Moi, Nathalie D., 49 ans, étudiante IPI…
Chaque année, ils sont nombreux à suivre une formation en immobilier. Certains arrêtent en chemin, d’autres vont jusqu’au bout, malgré un travail et des enfants dont il faut s’occuper.
Cinquante ans, le bel âge pour une femme. Pour le passage du demi-siècle, certaines s’offrent (ou se font offrir) une jolie bague, une belle voiture, un voyage de rêve… Nathalie Dauwens, elle, s’offrira… son agréation IPI suite à des études qu’elle suit à l’EFPME (Espace Formations pour les PME). Moins sexy et nettement plus rébarbatif, vous l’avouerez…
Débuté en septembre 2010, son cursus durera au total trois ans. Il est en passe de s’achever puisque le 7 septembre, elle passera le fameux « examen C » qui sanctionne l’ensemble des études. En cas de réussite, Nathalie devra toutefois encore effectuer un stage de dix mois, lui aussi sanctionné par un examen, le dernier.
Aujourd’hui âgée de 49 ans, l’étudiante en herbe en aura bien 50 quand elle recevra enfin son précieux sésame… « Si on est étudiant, il y a moyen de tout regrouper en un an, affirme Nathalie. C’est dur mais faisable. Mais pour moi qui travaille, c’était impossible… »
A raison d’une dizaine de cours par an, et moyennant un minerval de 300 euros annuels, notre étudiante en herbe a téléchargé ses syllabus sur internet puis potassé, ingurgité et restitué des textes traitant de matières aussi complexes que le cadastre, l’urbanisme, les assurances, le droit civil, la comptabilité, la location, la vente, l’administration de biens ou encore la publicité et le marketing. « En juin 2010 est sortie la nouvelle loi sur la copropriété, se souvient Nathalie. Et on a bien sûr dû se la farcir. Mais le cours le plus difficile fut celui qui traite des technologies du bâtiment. Une brique de 250 pages avec une terminologie propre très ardue ! »
Dans son appartement d’Ixelles, Nathalie nous montre ses différents cours. Très vite, les premiers effets de la nausée se font ressentir. Comme (il y a bien longtemps) sur les bancs de l’unif… Mais comment a-t-elle fait ? A 49 ans ? « Le plus difficile, à cet âge, c’est la mémoire. J’ai sacrifié beaucoup de week-ends car ce n’est guère évident de se mettre à étudier le soir à partir de 21 heures après une journée de travail, la préparation du repas et le rangement de la cuisine. Par moments, j’ai dû être très ch… avec mes amis. Mais c’est un défi et il n’a jamais été question de laisser tomber en chemin. Ma fille de 26 ans a quitté la maison, mais j’ai un fils de 20 ans qui vit avec moi. Quand il me voyait stresser pour un examen, il se marrait… »
A propos de ses cours, Nathalie ne veut froisser personne. « Je n’ai toujours pas compris l’utilité de certains d’entre eux mais d’autres furent très intéressants, même pour moi qui travaille déjà depuis plus de vingt ans dans le secteur de l’immobilier, dit-elle. Aujourd’hui, il faut être beaucoup plus malin pour m’avoir ! »
Quand elle a commencé sa formation, prendre place sur les bancs de l’EFPME l’amusait. Un sentiment qui s’est vite estompé. « La dernière année fut très compliquée, dit-elle, car l’âge s’est fait ressentir. Au début, c’était marrant. Je me souviens du premier jour de cours. Nous devions être 130 dans l’auditoire et j’avais autour de moi des élèves qui étaient plus jeunes que mes propres enfants ! Plusieurs fois, je me suis dit : «Mais qu’est-ce que je fais ici ?…» Et ne me demandez pas si j’étais la plus âgée car la réponse serait évidemment… oui ! Heureusement, on ne me donnait pas mon âge… »
Pour assister aux cours tout en jonglant avec son travail, Nathalie avait le choix entre trois formules : deux demi-journées, une journée complète ou deux soirées par semaine. Profession oblige, elle a choisi la deuxième formule.
Un minimum de présences aux cours est requis, sans quoi c’est l’exclusion. Sur l’ensemble des trois années, Nathalie a dû louper tout au plus six jours. Une belle assiduité qui s’est vue récompensée par une moyenne de 86 % la première année et 88 % la deuxième.
Cette année, Nathalie s’était fixé comme objectif… 90 % (elle attendait ses résultats au moment de l’interview mais elle semblait optimiste). « Ces cours m’ont fait travailler les neurones, sourit-elle. Et j’ai énormément appris, c’est une certitude. Quand je reçois un devis aujourd’hui, je le lis beaucoup plus facilement qu’avant. »
Depuis 20 ans, Nathalie travaille chez BTS, une société immobilière appartenant à Daniel Weckx au sein de laquelle elle s’occupe de la location et de la gestion de biens. Depuis quatre ans, elle s’occupe également de la location de surfaces commerciales pour le compte de RPIA. Pourquoi, dès lors, cette sacro-sainte agréation IPI ? « Parce que chez BTS, je travaille pour un patron qui a 68 ans et qui n’est pas éternel. Il ne sera pas content mais c’est vrai ! Je lui dois tout et lui en serai éternellement reconnaissante mais le jour où il raccrochera, je ne pourrai plus exercer mon métier seule. J’avais envie, et sans doute besoin, de régulariser ma situation… » Ce qui sera donc fait très bientôt.
Au moment de quitter l’appartement, une ultime question fuse : « Pour vos 60 ans, à quelles études songez-vous ? » Un syllabus (mais pas moyen d’en lire le titre) a failli voler…


