Au nom de la liberté de presse

Béatrice Delvaux Editorialiste en chef

Depuis lundi soir à minuit, Mediapart, journal d’information et d’investigation en ligne français, a retiré l’ensemble des éléments du dossier Liliane Bettencourt, tirés d’enregistrements pris au domicile de la milliardaire. Mediapart agit contraint et forcé, en exécution d’une décision de justice. Edwy Plenel, directeur du site, dénonce un acte de censure massif et sans précédent pour un titre de presse numérique. Le Soir, avec nombre d’autres titres de presse, a décidé de soutenir la lutte contre cette atteinte à la liberté de presse, essentielle à l’exercice de notre profession. Depuis hier, Le Soir – et les autres titres solidaires – publie donc sur son site les éléments censurés.

La justice et Mme Bettencourt ont fait valoir pour obtenir cette censure inédite que les éléments publiés, ainsi que leur provenance, violent le droit à l’intimité de la milliardaire, principale actionnaire de L’Oréal. Mediapa rt a contesté l’argument, car les informations publiées ont fait l’objet d’un travail journalistique visant à trier et à éliminer, pour ne retenir que ce qui relevait du seul intérêt public. La justice française a d’abord estimé que ce travail constituait une légitime information du public, s’agissant de la principale actionnaire d’une très grande entreprise cotée, étant donné que les problèmes fiscaux et d’évasion de capital étaient des sujets d’intérêt général, et que le financement des partis relevait du débat démocratique. La cour de Versailles a pris le contrepied du premier juge par une décision manifestement politique, soumise à la Cour de cassation. Nous avons le sentiment que la justice belge aurait tranché comme le premier juge et non comme la cour de Versailles.

La vie privée est cruciale, Le Soir veille à la respecter scrupuleusement. Mais notre devoir d’informer prime, dès lors que les informations détenues sont exactes et intéressent le citoyen et l’intéret général. La décision de justice qui censure Mediapart est grave et dangereuse pour la presse  : 1) elle empêche le travail de révélation du journaliste, en donnant la priorité à l’intimité de personnes, même si leurs actes sont en contradiction avec l’intérêt public. Il faut savoir que les révélations de Mediapart ont conduit Mme Bettencourt à rembourser lourdement le fisc français ; 2) elle empêche le citoyen de connaître un dossier, disparu d’un coup de clic, alors que la justice s’en est servie pour condamner certaines pratiques.

Voilà pourquoi Le Soir soutient résolument Mediapart.

Vos réactions

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13. Labrador dit le 25/07/2013, 16:39

L'essentiel des médias en France appartient à un même lobby. En caricaturant, il n'existe même plus de presse française.

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12. Edmond dit le 24/07/2013, 08:02

Excellente décison de justice. Les journalistes n'ont pas tous les droits! Il doit encore y avoir une vie privée.

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11. Bob-la-teigne dit le 23/07/2013, 22:41

Je soutiens quant à moi résolument cet édito, en regrettant quand même d'avoir parfois le sentiment que chez nous, la liberté de la presse s'arrête là où commencent les subsides ...

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10. Jean Dupont dit le 23/07/2013, 21:46

Le Soir est un journal généraliste qui n'est pas plus objectif qu'un autre ou fer de lance de la liberté de presse. Dans les révolutions arabes, les médias occidentaux ont montré une ignorance extraordinaire, préférant se ranger derrière al-Jazeera. Ici, c'est encore un parti pris. Alors que le Soir fasse ce qu'il veut, mais pas au nom de la liberté même de presse. Merci

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9. vil1vil0 dit le 23/07/2013, 17:29

Le Swar et la liberté de la presse? Intéressant... Combien de millions d'euros le Swar touche t'il chaque année de la part de la communauté Française (PS++++?) Liberté de la presse, infos exactes qui intéressent le public et intérêt général? Mde Delvaux, venant de vous, c'est somptueux... On se croirait dans 1984 de George Orwell... Triste Walonistan bolcho...

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