«La particratie veut un roi en cage»
La monarchie n’a en Belgique aucune raison d’être. C’est la conclusion du texte de Bart Sturtewagen, rédacteur en chef éditorial du Standaard. Une prise de position révématroce de ce qui se vit en Flandre.
Non, il n’y a pas d’argument qui plaide de manière convaincante en faveur de d’une monarchie héréditaire. Le tendance inévitable en direction d’une monarchie protocolaire le prouve. Mais cela ne rend pas l’institution moins pénible estime Bart Sturtewagen.
Pourquoi la monarchie se maintient, indépendamment de la loterie qui désigne le successeur
La position de nombreux politiques disant qu’ils sont plutôt républicains mais pas en Belgique, semble basé sur de la paresse intellectuelle. Mais il y a pire, cela cache le véritable motif. Si nous avons une monarchie, ce n’est pas parce que c’était le souhait des révolutionnaires belges de 1830. C’était le premier compromis à la belge, sous la pression des pouvoirs qui devaient reconnaître le nouvel Etat qui prenait son indépendance des Pays-Bas. Cette séparation était la dernière livraison d’une longue série séculaire, de guerres et de mariages politiques ayant à chaque fois façonné l’appartenance de nos contrées. Notre journaliste Rolf Falter a décrit tout cela de manière magistrale l’année dernière dans son livre « Histoire sans pays ».
Le hasard, les violences en série et les machinations ont décidé de l’existence de la Belgique. Si elle n’était pas née à ce moment-là et si elle n’avait surmonté de façon miraculeuse tous ces défis durant près de deux siècles, personne ne l’aurait inventé aujourd’hui. Idem pour la monarchie. Si elle n’existait pas, on ne l’instaurerait pas. On aurait eu d’autres modèles avec d’autres habitudes constitutionnelles. Affirmer que la monarchie ajoute une qualité unique à une démocratie complexe, n’a pas de sens.
La semaine dernière, le président portugais Anibal Cavaco Silva estimait que la terrible crise financière et sociale mènerait son pays à une impasse politique. Il a refusé la démission du gouvernement. En tant que conservateur modéré, il a insisté pour inclure les socialistes dans l’équipe gouvernementale. Comme responsable politique, il semblait parfaitement en état de - comme le disent si joliment les Anglais, « to rise to the occasion » - faire ce que les circonstances exceptionnelles lui commandaient de faire.
Dégénérescence
Regardez la situation en Espagne : Juan Carlos a commencé comme sauveur de la nation, après le régime infâme de Franco, et il se ferma après le coup d’Etat du colonel Antonio Tejero en 1981. En Espagne aussi, il semblait qu’on pouvait être républicain de caractère tout en embrassant la monarchie comme nécessaire et incontournable. Mais le vieux roi a prouvé ce qui se vérifie à chaque fois : rester trop longtemps au pouvoir mène à la dégénérescence et même à la corruption. Quelqu’un pense-t-il que Juan Carlos peut encore contribuer à la stabilité politique de son pays, maintenant que lui et sa famille sont barbouillés par des scandales amoureux et financiers ? L'urgence pourrait toutefois se rappeler rapidement à l'homme puisque le Premier ministre conservatif Mariano Rajoy est coincé dans un scandale de corruption.
Un président élu par le peuple ne livre certes toujours pas le meilleur candidat. Et un président élu avec beaucoup d’enthousiasme termine souvent son mandat par la déception et l’aliénation. Le vainqueur est celui qui parvient à convaincre de son utopie avec le plus de succès. Mais après, inévitablement, il sera confronté avec la réalité.
Nous nous dirigeons imperceptiblement vers une royauté protocolaire. Léopold I présidait lui-même le conseil des ministres. Albert I et Léopold III étaient les vrais chefs de l’armée en temps de guerre. Aujourd’hui, chaque référence au Roi dans la Constitution n’est en fait pas d’usage. Elle y est toujours, mais on en fait autre chose. Et pourtant, les principaux responsables politiques affirment encore et toujours qu’un gouvernement fédéral ne peut pas être formé sans intervention du Roi comme facilitateur et caisse de résonance. Il disent qu’ils ne pourraient pas faire part de leurs courroux profonds à un politicien concurrent. Quel non sens : les négociations se font toujours entre rivaux. C’est peu crédible de dire que les présidents de parti ne pourraient confier leurs secrets uniquement au Roi, sachant qu’ils devraient ensuite en parler avec leurs opposants. Il semble plus probable que le Roi est instrumentalisé comme l’écrit le professeur Mark Van den Wijngaert dans son dernier ouvrage sur Albert II. Il sert de paratonnerre et parfois de mégaphone. Sans plus.
