26.000 personnes en deux jours au Brosella: le soleil et Frisell!

Jean-Claude Vantroyen
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Le soleil a fait sortir les Bruxellois et les autres de leurs murs pour envahir le Théâtre de Verdure du parc d’Osseghem, près de l’Atomium, à Bruxelles.

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Bill Frisell. Photo Jean-Luc Goffinet.
    Bill Frisell. Photo Jean-Luc Goffinet.

On a dénombré 12.000 personnes le samedi, jour du folk, et 14.000 le dimanche, jour du jazz de ce festival quasiment gratuit. Quasiment ? Oui ! Henri Vandenberghe, le « gruute patron » du Brosella l’a seriné durant les deux après-midi : la TVA ne supporte pas que le festival soit gratuit, Brosella a donc émis des tickets d’entrée à 3 euros… qui donnent droit à deux boissons. Tof, non ? Comme dirait Henri.

Tof le ticket, tof le beau temps, tof aussi la musique. Vedette de la journée : Bill Frisell, qui présentait son dernier album, « Big Sur », un hommage à la musique américaine. Le fabuleux guitariste américain est assis au fond de la scène, sommet d’un demi-cercle composé de la batterie de Rudy Royston à droite et d’un quatuor à cordes (Jenny Scheinman, Carrie Rodriguez, Eyvind Kang et Hank Roberts) à gauche. Il se montre ainsi non comme la vedette mais comme un des six membres du groupe, comme les autres. N’empêche, c’est lui qui mène la danse. Une danse peu jazz cependant. La musique que Bill Frisell a composée dans le Glen Deven Ranch, isolé dans la forêt, à Big Sur, California, rend hommage à la musique américaine, celle des pionniers, de la country & western mâtinée de blues donc.

C’est assurément beau. Mais ça étonne le public amateur de jazz, c’est sûr, surpris et un peu désemparé devant ce sextet qui laisse souvent (trop souvent ?) la part plus belle au violon de Jenny Scheinman qu’à la guitare de Bill Frisell. Pas d’impro ou si peu et quand il y en a, c’est davantage Carrie Rodriguez qui se lance que le guitariste. Ajoutez la sonorisation malaisée d’un quatuor à cordes, d’une batterie et d’une guitare en plein air, et vous aurez une notion de la difficulté qu’a eue Bill Frisell and co de s’imposer devant les milliers de fans du Théâtre de verdure. Mais il le fit. S’est-on habitué à la musique, à la sono, à ce calme qui irradiait de l’ensemble, à cette fascination de la musique country, à la maîtrise du guitariste, à la joie de tout le groupe qui n’a cessé de sourire tout au long de l’heure de concert ? Ou le groupe s’est-il petit à petit imposé par la rigueur de son interprétation ? Frisell and co a emporté le morceau et les bravos éclatèrent à la fin de la prestation. Le public a été emballé par cette musique traditionnelle et renouvelée à la fois. Comme dit Maxime Blésin, guitariste belge : « C’est un hommage impressionniste à la musique du midwest ». Du jazz ? Peut-être pas. Mais de la bonne musique assurément.

Du jazz, les aficionados l’ont eu, ce dimanche, avec le big band finlandais Umo, aux musiques sophistiquées emmenées par un brillant trompettiste Verneri Pohjola. Avec le Yves Peeters Group, où le batteur Yves Peeters et le bassiste Nicolas Thys, composent une rythmique solide, basée sur le blues, sur laquelle le saxophoniste lyrique Nicolas Kummert et le guitariste plus free Frederik Leroux s’opposent et se rassemblent avec habileté.

Il y avait aussi le Nathalie Loriers New Trio : Rick Hollander et Philippe Aerts, quelle machine à swinguer ! Et sur cette trame enthousiasmante, se tissent les mélodies fraîches et apparemment simples de la pianiste et ses improvisations toujours exceptionnelles. On est tellement habitué à Nathalie Loriers qu’on ne s’étonne plus. On a tort. Qu’elle joue en big band avec le Brussels Jazz Orchestra ou en trio, c’est la même joie communicative, le même talent, la même vivacité qu’elle nous offre et le même bonheur que l’on ressent. « Trois petits singes » (« Ce n’est pas nous ! »), « Jazz at the Olympics » (« On m’avait commandé cette œuvre en 2008 : on a eu trois médailles, Kim, Justine et Tia. En 2012, pas de commande, pas de médaille ! »), « Garden Party Time », « La saison des pleurs » : Nathalie nous offre une multiplicité d’émotions.

Une découverte aussi durant ce Brosella : Elina Duni. Une chanteuse albanaise installée en Suisse qui mêle habilement, avec son trio de musiciens suisses, le folklore albanais avec le jazz. C’est très beau, très nostalgique. Elina, longs cheveux noir auburn lui mangeant le visage, raconte l’origine de chaque morceau et en fait de petites perles de jazz, sur lesquelles Colin Vallon n’hésite pas à plonger dans des sonorités contemporaines en jouant à même les cordes de son piano et Elina Duni elle-même se lance à scatter en albanais. L’ethno-jazz ou le folk-jazz est sans doute le genre qui nous étonne le plus ces dernières années. La preuve par Tigran (qu’on verra au Middelheim). Ou par Bill Frisell.

Vos réactions

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1. Jacquesp dit le 16/07/2013, 21:03

Et Big Noise, avec Evan Christopher !!! Et Jon Batiste !!!!! Exceptionnel !!! :-) Sans aucun doute l'un des concerts de l'année !

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