Comment faire revivre la musique ancienne ?
L’Ensemble Club Médiéval vient de publier un CD consacré à la musique de Paolo da Firenze, un célèbre abbé florentin, responsable de l’édition du fameux « Squacialupi Codex » dont sa musique est bizarrement exclue. C’est donc sa musique profane qui est interprétée et qui sera jouée en concert aux Midis-Minimes le 6 août prochain. Une expérience qui sort résolument de l’ordinaire comme nous l’explique Thomas Baeté, le fondateur et animateur de l’ensemble.
Club Médiéval. D’où vient
ce nom ?
Je voulais casser l’image officielle, le côté austère et savant de la musique du Moyen-Age. Je recherchais une sensualité, des couleurs, une vie, une accessibilité aussi. Je désirais une ambiance festive et, un jour, autour d’une Duvel après un concert au festival anversois « Laus Polyphoniae », on s’est dit ce devrait être une sorte de Club Med médiéval. Le nom était trouvé : nous sommes devenus le « Club Médiéval » !
Comment expliquez-vous l’évolution actuelle dans l’interprétation de la musique ancienne ?
Au début, on se retranchait dans ce que disaient les textes et l’on s’attachait à une exactitude rigide. Et puis l’on s’est dit que les madrigaux parlaient d’amour et de guerre et qu’il fallait chanter cette musique de voix qui avaient une vraie présence physique. J’ai étudié à Barcelone et c’est là que je les ai trouvées.
Comment réagit le public ?
Les gens sont surpris car ils se retrouvent sur un terrain méconnu. Il existe une crainte que la complexité ne s’estompe devant le bonheur de l’écoute alors que c’est justement le contraire qui doit se passer : il faut rendre le complexe accessible.
Les créateurs ne représentaient qu’une petite élite très raffinée ?
Oui mais ils voyageaient beaucoup et leurs rencontres étaient très fertiles. C’étaient en soi de vrais Européens. Il ne faut non plus sous-estimer le spectre de la mort, omniprésente en des temps où on ne vivait pas vieux. De là sans doute une envie irrépressible de créer et de perpétuer ce que l’on a fait.
C’est tout le sens du manuscrit.
Assurément. Paolo da Firenze est un homme très puissant, abbé d’une des plus grandes abbayes de Florence où il met en route la préparation de ce Codex, richement orné, qui livre une œuvre par compositeur. Paradoxalement, la page qui lui est consacrée ne comporte aucune œuvre de sorte qu’il ne nous restait finalement que de la musique profane, conservée dans le fonds italien de la Bibliothèque nationale. Rien d’étonnant à cela. A l’époque, un abbé pouvait très bien composer des chansons d’amour.
Comment interprète-t-on
cette musique ?
On dispose de nos jours de transcriptions modernes. Mais je n’en recommande pas moins de remonter aux manuscrits originaux. Chacun doit refaire sa lecture. Pour l’interprète, la réalité du mot s’impose. Les mots doivent coller à la musique. Leur rythme est clair mais la répartition sur les notes est de libre interprétation et c’est là qu’il est important de travailler avec des chanteurs italiens car c’est le rythme de leur langue qui va définir le débit de la musique tout en se disant que les phrases de Pétrarque étaient très élaborées.
Comment trouve-t-on le juste ton ?
Au fil des répétitions. On écoute une pièce, quatre, cinq fois et, ensuite, on en discute, on essaie des variantes. Rien n’est donné : tout dépend de la technique et de la sensibilité des interprètes.
Paolo da Firenze :



Enfin un article de musique classique! Chaque été, c'est pareil: pour trouver de quoi se mettre sous la dent en la matière, c'est galère sur ce site (et sur d'autres)!! Interview très intéressante sur da Firenze. De quoi redécouvrir la musique médiévale et ses belles sonorités.