Le G20 donne la priorité à la croissance

Benjamin Quénelle
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Reléguant au second plan la rigueur budgétaire et ne se fixant plus aucun objectif chiffré pour la dette et les déficits publics, les grands argentiers des vingt pays les plus riches et puissants ont trouvé un consensus.

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Don’t worry be happy… ». Quelques minutes avant la traditionnelle photo de famille du G20, regroupant sourire aux lèvres les grands argentiers des vingt pays les plus puissants au monde, le célèbre refrain de la chanson de Bobby McFerrin a retenti au milieu des téléphones portables dans l’assistance de costumes gris. Comme pour donner le ton de cette rencontre des ministres des finances et gouverneurs de banques centrales : pas d’optimisme excessif face à une reprise mondiale encore hésitante mais un engagement volontariste pour relancer l’économie et l’emploi.

« Croissance, croissance, croissance ! », n’a d’ailleurs cessé de répéter Pierre Moscovici, le ministre français, pendant les deux jours de cette rencontre à Moscou, la Russie assurant cette année la présidence du G20. Le secrétaire d’Etat américain au Trésor Jacob Lew, lui, a appelé à « doper la demande et à abaisser le niveau de chômage », visant en particulier une Europe toujours menacée de récession alors qu’outre-Atlantique les indicateurs passent au vert. Résultat : le communiqué final du G20, loin des tensions de la réunion de février dernier, demande aux Etats de privilégier la croissance à la rigueur budgétaire. « La priorité de court terme est de doper l’emploi et la croissance », affirme ainsi le communiqué, reléguant la discipline au second plan et rappelant que « l’économie mondiale reste trop faible et la reprise fragile et inégale ».

Loin semblent donc les promesses du G20 de Toronto de 2010, lorsque les 20 pays s’étaient engagés à mettre en place des programmes budgétaires pour diminuer d’au moins de moitié leurs déficits d’ici 2013 et stabiliser ou réduire les ratios de la dette publique à l’horizon 2016. Des objectifs aujourd’hui oubliés devant l’urgence de booster la reprise économique. Face à la France et aux Etats-Unis qui insistaient sur la croissance et l’emploi, l’Allemagne et la Chine ont certes au contraire plaidé pour ne pas négliger la rigueur, s’inquiétant ouvertement des politiques jugées trop flexibles de certains gouvernements, américain et japonais notamment.

Mais cela ne s’est pas pour autant transformé en partie de bras de fer autour de la table du G20. Car, si cette rencontre des grands argentiers n’a pas préparé de nouveaux objectifs chiffrés pour le sommet des chefs d’Etat en septembre à Saint-Pétersbourg, tout a été affaire de compromis. « Croissance mais discipline ! », a ainsi résumé, tout en consensus, Christine Lagarde, la directrice du Fond monétaire international. « Il y a aujourd’hui un accord décisionnel : tous les pays veulent diminuer leurs dettes et leurs déficits. Mais il faut calibrer le rythme et la composition de ces efforts budgétaires selon les conditions économiques de chacun », a-t-elle expliqué au Soir juste après la fin de la rencontre.

«  La consolidation est une préoccupation pour nous tous. Mais, aujourd’hui, les efforts doivent être faits pour relancer la croissance : une fois que l’économie sera repartie, on pourra s’attaquer à la consolidation », a ajouté, plus clairement encore, Anton Siluanov, le ministre russe et hôte de ce G20 à Moscou. « Le débat entre croissance et austérité semble être clos », a même tranché un haut responsable américain.

Tout aussi difficile mais finalement consensuelle a été la délicate question de la fin des politiques non-conventionnelles de soutien à l’économie. Alors que les annonces de la Fed ont provoqué en juin la nervosité des marchés et l’inquiétude des pays émergents, la perspective d’une réduction des liquidités injectées par la banque centrale américaine ayant conduit les investisseurs occidentaux à réduire leurs capitaux dans ces pays, le Brésil et la Russie ont parmi d’autres Brics demandé aux banques centrales d’agir avec plus de délicatesse. Et de mieux communiquer pour éviter les mouvements de panique.

« Les échanges ont parfois été francs. Mais, au final, cela s’est remarquablement bien passé. Les émergents ont fait pression. Les Etats-Unis, eux, ont accepté une pierre dans leur jardin », raconte l’un des négociateurs européens. Le communiqué final demande en effet aux banques centrales que « les changements futurs de politique monétaire continueront à être calibrés avec précaution et clairement communiqués ». Un message que la Fed saura apprécier.

Vos réactions

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13. Mundele dit le 21/07/2013, 22:33

@gregger, il y a un siècle les patrons disaient qu'il ne fallait pas augmenter les ouvriers car ils iraient le boire.... aujourd'hui ils peuvent se faire soigner, éduquer leurs enfants, avoir une retraite, et ne pas être dans la misère lorsque les patrons les licencient ! La crise actuelle EST LE FAIT DU SYSTEME LIBERAL... exclusivement... mais il faut culpabliliser les peuples pour qu'ils crachent au bassinet ! Le reste de la peinture.....

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12. raannemari dit le 21/07/2013, 16:40

Choeur des corbeaux : croaaassance, croaaassance. Vive la décroissance, vive la Vie et merde à la société de con-so(t)-mmation.

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11. zebu1953 dit le 21/07/2013, 14:59

Et c'est vrai que ça repart très fort aux States ! Y a qu'à regarder Atlanta. Vivement la conclusion des accords de libre échange UE-EU pour qu'on accède à ce fantastique way of life.

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10. zebu1953 dit le 21/07/2013, 14:56

@gregger : Mon dieu, mon dieu ! Comme c'est amusant de vous lire. Petit soldat bien drillé de l'ultra libéralisme US. Tsss Finalement la prononcialtion de votre pseudo reflète bien votre mode de pensée formaté et compulsif : grégaire. Tout simplement grégaire. Comme nos média.

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9. SansInteret dit le 21/07/2013, 14:22

La croissance américaine repart, ca c'est bizarre, bien que les banques américaines annoncent des profits énormes (normal c'est nous qui les financont), il n'empèche que le FMI abaisse ses prévisions de croissance US et critique les coupes budgétaires du gouvernement, estimant qu'elles vont avoir un impacte sur la consommation. Donc pour le FMI, ce qui n'est pas bon pour l'Amérique est bon pour l'Europe, qui elle, doit couper dans ses budgets. Ca c'était publié mi-juin par le monde. Une semaine après, ce meme canard titrait "croissance américaine fortement révisée à la baisse. En fait, les annonces de croissance sont uniquement la pour rassurer les marchés mais la réalité semble etre bien différente.

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