11h02: soutenir Mediapart, «avant tout une question de principe»

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Depuis lundi soir à minuit, le site d’information en ligne Mediapart a retiré, en exécution d’une décision de justice, l’ensemble des éléments du dossier Bettencourt. Le Soir et d’autres médias ont décidé de soutenir la lutte de Mediapart contre cette atteinte à la liberté de la presse en hébergeant les infos censurées. Jean-François Lauwens a répondu à vos questions.

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Pour quelle raison 35 journaux, dont Le Soir, ont-ils décidé de soutenir Mediapart malgré la décision de justice française ?

« C’est une opposition de principe. Le Soir et 35 journaux, surtout de gauche (Libération, Rue 89, Le Nouvel Observateur notamment), ont décidé que c’était avant tout une question de principe de maintien de la liberté de la presse, qui serait mise en danger par cette décision de la cour de Versailles. Cette décision est une censure au premier sens du terme, puisqu’on exige un retrait d’information. Ce n’est pas une censure au sens fondamental par contre. Cela fait trois ans que ces informations sont disponibles, elles ont déjà circulé. Le rôle est moindre après trois ans. Et du coup, le degré de censure n’est pas énorme. Mais sur le principe, il y a tout de même une censure. À partir du moment où on touche à un cheveu de la liberté d’expression, il faut la défendre. »

Est-ce que cela signifie que le respect à la vie privée est moins important que le droit à l’information ?

« La Justice française a considéré que la façon dont ont été obtenues les informations est frauduleuse, que ce sont des écoutes pirates et clandestines. Cela pose en sujet central le respect entre le droit à l’information et la vie privée. Où s’arrête l’un et où commence l’autre ? Le problème est qu’ici il y a des ramifications politiques et fiscales. Ces révélations ont une portée plus grande que des photos de célébrités prises illégalement sur la plage. Le Point avait choisi de révéler certains aspects des conversations relatifs à la vie privée. Par contre, Mediapart s’était concentré sur des choses plus professionnelles montrant des conflits d’intérêts, dans les milieux politiques et financiers français, et impliquant l’ancien chef de l’État français Nicolas Sarkozy. Même avec des documents illégaux, il y a une faute d’État et la liberté d’informer doit primer. Le respect de la vie privée ne doit pas aboutir à empêcher la révélation des affaires de corruption ou de malversation. Mais tout dépend de la qualité de l’information. »

Quels risques encourent les journaux comme Le Soir qui publient ces informations ?

« Il y a deux cas différents : en France et en Belgique. En France, il faudrait que Madame Bettencourt retourne en justice pour condamner les journaux qui diffusent les informations en faisant fonctionner la jurisprudence. Pour Le Soir, les risques sont encore moindres puisqu’il échappe à la justice française. Il faudrait intenter une action en Belgique, ce qui serait très long. Mais vu la fortune des Bettencourt, ce n’est pas à exclure. Toutefois, le système juridique autour de la presse est vraiment différent en Belgique. C’est aussi pour cela qu’une affaire comme celle-ci est peu probable en Belgique, même si les affaires de corruption sont toujours possibles. »

Que peut espérer Mediapart de ce soutien ?

« Finalement, pas grand chose. Cela reste de l’ordre du symbole. Cela provoque un effet intéressant puisque la décision de justice redéclenche un effet médiatique autour de l’affaire alors qu’on n’en parlait plus depuis trois ans. Mediapart et Rue89 espèrent surtout une conscientisation. Cela soulève aussi la question des médias électroniques en général. La législation n’est pas adaptée, elle est datée. Aujourd’hui, les informations peuvent rester éternellement sur internet. Le monde a changé, et il faudrait adapter les choses au niveau législatif, ce qui n’est pas encore fait en France ou en Belgique. »

Vos réactions

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9. Mon canard dit le 23/07/2013, 14:20

"Ce qui est choquant en comparaison de celle de Mediapart."A quoi bon s étonner puisque ce sont les politiciens qui tirent les ficelles en coulisse ?

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8. Mon canard dit le 23/07/2013, 14:19

6. Jappy"n y a qu'un fil entre information et désinformation. ">Sur ce point la rédac du "LESOIR" pencherait plutôt pour la seconde option ;-)))

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7. Mon canard dit le 23/07/2013, 14:17

5 Phoenix "Ce ne sont pas des organes de propagandes dont le seul rôle est de relayer les communiqués ou les "fuites organisées" du gouvernement "> Justement c est exactement ce que fait "LESOIR" en publiant immanquablement des articles favorables aux politiciens et à la ligne politique que ces politiciens ont choisis de suivre (en l occurence proséparatiste et proeuropéenne) puisque c est la tendance politique voulue par la Direction du journal (En 2004, Bertelsmann devient le premier groupe de médias européen qui a pour filliale "RTL Group" (audiovisuel, participation à 90.3%) RTL Group qui est co-actionaire (32,7%) avec le Groupe Rossel (24,9%) . Tout comme "Vox" (devenu "Vox Hebdo" en juillet 2010 qui dépend directement de l armée belge) Quant au CSA personne n ignor que le Gouvernement à la main mise dessus ;-)

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6. Jappy dit le 23/07/2013, 13:31

@Didier Lagasse de Locht, vous semblez avoir une lecture réductrice de ce que vous avez lu. La côte des "messages constructifs" ne semble pas trop, vous donnez raison. Quoiqu'il en soit, le fait d'informer est tout à fait normal, simplement votre vision, visiblement, "rouge" ne doit pas vous faire perdre de vue qu'il n'y a qu'un fil entre information et désinformation. Mediapart a, d'ailleurs, perdu quelques procès, dont notamment celui-ci.

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5. Phoenix dit le 23/07/2013, 11:41

Ils ne sont pas investit d'une mission divine, ils sont investit d'une mission démocratique. Ce ne sont pas des organes de propagandes dont le seul rôle est de relayer les communiqués ou les "fuites organisées" du gouvernement. L'information révélée par Mediapart est d'intérêt public. On est quand même à des années lumières des dérives à la Rupert Murdoch qui elles sont condamnées par la "corporation". Et pour autant la condamnation de Murdoch fut excessivement clémente. Ce qui est choquand en comparaison de celle de Mediapart.

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