« Doffice ! », des Marx Brothers au kabuki
C’est l’un des spectacles les plus insolites du festival Bruxellons. « Doffice ! » est à découvrir au Château du Karreveld.
On savait le duo capable de petits miracles visuels depuis L’Etrange Mister Knight, pièce de théâtre en trompe-l’œil simulant un film muet en noir et blanc. Revoici Michel Carcan et Othman Moumen dans le registre muet toujours, mais en couleurs cette fois, avec Doffice !, drôle d’objet cartoonesque où leur corps semble repousser plus loin encore les limites de l’élasticité. Nous avions découvert ce spectacle insolite au Festival de Bruxelles l’été dernier. Il est aujourd’hui repris pour quelques dates dans la programmation de Bruxellons au Château du Karreveld.
En une heure ultra sportive, le duo transforme un contexte a priori morne, voire rébarbatif – la vie de bureau entre deux fonctionnaires – en un tourbillon corporel, un voyage burlesque où les Marx Brothers côtoient Tex Avery, ou le mime flirte avec le kabuki, le tout avec seulement une chaise et deux tables. Deux personnages, victimes de la monotonie de leur labeur, se laissent emmener par le pouvoir de leur imagination. Sans paroles mais avec des contorsions corporelles surnaturelles, les artistes métamorphosent un univers kafkaïen en une belle métaphore de la solitude, de la vie moderne, du travail. Ôter un manteau, se serrer la main, jouer du tiroir : tout devient un sketch. L’un tire les ficelles de l’autre, littéralement, dans un conflit de générations qui se lit entre les lignes.
Le corps pour dénoncer
Comme une bande dessinée en 3D, la pièce enchaîne les gags, entre humour, poésie et surréalisme. L’ancien se dérouillera-t-il ? Le jeune arrivera-t-il à gravir les échelons ? Les comédiens misent tout sur leur corps pour dénoncer avec humour la jungle du travail où individualisme et chacun pour soi dictent leurs règles.
Mise en scène par Xavier Elsen, la pièce éperonne votre imagination d’un haussement de sourcil. Soutenu par un décor sonore réglé comme du papier à musique, chaque mouvement est ultra soigné et suscite une foule d’images. Ces rois du mime ont l’expressivité vissée au corps. Leurs prouesses physiques sont le fuel de ce turbo visuel. On en sort essoufflé pour eux, mais les yeux revigorés. Le reste de la programmation de Bruxellons est peut-être moins athlétique mais tout aussi stimulant. Pour les amoureux de la chanson, on recommandera La revanche de Gaby Montbreuse avec l’impayable Laure Godisiabois. Sorte de réincarnation d’Arletty, sa gouaille et sa voix nasillarde donnent du cachet à cette plongée dans les chansons de l’entre-deux-guerres. Pour les plus romantiques, on conseillera l’histoire d’amour improbable du Mec de la tombe d’à côté. Seul- en-scène décoiffant avec Manneke, drame historique avec Himmelweg, tours de magie, vaudeville, jeune public : Bruxellons est le festival le plus gourmand de l’été, profitez-en !







