Un succès royal et politique
Opération réussie pour le roi Philippe. Tous, en ce compris les réseaux sociaux et les éditorialistes flamands, le reconnaissaient : le couac redouté ne s’est pas produit. Mieux, le nouveau roi, pas encore totalement décontracté, a passé l’épreuve haut la main, réussissant à faire d’un « moins » redouté, un plus.
Sur la forme, il a fait preuve de fermeté et de volontarisme. La journée, elle, a donné, de l’abdication à la prestation de serment, cette dose de solennité et de décontraction que les Belges aiment tant. Seul bémol, la scène du balcon, qui s’avérait « too much ».
Les fastes n’étaient pas au rendez-vous mais via un scénario parfaitement huilé mais simple, c’est l’image belge qui sort grandie aux yeux de tous ceux qui y ont assisté. La sincérité et l’authenticité qui ont accompagné le règne d’Albert II étaient elles aussi étonnamment présentes. Les mots d’Albert à son fils, les larmes retenues de Mathilde à l’écoute d’un dialogue quasi intime entre deux rois, ont donné à ce moment d’histoire, une dimension de fragilité, qui au lieu d’affaiblir le moment, l’ont densifié et crédibilisé. Nombreux étaient ceux qui craignaient cette journée : les protagonistes royaux du jour ont réussi à faire passer l’idée qu’ils étaient eux aussi très conscients des dangers et se voulaient d’autant plus responsables face à la tâche annoncée. Chapeau !
Ce n’est pas une, mais deux personnes qui ont été intronisées hier sous le soleil. Tous, du roi Albert à son successeur, en passant par le Premier ministre, ont investi Mathilde, d’un rôle clair et crucial aux côtés de son mari. Hier, dans l’opération séduction, elle a été parfaite : grave, sobre et lumineuse. Elle est clairement vue, avec le nouveau chef de cabinet Franz Van Daele, comme la force clé, aux côtés d’un roi dont on sent que le pouvoir continue à redouter les limites. Le plus remarquable, cependant, est que le nouveau roi a scoré non seulement sur la forme, mais aussi sur le fond, réussissant à délivrer un message malin et tactiquement crucial dans cette Belgique Nord-Sud que nous connaissons tellement bien. « Je suis le nouveau roi d’une nouvelle Belgique » : il n’a pas prononcé ces mots mais la reconnaissance de la vertu du fait régional « qui rapproche les citoyens de la prise de décision » et de cette « force de la Belgique qui réside également dans ses entités fédérées », associée à son intention d’entretenir « des contacts constructifs » avec les responsables de ces entités, donne le ton dès l’ouverture du règne. La Belgique d’après la sixième réforme de l’État a modifié le centre de gravité du pays. Le nouveau roi embrasse cette nouvelle structure avec enthousiasme.
L’inverse aurait été impensable, mais, par cette revendication pleine et entière, Philippe marque d’emblée, sa patte. C’est très bien joué.
Car c’est là tout l’enjeu caché du jour : cette « abdication-couronnement » est à but plus politique que glamour. Di Rupo et le Palais ont fait d’un événement qu’ils redoutaient politiquement – rappelons que le Premier ministre ne souhaitait pas le départ du Roi avant les élections de 2014 – un momentum dans la communication du nouveau message des partis qui exercent le pouvoir depuis la crise de 2011 : la Belgique est désormais gérée, réinventée, elle fonctionne.
Et elle vit de et par « l’unité dans la diversité ».
Ces cérémonies et ces discours royaux répétés vantant l’action du gouvernement – en particulier celle du Premier ministre… –, la plus-value de la cohésion belge « seule garante de paix et de bien être pour tous les citoyens », sont autant de points que Di Rupo et les siens ont voulu marquer ce 21 juillet. Comme s’ils savaient que le sort du pays et son avenir ne tiennent toujours qu’à un fil, et que doit être utilisé, d’ici à l’élection de mai 2014, tout ce qui peut servir l’idée : 1) que les demandes de la N-VA sont caduques dès lors que nombres de réformes ont été faites 2) que la diversité n’empêche pas l’unité.
Sera-ce suffisant ? Personne n’est dupe : il faudra bien plus qu’un plaidoyer et une bonne prestation royale pour garantir une victoire contre les forces nationalistes. Il y a, en Flandre, des non-monarchistes et d’autres, que la journée d’hier n’aura pas convaincus, et aura même sans doute agacés.
Et l’effet positif de ce jour national ne durera qu’un temps court. Jusqu’au premier véritable test de la capacité de réaction spontanée du nouveau souverain, suggèrent déjà des éditorialistes du nord du pays.
Mais, de samedi soir à dimanche soir, de la Framboise frivole au bain de foule, du « gros kiss » d’Albert à Paola à la standing ovation du Parlement, du discours d’Albert à celui de Philippe : le camp de ceux qui veulent que la Belgique poursuive son chemin a gagné une manche.
Et ce matin, ils se disent : c’est toujours ça de pris.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Ne faisons pas d'erreur d'appréciation, les vents restent contraires, la crise a réduit nos moyens et érodé la solidarité, les dernières modifications institutionnelles n'ont pas résolu les problèmes d'asymétrie aggravant l'intolérance et le repli sur soi, et les courants centrifuges sont toujours forts au sein de la géopolitique européenne. Autant d'écueils qui devront être domptés pour retrouver l'harmonie et la prospérité. Bon règne au Roi Philippe.
A ceux qui se réjouissent du "nouveau fait fédéral encouragé par Philippe" et qui pensent avoir retrouvé "l'unité de la Belgique dans la diversité" : le réveil sera dur quand en 2015 les wallons et bruxellois devront payer beaucoup plus d'impôts que les flamands, quand ils recevront moins d'allocations et indemnités, bref quand ils ne vivront plus dans le même pays que leurs voisins du nord. Alors les beaux rêves de flonflons et paillettes seront vite oubliés et laisseront place au sentiment désagréable d'avoir été grugés par une manipulation politique et médiatique sans précédents.
Elio est le fossoyeur de la monarchie Belge. En instrumentalisant la royauté à des fins de politique politicienne, il a causé des énormes dégats en Flandre à telle point qu'Albert II a même évité la plus grande ville de Flandre pendant dans sa dernière ronde de visites.
Je pense qu'il a aussi le droit au bénéfice de la nouveauté. Même ayant été Prince, il va lui falloir un temps certain pour prendre ses marques en tant que Roi. Certains nous projettent dans l'inconnu, les inconnues de l'après-élections de 2014.....comme si une trêve venait de voir le jour avec son accession au trône. Prenons svp la peine de regarder le Monde qui nous entoure pour tirer quelques premières constatations,à savoir que l'herbe est encore verte dans nos contrées et qu'il faudrait peu pour les faire verdir un peu plus pour le bien commun et le vivre ensemble. Il n'est pas trop tard,mais il est temps. Faisons preuve de créativité,d'imagination,d'ouverture,de tempérament....et de naturel (ce que les étrangers nous envient et raffolent.....). Un zeste de chauvinisme et un brin de Belgitude. Nous avons TOUT pour réussir. Vive le Roi. Vive Nous !!!









[A roi magnifique, sujets magnifiques] Cher Le Soir, j'espère que vous continuerez sur votre lancée pendant les cinquante prochaines semaines, et que vous nous sortirez un (ou deux) Editos par jour au sujet des robes "modernes" de notre bien-aimée reine Mathilde, ou de la forme des baisers royaux. Je croyais naïvement que nous n'avions que peu de choses encore à tirer de la monarchie belge, et je me trompais. En bons sujets, vous ne nous épargniez aucun sujet. Merci de nous informer.