Ullrich et Pantani dopés, Axel Merckx suspecté: que retenir du Tour 98?

Gil Durand
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La commission d’enquête du Sénat français a rendu public son rapport sur l’efficacité de la lutte contre le dopage. Jean-François Lauwens, journaliste au Soir, a suivi le Tour 98 et revient sur l’annonce des « dopés » de 1998.

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La Commission d’enquête du sénat français sur l’efficacité de la lutte contre le dopage a rendu public son rapport très attendu, mercredi matin. Outre 60 propositions pour mieux lutter contre le dopage, le rapport du Sénat français comprend les noms des cyclistes dopés en 1998. L’Italien Marco Pantani et l’Allemand Jan Ullrich, duo de tête du Tour de France 1998, figurent parmi les cyclistes dopés à l’EPO durant l’épreuve. Sont également cités dans la liste des cyclistes dopés aux hormones : Laurent Jalabert, Andrea Tafi, Erik Zabel, Bo Hamburger, Marco Serrano, Jens Heppner, Jeroen Blijlevens, Nicola Minali, Mario Cipollini, Fabbio Sacchi, Eddy Mazzoleni, Jacky Durand, Abraham Olano, Laurent Desbiens, Manuel Beltran, Kevin Livingston…

Le rapport mentionne également des cas dits « litigieux », c’est-à-dire positifs à une première méthode mais pas à la suivante. Parmi eux, Brignoli, Turicchia, Chanteur, Moncassin, Julich, Meier, Calcaterra, Zanini Mazzoleni, Barthe, O’Grady et le Belge Axel Merckx. Selon la DH, Tom Steels serait également sur cette liste.

Que penser des premiers noms qui tombent. Beaucoup de « grands » coureurs, non ?

« C’est assez logique que les premiers noms tombés soient ceux de coureurs assez connus du grand public dans la mesure où les contrôles antidopage aux arrivées des étapes concernent prioritairement les premiers classés de ces étapes et les leaders du classement général, ainsi que quelques coureurs pris au hasard dans le peloton. Ce qui veut dire qu’à l’époque, si l’on terminait 168e du Tour et 150e de chaque étape mais ‘chargé comme un mulet’, on avait une probabilité statistique très faible d’être contrôlé. Et encore plus d’être contrôlé positif puisqu’il est démontré clairement que l’inefficacité des contrôles anti-dopage est criante. »

Axel Mercks, 10e du général au Tour 98, est dans les cas « litigieux ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

« Litigieux, cela veut dire que les autorités françaises ont fait procéder à deux types d’analyse selon des méthodes différentes afin de garantir la fiabilité des résultats. Les cas litigieux comme Merckx, qui courait pour une équipe italienne, ont été positifs à l’une des deux méthodes mais pas à l’autre. Ils profitent donc du bénéfice du doute. Cette année-là, Axel Merckx a terminé 10e du Tour de France, ce qui correspondait à nettement mieux que sa valeur. De là, on peut épiloguer à souhait mais il ne faut pas perdre de vue qu’en fin de Tour 98, Festina avait été exclue et que 4 équipes espagnoles avaient quitté l’épreuve pour éviter les coups, ce qui représente à peu près 45 coureurs qui auraient pu potentiellement se classer devant Merckx. »

« Je répondrais par rapport à Merckx que la seule attitude cohérente et logique dans ce genre de choses est celle d’Indurain qui, interrogé sur Armstrong, avait répondu : « Pour moi, il est innocent puisqu’il n’a jamais été contrôlé positif ». Ne refaisons pas le procès de tous les champions de l’histoire. Une seule certitude : Merckx, comme Armstrong, Hinault, Indurain, Anquetil ou… Froome, étaient les plus grands champions de leur époque et, pour ce qui concerne ceux avant les années 80-90, avec des produits sans doute moins « puissants » en termes de modification de la performance. »

Le podium « propre » donnerait : 1.Rinero 2.Boogerd 3.Robin. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Peut-on croire que ceux-là n’étaient pas dopés ?

