«I, Anna»: Charlotte Rampling face à son fils

Nicolas Crousse
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Dans ce film noir dirigé par son fils, Barnaby Southcombe, l’actrice joue les femmes mystérieuses. Du sur-mesure… of course ! Entretien.

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Photo D.R.
    Photo D.R.

Un film hélas un peu cliché, sans vraie surprise ni climax que ce « I, Anna ». Reste une distribution plutôt convaincante, dominée par le talent trouble et puissant de Charlotte Rampling.

Dans « I, Anna », c’est votre fils Barnaby qui vous dirige. Cela vous a-t-il rendue plus indulgente ou plus exigeante ?

Inconsciemment plus indulgente. Mais il fallait qu’il soit à la hauteur de son travail, et du coup ça me rendait en même temps plus exigeante. L’amour est là, c’est évident, avec l’admiration que cela induit, mais vos actes ne le montrent pas nécessairement. « I, Anna » tient du thriller, avec l’image de la femme fatale, genre que j’adore, et c’est aussi un film extrêmement humain et complexe sur une femme à un moment difficile de sa vie. Toute étape, tout âge a ses difficultés.

Vous aimez décidément les rôles de femmes complexes, vous qui avez tourné avec Liliana Cavani, Nagisa Oshima ou Luchino Visconti ?

Oui… Quand j’ai commencé dans ce métier, j’avais une exigence un peu bizarre. Il y avait dans ma personnalité le besoin de prendre des chemins très différents des autres. Peut-être pour sentir mon originalité.

Pour faire aussi votre thérapie ? Des films controversés comme « Portier de nuit », « Les damnés » ou « Max mon amour » participaient-ils de cette démarche thérapeutique ?

L’aspect thérapie, on ne le sait pas au moment même. Est-ce que ça peut vous aider ? Oui. Mais on sent ça après. Ce n’était pas quelque chose de conscient, ni de construit, mes choix de films et de vie. C’est l’inconscient qui m’a propulsée dans bien des aventures. Parce que le personnage me parlait. Je n’analysais pas. Ce qui importait pour moi, c’était le trajet.

Votre fils Barnaby est né en 72, au moment où vous vous confrontiez à de sacrés rôles au cinéma. Est-il tombé dans la marmite ?

Dans la marmite et même dans sa petite bassine, quand je tournais Portier de nuit. Il n’avait que six mois ! Et je l’emmenais avec sa nounou un peu partout. On peut donc dire qu’il est proche de tout ça depuis très jeune.

Votre filmographie abonde en rôles non conventionnels, forts, dérangeants. Propose-t-elle un portrait fidèle de la femme que vous êtes ?

Absolument. Je n’ai jamais fait quelque chose que je ne pouvais pas revendiquer. Je revendique tout, intégralement. Vous pouvez citer aussi le cinéaste grec Michael Cacoyannis, qui m’a dirigée dans La Cerisaie, son dernier film, d’après Tchekhov. Et n’oubliez pas non plus Jonathan Nossiter, cinéaste indépendant américain, avec qui j’ai tourné trois films.

Quand vous regardez devant vous, quels sont vos désirs, projets ?

Je viens de passer cinq mois aux Etats-Unis, pour la série Dexter. Sinon, j’aimerais faire une pièce de théâtre. J’en fais peu, j’ai fait un Strindberg, un Tchekhov, un Marivaux… Je ne sais pas où ni avec quel texte, mais voilà, j’ai des idées.

Osez la rencontre !