«Google Play Books amène une concurrence nécessaire en Belgique»

Olivier Croughs
Mis en ligne

Primento, éditeur et confectionneur d’ebooks, se réjouit de l’arrivée sur le marché belge de la boutique en ligne de livres numériques.

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Thibault Léonard est le fondateur et patron de Primento, éditeur et confectionneur d’ebooks.
    Thibault Léonard est le fondateur et patron de Primento, éditeur et confectionneur d’ebooks.

I l était urgent de faire venir de la concurrence en Belgique vu les dangers d’oligopole maintenue par Apple et Amazon. Ils prennent une marge de 30 % sur chacune des ventes, ce qui est normal, mais rien ne les aurait empêchés de l’augmenter s’ils avaient été laissés aussi seuls plus longtemps  », explique Thibault Léonard, fondateur et patron de Primento. À 27 ans seulement, il fréquente les tout grands de l’industrie du livre et ne montre pas la moindre marque d’autosuffisance quand il explique qu’il était à deux doigts de convaincre la Fnac de venir en Belgique proposer sa boutique en ligne d’ebooks.

L’arrivée de Google sur ce secteur est donc une bulle d’oxygène pour l’ensemble des acteurs de l’édition. Et notamment pour Primento, la start-up bruxelloise spécialisée dans la confection et l’édition de livres numériques. Agée de trois ans à peine, elle est déjà leader sur son marché et emploie aujourd’hui une douzaine de collaborateurs.

«  On constate en France et en Belgique une courbe d’adoption du livre numérique très semblable à celle qu’on observait aux États-Unis lors des débuts de l’ebook. Simplement, nous avons trois à quatre ans de retard  », analyse-t-il. «  Aujourd’hui, aux États-Unis, les ventes d’ebooks de fiction dépassent celles des romans brochés et rattrapent celles des livres de poche  ». C’est dire si le potentiel de croissance existe, même sur le vieux continent : «  le marché du livre numérique double chaque année en France tandis qu’en Belgique, 60% des ménages belges possédaient une tablette fin 2012 (Gfk), 1,5 million de tablettes seront vendues en 2013 (Gfk) et 40 % des Belges lisent des livres numériques (Ipsos, 2013)  », observe le jeune patron, confiant et bien informé.

Le succès de Primento réside aussi dans son modèle d’affaires, solidaire avec ses clients : «  Nous nous présentons comme le partenaire numérique des éditeurs. Nous ne nous limitons pas à la conversion d’un livre déjà édité au format papier en une édition numérique. Nous réfléchissons à l’expérience de lecture et nous négocions avec les marchands. Dans ce processus, nous partageons les coûts et les bénéfices sur une base de 50/50  ».

Les supports s’améliorent

Les ouvrages réalisés, l’équipe de Primento les charge sur une plate-forme de distribution développée en interne et capable de livrer instantanément l’ensemble des librairies en ligne, en Belgique et à l’étranger. Il en va principalement d’Amazon et de sa liseuse Kindle, de la Fnac et de sa liseuse Kobo, d’Apple et de ses nombreux appareils tournant sous iOS et, évidemment, de Google Play Books et des tablettes Android.

D’ailleurs, la maîtrise des supports est évidemment un point crucial dans la réussite de Primento. Des supports complexes à dompter et en permanente évolution. Ce qui ne semble pas freiner l’enthousiasme de Thibault Léonard qui se réjouit des récentes évolutions techniques en la matière : «  Les tablettes et liseuses ont été conçues pour permettre un usage intuitif, beaucoup plus confortable que le PC. Et elles s’améliorent, leurs poids diminuent, les résolutions d’écrans augmentent… ». C’est pour lui l’une des raisons de l’engouement croissant du public pour la lecture d’ebooks. Parmi les lecteurs d’ebooks, «  45 % des 35-49 ans préfèrent la tablette, 29,5 % des 50 ans et plus préfèrent la liseuse et 26,7 des 15-35 ans se sentent mieux sur smartphone  ».

En guise de conseil, Thibault Léonard met en garde ses confrères et clients éditeurs : «  en tant qu’éditeurs, le tout est de ne pas s’entêter à vouloir lutter contre des moissonneuses telles que Google ou Amazon. Il vaut mieux jouer avec elles. En France, il y a eu des tentatives de résistance au nom de l’exception culturelle avec, notamment, « 1001 Libraires ». Ce fut un gaspillage catastrophique d’argent public  », observe Thibault Léonard. « Soit on se donne les moyens de lutter, soit on joue avec », conclut-il.

Avec l’arrivée de Google sur le marché belge, Primento espère augmenter son chiffre d’affaires de 5 % d’ici deux ans et franchir la barre du million d’euros pour 2013.

OLIVIER CROUGHS

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