Convulsions
Prétendre qu’il n’est pas possible de trouver un autre individu pour accomplir cette tâche est grotesque. Si c’était vrai, cela signifierait que nos élites politiques ne croient pas au fait que le président de la Chambre, par exemple, serait capable durant son mandat d’être au-dessus des partis. Si c’est le cas, c’est que la qualité du personnel politique est encore pire que ce qu’en pense la population.
Non, la seule raison pour laquelle la Belgique reste une monarchie, sans tenir compte de qui sera le successeur au trône, c’est parce que c’est ce qui convient le mieux à la particratie. L’histoire des souverains belges est celle d’un pouvoir déclinant. Le solo catastrophique de Léopold III durant la Seconde Guerre mondiale et l’opposition de Baudouin à la loi sur l’avortement n’étaient, dans le genre, que des convulsions. Ils auraient pu signer l’arrêt de mort de la monarchie si les politiques n’en avaient pas décidé autrement.
La monarchie protocolaire officielle doit, parallèlement avec des règles financières plus strictes pour la famille royale, exclure dorénavant chaque risque d’incident potentiel. Cela aura évidemment pour conséquence que l’institution dans son ensemble devienne une cage dorée. L’absurdité menace. Une famille dont le sort jusqu’à la fin des temps consiste à produire des descendants symbolisant la nation, mais qui ne peuvent avoir d’avis ni de pouvoir. Peut-on encore concilier cela avec les droits de l’Homme ? C’est ce que prédit le roi britannique George V dans le film The King’s Speech, lors de sa déclaration à la radio: « Nous sommes tombés dans le métier le plus bas du monde. Nous sommes devenus des acteurs ».
Vos réactions
Voir toutes les réactions Assez vrai sur le fond mais je rajouterais une autre raison de garder un roi même si pour beaucoup de Flamands, la famille royale est francophone, un président même s'il n'a qu'un role protocolaire sera d'office flamand. De même qu'il a fallu que les flamands soient minoritaires dans un gouvernement pour avoir un francophone premier ministre. En Belgique, cela reste très inconcevable la majorité du temps de ne pas avoir de Flamands au plus haut niveau de pouvoir quelqu'il soit. Alors peut-être que la monarchie n'est pas le ciment de ce pays, que le roi est manipulé par les partis peut-être mais peut-être que le mythe de la royauté fonctionne un peu quand même. En France ils en élysent (élir à l'élysée :) ) un de roi pour 5 ans. Nous on ne vote pas pour lui et au fond ça équivaudrait à un référendum et puis j'ai du mal à voir Bart président de la Belgique ...
Pour moi la question n'est pas roi ou pas, mais la fonction de chef de l'Etat qui est bien nécessaire. La royauté à un coût certes, mais en plus du coût d'une élection présidentielle, il y a le coût de la présidence. Pour moi, entre une présidence protocolaire, ou une royauté protocolaire, c'est presque la même chose. Alors autant garder la royauté (probablement moins coûteuse) et fonction indispensable, même si cela n'apparaît pas moderne. Car ce qu'on veut au nom de la modernité apparaît bien souvent comme de la médiocrité.
La Russie n'est pas la Belgique mais on peut remarquer que Putin se comporte comme doit agir un roi. Il fait fait alterner les démonstrations spectaculaires et les petites phrases assassines.









Cet homme a tout faux : si la monarchie persiste, c'est parce que le peuple le veut. S'il ne le veut plus, il peut manifester pour un droit à référendum. Abolir ou garder la monarchir, ce n'est pas une question ou seuls les politiques ou les media auraient le droit de décider ! Le pouvoir émane de la Nation.