Cécile McLorin Salvant, entre Bessie Smith et Barbara
A 23 ans, la chanteuse franco-américaine éblouit avec son album « Woman Child ». Elle est au Gent Jazz ce vendredi.
Vingt-quatre ans le 28 août. Et déjà, on la compare à Billie Holiday, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald. Cécile McLorin Salvant ne fait pourtant pas dans la copie. Elle a déjà trouvé son style particulier, fait de simplicité et de fraîcheur, même quand il s’agit de reprendre des morceaux d’avant le jazz lui-même. La preuve par son deuxième album, Woman Child, qui vient de sortir. Et où elle montre l’étendue et la versatilité de sa voix.
Vous êtes née à Miami d’un père haïtien et d’une mère guadeloupéenne, donc française. Ces origines diverses vous ont formée ?
Je ne sais pas. Bien sûr, ça a une signification. Mais surtout parce que j’ai été élevée dans une famille qui écoutait toujours de la musique. Plein de musiques différentes, venant du Sénégal, du Portugal, des Etats-Unis, d’Amérique du Sud… Et j’ai été obligée d’étudier le piano dès mes 5 ans, alors que je n’avais pas trop envie. C’est ça qui m’a formée.
Vous avez étudié le jazz et l’improvisation et le chant lyrique. Un paradoxe ou une complémentarité ?
De toute façon, c’est de la musique. Et toute musique m’enrichit et le jazz et le classique s’enrichissent l’un l’autre, même s’ils sont très différents. Je fais attention à ne pas trop mélanger les genres, mais globalement, j’aime travailler la musique en général.
Toutes les musiques. Vous chantez aussi du John Lennon, du Satie, du Cole Porter.
J
’aime beaucoup ça. Parce que, très petite, j’ai été exposée à ces musiques différentes. Quand j’écoute de la musique sur mon iPod, je le fais de manière aléatoire et ça passe d’un extrait d’opéra du XIXe, à du punk, à un standard de jazz. J’ai des goûts très éclectiques. Ça se reflète dans la musique que je fais.
Mais en même temps, c’est du Cécile McLorin Salvant : vous vous appropriez ces musiques.
Merci. C’est le but, en effet.
Vous avez une voix au registre très étendu. C’est un don. Mais c’est aussi du travail.
Certainement. J’aime bien la travailler avec le piano. En tournée, ce n’est pas forcément évident, mais il y a de petits exercices qu’on peut faire dans une chambre d’hôtel.
Sur votre album, il y a des reprises, de vieux jazz, en particulier. Mais aussi trois de vos compositions.
Je compose au piano. C’est plutôt difficile pour moi. Il me faut énormément de temps, surtout pour les paroles, mais je m’applique.
Votre album est un monument de simplicité. Pas d’effet de surproduction. Tout naturel.
Les moments musicaux, les disques que je préfère sont souvent le fruit de formations réduites. Un de mes albums préférés est un Sarah Vaughan simplement accompagnée d’une guitare et d’une contrebasse. J’ai voulu que ce disque-ci soit quelque chose de simple, d’intériorisé.
On dit que vous êtes dans la lignée de Holiday, Vaughan, Fitzgerald. Ça vous éblouit ou ça vous fait peur ?
Ça m’éblouit, évidemment, c’est un honneur pour moi. Mais c’est vrai que ça me fait aussi un peu peur. Le danger est qu’on me considère comme une imitatrice.
Qu’on vous enferme dans un carcan ?
Ce n’est pas tellement ça. Mais c’est un raccourci de me trouver cette lignée-là. C’est incroyable pour moi mais c’est un peu réducteur. Car mes influences personnelles sont surtout Bessie Smith et Barbara, qui m’a beaucoup influencée dans la façon de chanter des textes.