« On ne peut pas dire cela à mon sens. D’abord, parce que Boogerd faisait partie de l’équipe Rabobank qui a avoué avoir eu recours au dopage systématique. Boogerd a lui-même avoué qu’il avait eu recours de l’EPO dès 97. Quant à Rinero, c’est encore pire : ce coureur n’a jamais rien fait d’autre que terminer 4e du Tour 98 et y gagner le maillot à pois : c’était à l’époque une énigme totale, d’autant que nombre de coureurs de son équipe Cofidis sont inquiétés et que Gaumont a expliqué que Rinero avait pris de l’EPO en 98. Finalement, je pencherais plutôt alors pour Nardello, 8e du Tour 98. Mais il ne faut pas jouer à cela car cela donnerait du crédit à un coureur qui n’était pas nécessairement propre mais juste… pas contrôlé. »

Question de Soline : « Focaliser toute l’attention médiatique sur le cyclisme – sport où le dopage était ‘ attendu ‘ –, est-ce que ça n’occulte pas les conclusions générales du rapport ? »

« Bien sûr, mais c’est l’éternelle question : le cyclisme était sans doute le sport le plus gangrené par le dopage à cette époque-là et c’est l’affaire Festina et puis d’autres qui ont provoqué les réactions des politiques. On est donc clairement partis du Tour de France. Or, on peut raisonnablement penser que si la quasi-totalité des coureurs du Tour et des autres épreuves sont passées à travers les contrôles antidopage, c’est la même chose aux Jeux Olympiques ou à la Coupe du monde où, pourtant, on continue à claironner tous les 4 ans qu’on n’a pas rencontré de contrôles positifs. »

« Le dopage est partout. Laissons au cyclisme qu’après une génération ‘pourrie’, il est le sport qui est peut-être le mieux reparti de zéro. La crédibilité de Froome est un vrai test pour l’avenir. Avec les méthodes annoncées par Sky et sa transparence, il est soit le fossoyeur du cyclisme, soit – et on a plutôt tendance à le penser – son sauveur mondial. »

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Vos réactions

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9. hasgaard dit le 24/07/2013, 15:53

@2 Juste A chaque article, on y a droit. Que ceux que le sujet insupporte passent leur chemin, il y a des rubriques pour tous les goûts sur ce site. M'est avis que vous saisissez surtout une occasion facile d'invectiver les autres au hasard et anonymement, probablement une manière d'évacuer une frustration qui n'a rien à voir avec le sujet. Vous voulez en parler ?

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8. brusselaar dit le 24/07/2013, 15:46

Comme ils étaient tous dopés, le classement du tour 1998 est correct

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7. mozart67 dit le 24/07/2013, 15:44

on devrait tester tous les anciens échantillons et systématiquement les publier dans la presse en cas de dopage et demander le remboursements des primes de l'époque actualisée... et les attribuer à celui le mieux classé de l'époque ...

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6. Margriet dit le 24/07/2013, 15:39

1998, c'est presque la préhistoire ! Triste pour ces jeunes hommes qui mettent ou qui ont mis leur santé en danger pour gagner des galons dont ils savent qu'ils ne les ont pas vraiment mérités et pour fournir aux foules le spectacle qu'elles attendent. A partir du moment où on ne parle plus de sport mais bien de spectacle et d'argent, les moyens d'y arriver ne semblent plus avoir beaucoup d'importance et les hommes ne valent pas plus que les gladiateurs des jeux romains.

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5. allbert dit le 24/07/2013, 15:03

langed1 dit : "...tout le sport de compétition et professionnel est gangrené par la triche et le dopage..." : malheureusement avec une large extension au milieu sportif amateur et aux catégories d'âge. La comission TdF 1998 a le mérite de se pencher, en annexe, sur ces sujets...

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