La seconde révolution égyptienne

Jurek Kuczkiewicz
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Est-ce un coup d’État, ou une nouvelle révolution ? L’image, provenant mercredi soir du Caire, de feux d’artifices tirés par-dessus de gigantesques foules en liesse, faisait plus penser à la célébration d’une victoire à une Coupe du monde, qu’à un coup d’Etat accompagné d’une suspension de la constitution. Quels temps extraordinaires…

Ce n’est pas la première fois qu’une révolution populaire est emmenée ou encadrée par une armée qui s’est rangée du côté de la majorité d’un peuple. En Egypte toutefois, cette « seconde révolution » est pétrie de paradoxes. Il y a deux ans, le chef d’une armée qui avait tenu le pays sous coupe réglée pendant 60 ans, était balayé par le peuple. Deux ans plus tard, le même peuple vient d’appeler la même armée à la rescousse pour chasser un président, démocratiquement élu il y a un an à peine. Il paraissait inimaginable en 2010 de chasser Hosni Moubarak du pouvoir. Il paraissait illégitime d’en chasser Mohamed Morsi, président légitime.

Il faut donc juger cette « seconde révolution égyptienne » avec beaucoup de circonspection, mais aussi beaucoup d’espoir. Beaucoup de circonspection, car il serait dangereux de considérer qu’un ordre constitutionnel peut être renversé dès le moment où une majorité dans la rue se mobilise pour en contester la légitimité.

Mais pour le coup, dans le cas de l’Egypte, l’espoir contrebalance les réticences. Car, dans cette seconde révolution comme dans la première, c’est une revendication juste et large pour plus de démocratie inclusive qui a inondé les rues du Caire, contre l’accaparement du pouvoir par ceux qui, s’estimant légitimes, s’adjugeaient la légitimité d’un pouvoir illimité. Le gouvernement Morsi menait inexorablement l’Egypte vers l’effondrement économique et social, et vers l’affrontement. Ce pays était devenu une gigantesque bombe. Et – encore un paradoxe – c’est le peuple qui, par une mobilisation remarquable et impressionnante de discipline, a endossé le rôle de la raison, et de la détermination contre une nouvelle dérive totalitaire.

Enfin, les révolutions arabes avaient rapidement suscité, dans le monde occidental et laïque, les craintes face aux excès de nouveaux pouvoirs religieux. C’est justement face à cette dérive que 25 millions d’Égyptiens ont décidé de se lever. C’est un gigantesque motif d’espoir. Mais il faudra, cette fois-ci, apporter au peuple égyptien tout le soutien occidental qui lui a manqué après la première révolution : l’Egypte avait été abandonnée à elle-même. On ne pourra observer de loin cette nouvelle révolution pour plus de démocratie et d’équité, nous en désintéresser ensuite, pour finalement en regretter une issue chaotique et islamiste qui justifiera, a posteriori, notre désintérêt.

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10. Davor dit le 04/07/2013, 22:36

C'est un coup d'état, comme la première...

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9. Fafnir dit le 04/07/2013, 19:41

Quel pourrait être ce soutien occidental que l'éditorialiste appelle de ses voeux?

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8. Labrador dit le 04/07/2013, 16:27

85 millions d'habitants vivant sur le sable. Rien ne pousse. La chaleur est insupportable. Certains ont la chance d'avoir une felouque, mais le Nil s'épuise à cause des grands travaux des pays en amont. La majorité de la population vit dans des bidonvilles et gagne 2 dollar / jour. Et à mon avis accepterait encore dix ans de dictature pour 1 dollar de plus. A ce tarif là, vous pensez bien que la démocratie c'est du superflu. Pourtant, les "Islamistes" ont le droit d'être représentés au pouvoir comme tout le monde, même si on ne leur a laissé aucune chance (désastre économique, pauvreté, instabilité) en un an de gouvernement. Moi je dis, pour être Egyptien aujourd'hui, il faut beaucoup de courage et de sagesse.

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7. BruxellesdanslaRue dit le 04/07/2013, 14:24

[Individualiste] Où donc ai-je jamais dit que "tout le monde doit suivre!"? La révolution et le changement dans la société impliquent-ils forcément l'unilatéralité politique, le monopartisme et la dictature sanglante? La révolution - qui n'apparaît historiquement qu'au sein de populations politisées - inhibe-t-elle la politique? Ce serait étonnant. Cela dit, je ne suis pas contre un certain degré d'individualisme ou de dissidence, au contraire. Mais j'ose attendre des humains qu'ils soient cohérents. Celui qui refuse la société, la collectivité minimale dans un groupe qui a choisi de vivre ensemble, doit aussi refuser les services donnés par le groupe. L'école, l'hopital, la justice, le transport, l'armée, le gouvernement, la gestion des ressources, des questions territoriales et environnementales émanent d'une acceptation de vivre ces choses collectivement. Vous pouvez vivre en dehors ou en dedans. Mais pas prendre sans rien donner. Cette idée commence-t-elle à faire sens??

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6. individualiste dit le 04/07/2013, 14:09

@4. BruxellesdanslaRue Non, je ne crois pas à un système unique qui serait la panacée universelle. Étant individualiste (comme l indique mon pseudo) je vivrais assez mal le collectivisme. Cependant au nom de quoi voudrais-je empêcher ou simplement dissuader certains de tenter l aventure? Je suis individualiste mais je suis contre toute loi ou règlement qui les limiteraient de la possibilité de le faire. Ce que je vous reproche, c est le "tout le monde doit suivre"

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