Attention, peinture fraîche !
Après « Au sanglier des Flandres », Bernard Van Eeghem reprend du pinceau dans « Karakoram » au Festival de Bruxelles.
Quand on a vu Bernard Van Eeghem parcourir une immense toile en plastique de ses traits de pinceau, la noircissant dans un élan fiévreux, de bas en haut, perché sur son échelle, pour nous raconter son « Sanglier des Flandres », on comprend que sa prochaine création s’intitule « Karakoram », du nom de ce massif montagneux du Pakistan où court le deuxième plus haut pic du monde, le K2, à 8611m. Plus qu’une performance artistique, une création de Bernard Van Eeghem tient souvent d’un exploit physique, où le récit gravit, en peinture, des sommets.
Dans « Au Sanglier des Flandres », repris cet été à Courtrai, Ostende et Louvain, l’artiste part d’un souvenir d’enfance quand, à cinq ans, son père l’emmène voir la procession du Saint-Sang devant le beffroi de Bruges. Sur scène, en combinaison de peintre en bâtiment, il se poste devant une gigantesque bâche transparente et entreprend de peindre en direct les moments phares de la Bible, de l’Ancien au Nouveau Testament. Attention, on est loin du cours de catéchisme.
En deux coups de pinceau, aussi lapidaires que précis, il peint l’Arche de Noé ou la Passion du Christ tout en digressant avec un humour plein de naturel sur le folklore flamand et des anecdotes de son enfance. Bernard Van Eeghem peint ce qu’il dit et dit ce qu’il peint tandis que la toile se noircit, que la fresque se nourrit, et que son échelle roulante l’emmène toujours plus haut sur sa peinture en mouvement.
De la Vierge à son enfance
Le moment le plus fort surgit à la fin quand, de la Vierge Marie, figure maternelle universelle, il bifurque vers son histoire personnelle, celle d’un enfant né sous x et qui tente sans relâche de retrouver sa mère, encore à l’heure actuelle.
Eberlué par cette performance de 25 minutes, on ne loupera sous aucun prétexte sa prochaine création, « Karakoram », qui s’annonce du même tonneau. L’artiste, qui a étudié l’architecture et l’histoire de l’art à l’université, reprendra du pinceau dans un schéma similaire : « Je peins en direct, sur une toile transparente, avec une caméra à côté de moi qui me filme. On me voit par transparence à travers la toile mais à mesure que je peins, je disparais. A mesure que je disparais, je réapparais par le biais de la caméra projetée. A la fin, je disparais du film et je réapparais en réalité. »
D’une certaine manière, il sera encore question de naissance, thème qui traverse l’œuvre de l’artiste. « Disparaître et naître et disparaître. La peinture naît et le faiseur-peintre disparaît. Cela commence avec un point puis un autre, ensuite quelques autres points qui très vite deviennent ligne et plan. Alors les lignes se redressent sur les plans dans plusieurs directions. Apparaissent des figures stéréométriques de toutes sortes reconnaissables, comme captées du décor de notre vie quotidienne. L’endroit d’abord neutre et géométrique s’agrandit vers une cité énorme et mondiale qui sera démolie prématurément par une transformation aussi cruelle qu’atroce mais heureusement pleine d’espoir. » C’est ainsi que Bernard Van Eeghem nous met en appétit, de manière toujours aussi énigmatique, pour ce work-in progress à découvrir à la Cellule 133, à Bruxelles, pour le Festival de Bruxelles, qui programme d’autres artistes passionnants : Michel Bernard, Angelo Bison, Eric Drabs et bien d’autres.
« Au sanglier des Flandres » le 13 juillet à Courtrai, le 1er août à Louvain et du 2 au 4 août au Theater Aan Zee à Ostende. www.margaritaproduction.be. « Karakoram » les 20 et 21 juillet au Festival de Bruxelles. www.festivaldebruxelles.be.


