L’appel de Mediapart: «Nous avons le droit de savoir»
La Cour de justice de Versaille contraint Mediapart à effacer tous les extraits des enregistrements relatifs à l’affaire Bettencourt. Le site d’information indépendant lance un appel, signé par Le Soir, pour protéger la liberté de l’information. Le texte complet.
La liberté de l’information n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens. Dans une démocratie vivante, le pouvoir du peuple souverain suppose le savoir d’un public informé. Etre libre dans ses choix et autonome dans ses décisions nécessite de connaître ce qui est d’intérêt public, c’est-à-dire tout ce qui détermine et conditionne nos vies en société.
S’agissant des affaires publiques, la publicité doit donc être la règle et le secret l’exception. Rendre public ce qui est d’intérêt public est toujours légitime, notamment quand le secret protège indûment des injustices et des délits, des atteintes au bien collectif ou aux droits humains. Ainsi la sécurité des Etats ne saurait empêcher la révélation de violations des libertés individuelles, pas plus que la sauvegarde de l'intimité de la la vie privée, impératif par ailleurs légitime, ne saurait être l’alibi d’infractions aux lois communes.
C’est pourquoi il importe de défendre les journalistes professionnels, les sources d’information et les lanceurs d’alerte ayant permis la révélation de faits d’intérêt général qui, sans leur travail et leur audace, seraient restés inconnus du public. Les soutenir, c’est protéger et étendre un droit de savoir universel, garantie d’un renforcement de la démocratie mondiale à l’heure de la révolution numérique.
Pour toutes ces raisons, nous nous disons solidaires de Mediapart après la récente condamnation lui imposant de censurer, trois ans après leur révélation, ses informations sur le scandale Bettencourt. En signe de protestation, nous faisons désormais nôtres toutes ces informations. Et nous encourageons les médias, les associations, les élus, les citoyens à les reprendre immédiatement et à les diffuser par tous les moyens démocratiques en leur possession.
Vos réactions
Voir toutes les réactions La justice française condamne Médiapart. Honteux? Certainement. Une justice sous influence? Difficile de le nier. Mais il n'y a pas que la France. Le droit à une information d
GILLAIN. Vous mélangez le DROIT DE SAVOIR ce qui est (presque) juste et légal et qui donc ne menace rien ni personne et le DROIT DE SAVOIR ce qui se fait à l'encontre des lois et qui porte préjudice au fonctionnement de tout un pays. Que le Roi Albert ait ou n'ait pas une fille "illégitime" ne menace pas la Belgique et ne relève que d'une presse et de journalistes qui vivent du sensationnel à tout prix (et malsain). Même politiquement, la NVA n'a pas d'intérêt à se servir de cette information. En est-il de même lorsque Liliane Bettencourt corrompt Sarkozy pour obtenir des avantages fiscaux ?
GLOIN. Non, je ne suis bien sûr pas d'accord que mes conversations privées soient enregistrées et rendues publiques. Elles n'intéressent certainement pas grand monde ET PAS DU TOUT LA JUSTICE. Que voulez-vous, je suis un citoyen lambda normal. Mais si j'étais aussi riche que Liliane Bettencourt et que mon quotidien serait d'éviter l'împôt légal et - pour ce faire - de corrompre le président français, je n'aurais qu'à mordre MES doigts après m'être retrouvé dans un embroglio qui mette en péril l'institution du pays qui m'a vu devenir riche.
...je poursuis (et même nimporte quoi!) dès que cela leur apparaît croustillant ou simplement rémunérateur, IL FAUT BIEN QUE LA SANCTION VIENNE DE QUELQUE PART ! Sauf à affirmer, sans rire, que le droit d'informer et d'être informé l'emporterait sur toute autre valeur, en ce compris les libertés citoyennes élémentaires ! Si LA RESPONSABILITE n'est pas possible dans l'auto-contrôle de ceux qui participent aux rouages essentiels de la société (les fonctions publiques Et la Presse, chacune dans sa capacité à définir "jusqu'où aller trop loin", alors, il est NORMAL que la JUSTICE y préside, pour autant que ses décisions soient publiquement et complètement motivées et rendues compréhensibles par tous !




La justice française condamne Médiapart. Honteux? Certainement. Une justice sous influence? Difficile de le nier. Mais il n'y a pas que la France. Le droit à une information d'intérêt public passe surtout par celui de la transparence du travail journalistique. Plenel a voulu le rappeler en lançant Médiapart. Il ne suffit pas de dénoncer, il faut prouver, expliquer. Ce qu'il a fait. Plus qu'un idéal, sa démarche reste celle du combat de David contre Goliath auquel il se livre. Celui visant à défendre les intérêts de la collectivité en l'informant contre un pouvoir gangréné par les trafics d'influence et les intérêts privés. Cela dit, je note que parmi les signataires, on trouve le Syndicat de la magistrature ce qui ne manque pas de piquant.