et à 80 ans, le Roi prend une décision sage, responsable et annoncée qui plus est avec cette grande simplicité qui lui est coutumière. Le Roi part aussi avec le sentiment légitime du devoir accompli.
Albert II a, en effet, apporté aux Belges compassion et chaleur dans les moments tragiques vécus par le pays, mais aussi un sens aigu des responsabilités dans des crises politiques d’une profonde gravité. Les négociations de 2010-2011 resteront ainsi l’un des moments clés de notre histoire, et le rôle d’Albert II y aura été fondamental.
Le moment pour cette abdication est-il mal choisi ? Elle accroîtrait, soulignait le monde politique, la fragilité de notre pays, toujours soumis aux menaces que fait peser sur son unité la perspective d’une victoire écrasante de la N-VA, indépendantiste et républicaine.
Ce risque n’est de fait pas mince – il suffisait ce mercredi soir de lire les sorties rageuses qui s’emparaient des forums en ligne –, et il était redouté par Elio Di Rupo et nombre d’hommes politiques, même au nord du pays, qui craignent que le travail de l’actuel gouvernement ne soit pas suffisant pour calmer les frustrations et l’envie de marquer son agacement d’une partie des électeurs flamands.
Cette première fragilité se double de deux autres : primo, la personnalité controversée du prince Philippe, particulièrement à nouveau au nord du pays ; secundo, une situation économique et budgétaire toujours critique ; ajoutons, tertio, qu’Elio Di Rupo, Premier ministre désormais plus que jamais garant de la stabilité et de l’unité du pays, sorte de « roi ff », n’a pas réussi malgré le travail important abattu, la maestria reconnue dans la conduite d’un gouvernement complexe et son obstination à mener les réformes convenues, à emporter l’adhésion du nord du pays, n’arrivant pas à faire contre-feu à la popularité toujours très forte de Bart De Wever.
Mais si, au règne de la crainte et de la peur qu’ont entretenu tant d’observateurs depuis que cette envie d’abdication a été révélée par notre journal, on substituait la gestion adulte de la chose politique belge ?
1) La décision du Roi, prise quasiment un an avant l’élection, dans un moment « calme », sorte d’œil du cyclone, est sage et responsable, vu l’âge et la santé du Souverain.
2) Elle met sur le trône un prince inévitable, Philippe, dont, à force de douter publiquement, on faisait une marionnette. Son père en partant lui passe d’ailleurs un message très clair : la monarchie n’est pas là pour se perpétuer, mais pour se moderniser, au service de son pays.
3) Ce pays a un gouvernement qui a démontré sa maturité politique, a décidé de faire bloc et un Premier ministre qui incarne ce combat pour la stabilité du pays, quitte à en faire pâtir son propre parti.
4) Les réformes institutionnelles et le budget prévus sont en voie de réalisation.
5) la logistique de la passation de pouvoir est intelligente : le 21 juillet, on fêtera plein de choses à la fois, sans prendre le risque d’en faire un test de popularité pour Philippe et Mathilde.
Mais surtout, et c’est très malin d’Albert II de l’avoir souligné, renvoyant la responsabilité de la suite qu’on donnera à la monarchie mais surtout à ce pays, à ses principaux et uniques décideurs – la population belge : aucun roi, qu’il ait 80 ans et soit aimé, ou 50 ans et mis en doute, ne fera que ce pays éclate ou pas. C’est d’ailleurs indispensable, et le contraire serait dangereux : la Belgique est une démocratie. Ce sont les électeurs et les hommes politiques qu’ils élisent qui décideront du futur de ce pays. C’est le dernier grand mérite d’Albert II en partant que de l’avoir rappelé aux nationalistes, aux républicains, aux monarchistes et… à son fils, remettant hier la balle du match noir-jaune-rouge, là où elle va se jouer : pas dans le camp de Philippe Ier, mais dans le camp des Belges.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Drôle de photo pour illustrer l'éditorial. Madame Delvaux compte se présenter aux prochaines élections?
On avait un guignol peut-être sympa, on nous fourgue un clown grotesque incapable d'aligner 3 mots l'un derrière l'autre. Il est sérieusement temps de se poser la question de la perpétuité d'un système ringard qui prêterait à rire s'il n'était complètement anti-démocratique. Le comble de l'horreur a été atteint quand bébert annonce en grandes pompes que c'est le prince héritier qui va prendre sa succession : on est en 2013 ou en 1513 ? ? ? Quant à une République, je ne vois pas pourquoi ce pays ne saurait se doter d'une 'présidence tournante' comme le fait l'Union européenne (ça au moins elle le fait bien) : 6 mois ou 1 an pour chaque région, germanophone compris. Si difficile à imaginer ?
Le test de popularité c'était hier, au palais : quelques drapeaux et puis le vide. Tout est dit.....
vive le Roi... Dans notre petit pays si compliqué pour beaucoup de curieux, un Roi est bien plus sage qu'un président, et cela coûte beaucoup moins cher, de plus on en change moins souvent, la royauté avant rabotage des dotations s'élevait à 13 millions d'euro, en France la présidence coûte 103 millions d'euro, avec un nouveau roitelet tous les cinq ans et tous les avantages qui vont avec un ex président alors une république non merci !!!









To individualiste : Le Soir - qui vire ses journalistes à tour de bras - se résumera bientôt à Béatrice Delvaux. Cette photo disproportionnée illustre la dualisation de la presse, avec d'un côté, les "stars" bien payées devenues des peoples, et de l'autre, la masse de journalistes anonymes, sous-payés, pressés comme des citrons, et qui servent de variable d'ajustement dans les médias en perdition.