Pari réussi pour «Paris à tout prix» de Reem Kherici
La compagne de l’humoriste Stéphane Rousseau a fait ses classes avec la bande à Fifi. La voici tête d’affiche de sa propre comédie, « Paris à tout prix », qui se joue du choc des cultures et des préjugés. Entretien.
Dans la vie, l’humoriste québécois Stéphane Rousseau appelle sa bien-aimée « The Boss ». C’est dire si Reem Kherici a du caractère. De la bande à Fifi qui sévissait sur Canal + à OSS117, cette jeune brune piquante, née à Neuilly de parents marocains, a appris sur le terrain avant d’accomplir un rêve, faire son propre film. Pour Paris à tout prix, elle a pris tout en main : le scénario, la réalisation, le rôle principal, celui d’une « it-girl » de la mode parisienne expulsée de France pour problème de papiers.
Vos parents sont d’origine italo-tunisienne et vous, vous êtes née à Neuilly…
Oui, mais je reste enfant d’immigrés. Mes parents se sont battus pour s’intégrer. À Neuilly, on n’est pas dans le 93. Or, là où les minorités sont rares, il est encore plus difficile de s’intégrer. J’étais très complexée, petite, de m’appeler Reem. J’aurais voulu m’appeler Stéphanie ou Aurélie.
Vous vous sentiez marginalisée ?
Absolument. Quand on est petit, on a envie de rentrer dans un moule. Être atypique n’est pas une qualité. En même temps, je ne regrette rien car c’est ce qui a forgé ma personnalité. Étant complexée, j’ai dû décupler mes capacités à m’intégrer. Je voulais réussir. Mon père aurait rêvé que je fasse des études traditionnelles. J’ai choisi un métier qui est tout sauf rassurant mais qui me fait un bien fou.
L’artistique était chez vous dès l’enfance ?
Non. Le milieu de l’art m’était complètement interdit. À la maison, être acteur était considéré comme un hobby. On ne gagne pas sa vie comme ça ! Du coup, je n’ai jamais envisagé d’être actrice, réalisatrice ou scénariste. J’ai dû tourner le dos à mon père pour choisir ma vie. Et c’est une des blessures dont je parle dans mon film.
Votre père a-t-il changé depuis ?
Non. On ne se parle plus. Mes parents sont divorcés depuis que je suis née. Ma mère me comprend mais elle n’a aucune idée des doutes ou de la masse de travail que cela impose. Mon frère, qui a dix ans de plus que moi, est partagé entre « t’es brillante » et « ton métier ne sauve pas des vies ».
Donc, votre premier film est très autobiographique !
Pour le père, oui. La bataille de Maya pour s’intégrer est similaire à mon parcours. Ses défauts, sa spontanéité un peu maladroite, ses gaffes, son amour pour les chaussures et la légèreté aussi. J’ai également souffert d’apparaître comme une fille superficielle.
Et le rapport aux racines ?
Le rejet de la culture va avec le fait de vouloir s’intégrer. Mon film s’appelle Paris, à tout prix : je suis vraiment plus française qu’une Française. Je ne pourrai pas, même par amour, quitter mon pays si ça ne vient pas de moi. Quand on a tout construit, qu’on s’est battu, comme Maya dans le film, on ne peut pas dire à quelqu’un : tu reviens à la case départ. C’est dégueulasse. Au nom de quoi peut-on demander à un Liégois installé à Bruxelles de revenir à Liège ?
Qu’avez-vous découvert en passant à la réalisation ?
Ça consiste clairement à faire entrer un rond dans un carré. Tout n’est pas comme on veut. On doit alors réinventer. Comme j’ai le rôle principal, j’avais peur aussi de soûler les gens.
Ce film m’a donné un peu plus de confiance en moi. Le respect de certains qui ne voyaient en moi que la fille un peu exubérante. La preuve qu’on peut écrire les choses en étant autodidacte. Tout est possible. J’ai bossé, sincèrement. Et on ne m’a pas fait de cadeau. Mais quand on a envie de se battre…
J’ai toujours eu envie d’écrire. Petite, j’étais très bonne en rédaction mais aussi, assez seule. Je créais donc beaucoup. Les vêtements de mes poupées. Je me suis rendu compte que c’était une forme de thérapie de pouvoir parler de soi, s’inspirer des gens qui nous entourent. La chose la plus formidable, c’est de partir d’une idée abstraite et de pouvoir en faire un film, avec des décors, des personnages… J’ai fait comme quand j’étais petite, quand j’inventais des histoires à mes Barbies. Cette fois, en géant.
La robe créée par Maya est de… ?
Je l’ai dessinée. Et inventé le nom, Paul Ritz. On a inventé une petite collection et un défilé modeste. La robe, je l’ai créée à partir du moment où dans le scénario, il fallait que Maya trouve son inspiration au Maroc. Il fallait trouver une clé, et là, j’ai pensé au drapé des Touaregs. J’étais dans la même situation que mon personnage. Et je trouve la robe belle, oui. J’adore la mode car c’est un art qui sublime la femme. J’aurais pu faire ce métier. C’est comme la réalisation : je n’ai pas la technique, mais je sais ce que je veux. Souvent, mes vêtements, je les retouche d’une manière atypique. J’aime la création.
Prête à recommencer ?
Oui. J’ai un projet de film d’animation avec comme héroïne ma chatte Diva. Pour Paris à tout prix, elle n’avait pas été prise car elle ne s’est pas entendue avec le dresseur ! Là, elle a le premier rôle. Faire ce dessin animé me plaît car ça me ramène à mon enfance. La propriétaire de la chatte ressemble à ce que j’étais quand j’avais six ans.
Qu’est-ce que le public devrait retenir de « Paris à tout prix » ?
La sincérité. Ce film vient du cœur. C’est comme un bébé couvé pendant trois ans. J’ai eu mes crises d’angoisse car c’est un milieu impitoyable, le cinéma. Mais ce film me ressemble. Je me suis accomplie avec ça.
Et la petite fille de Neuilly, que penserait-elle ?
Quand on y arrive, quelle satisfaction ! Il faut croire en ses rêves. Il faut y croire !



