Mobistar dans la tourmente
La cote MOBB a perdu 30 % de sa valeur à la Bourse de Bruxelles ce lundi. Le marché belge de la téléphonie mobile est plus sévère que jamais. Les actionnaires ne toucheront pas de dividendes en 2013.
Il n’aura fallu que quelques minutes aux investisseurs pour confirmer, voire dépasser les pronostics pessimistes sur l’accueil des résultats semestriels de Mobistar. La cote MOBB ayant chuté ce lundi 30,80 % à la Bourse de Bruxelles (Euronext) pour atteindre 10,92 euros à la clôture (elle était à 15,78 euros à la clôture de la dernière séance, vendredi).
En cause, le chiffre d’affaires total consolidé annoncé à 757 millions d’euros, soit une baisse de 5,7 % par rapport à l’année précédente. C’est légèrement en dessous des objectifs prévus par Mobistar. « Une chute symptomatique de la guerre des prix qui se joue en ce moment sur le marché de la mobilité », explique Mathieu Van Overstraeten pour Mobistar. Un constat que Johan Vande Lanotte avait lui aussi dressé il y a de cela une dizaine de jours, à l’occasion de la publication de l’enquête de l’IBPT sur les plans tarifaires des télécommunications belges : une baisse de 20 % sur l’ensemble des tarifs en un an.
La loi télécoms d’octobre 2012 (qui prévoit la possibilité de résilier un abonnement sans frais après six mois) a quant à elle augmenté les flux migratoires des clients d’un opérateur à l’autre. Un phénomène généralement constaté mais, semble-t-il, particulièrement subi par Mobistar : « cette nouvelle règle nous a amené beaucoup de clients, mais nous en avons perdu également, notamment au profit des MVNO (voir ci-contre). Mais dans l’ensemble, nous avons perdu davantage de clients Mobistar que nous n’en avons gagné », confie Mathieu Van Overstraeten. Pour se consoler, Mobistar peut vanter une hausse générale de sa clientèle « sur son réseau » (lire « clientèles Mobistar et MVNO confondues ») de 6,2 %.
À cette concurrence nouvelle s’ajoutent les énormes nécessités d’investissements, notamment pour le déploiement de la 4G. Des investissements qui se sont élevés à 68,9 millions d’euros au cours de ce premier semestre, soit une hausse de 10,1 % par rapport à la même période en 2012. Enfin, la régulation européenne sur les tarifs roaming, poussée par Neelie Kroes, la Commissaire en charge des télécommunications (qui souhaiterait à terme voir ces tarifs plafonnés et unifiés partout en Europe) est une autre explication des pertes subies avancée par Mobistar. Une régulation qui s’ajoute à la baisse forcée des tarifs de terminaison mobile en vigueur depuis le 1er janvier. «
Hors effets régulatoires, le chiffre d’affaires total consolidé s’élèverait à 788 millions d’euros
». Sauf que les règles sont, par essence, subies par l’ensemble des opérateurs. «
Il semblerait plutôt que Mobistar se soit rendue particulièrement vulnérable aux fluctuations du marché de la mobilité, ayant suspendu l’essentiel de ses activités sur le fixe, le triple play et l’accès résidentiel à internet
», entend-on du côté de BNP Paribas Investment Partners. Le conseil d’administration a d’ores et déjà annoncé qu’il ne versera pas de dividendes aux actionnaires cette année. Cette mauvaise annonce semble avoir entraîné l’indice des autres opérateurs dans le rouge, dont Belgacom (- 5 %) et Telenet (- 1 %).
Une guerre des prix sans merci
L’arrivée des MVNO (opérateurs de réseaux mobiles virtuels) sur les plates bandes (mais surtout celle des 1.800 Mhz) des opérateurs traditionnels a largement ouvert le marché de la mobilité.
Avec des tarifs parfois 50 % moins chers que les offres des trois opérateurs mobiles, ils ont séduit une large clientèle.
Et si la perte occasionnée par cette exode de clients est partiellement amortie par les frais d’exploitation que les MVNO leur reversent pour emprunter leurs infrastructures, les opérateurs traditionnels subissent une guerre des prix sans merci.
Et à ce jeux-là, il faut reconnaître que Mobistar s’est illustrée sur la plupart des podiums la concernant, pratiquant l’une des meilleures offres mobiles du marché, et principalement sur les abonnements. Mobistar a d’ailleurs observé une augmentation du nombre de ses abonnés (60 % de sa clientèle), aux dépens de ses clients en « prépayé ».
Une industrie tributaire des avancées technologiques
Les exigences de qualité en termes de réseau et de service clientèle nécessitent d’importants investissements à renouveler régulièrement.
Ainsi, Mobistar a dû suspendre ses offres fixes résidentielles pour assurer le développement de la transition des réseaux 2G vers les 3G et 4G.
Un pari compréhensible quand on sait que les parts de l’internet mobile ont explosé de 50 % en un an, principalement grâce à la meilleure accessibilité des smartphones et l’amélioration des vitesses de connexion. La « data » assurant désormais 50 % des revenus de services de Mobistar.
En l’occurrence, celle-ci s’est dite confiante pour l’avenir, évoquant les prochaines échéances des enchères sur la bande des 800 Mhz (4G LTE) prévues à l’automne ainsi que le déblocage de la 4G à Bruxelles.
Ce dernier nécessitera d’ailleurs de déployer davantage d’antennes sur la capitale pour compenser leur puissance limitée par la dernière ordonnance parlementaire à 3 volts par mètre.
Les opérateurs sous la pression des règles belge et européenne
Jean Marc Harion, le patron de Mobistar, n’est pas tendre avec les règles en vigueur en Belgique. Il a déploré lundi « une baisse de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en cinq ans à cause de la sévérité de la régulation belge ».
Au niveau national, l’opérateur se dit particulièrement contrarié par les tarifs de terminaison sur les réseaux mobiles (qu’un opérateur de téléphonie mobile facture à d’autres lorsque ces derniers font aboutir un appel sur le réseau mobile dudit opérateur) que l’IBPT limite à 1,08 cents par minute depuis le 1er janvier 2013. C’est dix fois moins cher que les tarifs pratiqués avant précédemment.
Au niveau européen, c’est la Commissaire Neelie Kroes qui est implicitement visée quand il s’agit d’incriminer « l’impact négatif de la régulation en matière de roaming ».
« Je trouve cela curieux », écrit la Commissaire sur son blog officiel. « Tandis que le roaming constitue une faible part des revenus des opérateurs, c’est une plaie pour les voyageurs, un rappel inutile des frontières et un obstacle significatif au développement d’un marché numérique unique ».









Le bandeau impossible a liquider avec un anti popup avec l'illustration de la version papier du Soir empêche d'accéder aux boutons actu etc... Bravo !