Benoît Poelvoorde se laisse tenter par la chair
A 48 ans, il remet son couple en question dans la comédie tendre « Le grand méchant loup ». « Je comprends bien les femmes, mais comme on n’est pas fait pareil... » : entretien.
Il y a quelques années, Benoît Poelvoorde avait peur de jouer avec l’intime. Puis il a rencontré Anne Fontaine qui l’a cinématographiquement décoincé. Depuis, l’acteur a fait du chemin jusqu’à se retrouver en tenue SM dans Une histoire d’amour , d’Hélène Filières. Dans Le grand méchant loup , de Nicolas & Bruno, il fait l’amour dans le lit du Roi Soleil et court nu dans le château de Versailles. Cela ne l’empêche pas de rester pudique et d’initier un Festival de l’intime à Namur début septembre.
Au début du « Grand méchant loup », votre personnage fait une réflexion sur la mort. Votre propre mort vous interpelle ?
Tout le temps. Souvent, je me dis que je préférerais partir avant les gens que j’aime. Avant ma mère, par exemple. Égoïstement, pour ne pas à avoir à vivre son décès. Le moment où on ira vers le « plus rien » m’angoisse. Rester seul avec soi. Se demander si l’âme existe ou pas ? C’est pourquoi on fuit et on s’égare. Car il y a la difficulté de comprendre que tu vas vers rien. C’est déstabilisant. Mais ça peut aussi me retaper le moral. Je suis un fan de « Melancholia », de Lars von Trier. La première fois que je l’ai vu, ça m’a plombé la gueule. La deuxième fois, je me suis dit : « Mais tu es en vie. » J’ai été à la première terrasse en pensant : « Profite de tout. » Il faut profiter du fait qu’on n’a mal nulle part !
Quand vous jouez les scènes intimes avec Marie-Christine Barrault qui incarne la mère mourante, êtes-vous dans la fiction ?
Impossible de ne pas se mettre personnellement dans la situation. J’ai pensé à ma maman. Je ne pouvais pas jouer ça autrement que premier degré. J’avais les larmes aux yeux en lui demandant si elle a peur de mourir. Ma mère est la femme de ma vie. Je n’ai toujours pas coupé le cordon. Autant on peut être très proche l’un de l’autre, autant nos rapports sont très pudiques et cela fait patrie du jardin intime.
Or, tout le monde connaît votre maman…
Oui mais j’ai toujours peur qu’il lui arrive quelque chose, qu’on la blesse, qu’on dise du mal. Ma maman est tellement naïve, gentille, disponible que j’ai toujours peur, surtout dans ce milieu du cinéma.
Le film parle aussi de la fidélité et de l’infidélité. Que signifie pour vous la fidélité ?
C’est un état d’esprit, un rapport à l’autre dans le partage et la confiance. Pour moi, c’est plus grave de laisser dormir quelqu’un dans ton lit que de coucher avec. On essaie de garder un cap pour rester fidèle à ce qu’on est. Encore faut-il bien se connaître… Je ne me connais toujours pas mais je commence à distinguer les contours. 99 % des hommes veulent le beurre et l’argent du beurre, à savoir leur femme et leur maîtresse.
En faites-vous partie ?
Non ! J’y ai pensé mais je me suis rendu compte que c’était invivable pour une femme. Je comprends bien les femmes mais comme on n’est pas fait pareil… Je me trouve beaucoup de circonstances atténuantes. Des études scientifiques ont prouvé que suivant la quantité d’ocytocine, substance chimique produite par le cerveau, l’homme est plus ou moins fidèle. Donc, on est victime de la chimie…
Et le tourbillon du cinéma n’arrange rien ?
J’ai la chance de vivre en Belgique, donc je refuse les sollicitations. Quand j’ai découvert le vedettariat, j’ai goûté à cette vie parisienne. Mais très vite, tu te rends compte que c’est tout le temps les mêmes personnes, les mêmes soirées. Tu ne discutes que cinéma et tu t’emmerdes.
Le cinéma vous fait-il réfléchir sur votre propre vie ?
Non. Les réflexions, c’est plus les livres qui me les suscitent. Ceci dit, j’ai accepté le film de Benoît Jacquot car il parle d’une relation amoureuse qui me touche : quand l’amour devient passionnel et que le dilemme est insoluble. C’est l’histoire d’un homme qui tombe amoureux de deux sœurs. Il va épouser l’une alors qu’il aimait l’autre. Un truc bien mélodramatique. Très romanesque. Je débute le tournage en septembre avec Charlotte Gainsbourg et Léa Seydoux.
Vous voilà en plein dans les rôles d’homme amoureux…
C’est la tranche d’âge. Cet âge où les hommes deviennent fous ! Depuis le film d’Hélène Filières, je peux tout faire. Son film fut un baptême pour devenir à l’aise avec mon corps.
Vous allez tourner avec Charlotte Gainsbourg. Que pensez-vous de la demande en mariage faite par Yvan Attal en public ?
C’est navrant ! Pourtant, c’est un type intelligent. On perd de plus en plus le sens de l’intime. C’est pourquoi je fais un festival sur ce thème à Namur début septembre. Je suis fier de moi sur ce coup-là. Je dois y faire une lecture mais j’ai la trouille. Je me sens comme le mec qui doit transporter un vase Ming en mobylette.
Les personnages du film sont en pleine recherche du bonheur… Qu’est-ce qui vous rend heureux ?
Je ne vis ni dans le passé ni dans le futur. Je suis dans le présent et heureux de petits bonheurs comme une promenade en bagnole.
Après avoir annoncé votre retraite du cinéma, on vous sent plus en phase avec vos choix actuels : Benoît Mariage, Xavier Beauvois, Benoît Jacquot…
C’est la maturité ! Mes choix sont toujours guidés par le plaisir mais peut-être que je réfléchis un petit peu plus… Quoi que même pas. C’est le hasard. Et tout le monde le sait, je me contredis sans cesse. De plus, plus je dis que j’arrête, plus je reçois des propositions. Comme c’est la crise, ce serait con de refuser du boulot. Surtout avec des gens que j’aime bien.











Merci Benoît Benoit Poelvoort est un très grand artiste parce qu'il est TRES humain. Cela devient très rare dans ce bas monde: quelqu'un qui parle VRAI, un homme qui clame sa tendresse, ses peurs, sa pudeur et cela, en lien avec son art. C'est magnifique. J'espère qu'il va nous émerveiller longtemps encore en s'éloignant de plus en plus avec la sérénité, des paradis artificiels. Merci pour tout Benoît. A l'heure où on cherche à définir la notion de Belgique: Benoït ¨Poelvoort en est une définition vivante: humour décalé, simplicité, sérénité, vérité. Et il s'en revendique! Remerci!!