Eloge du cabinet minéralogique

Claire Coljon
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Quand le travail lapidaire de l’orfèvre minéralogiste le plus célèbre de Dresde du XVIIIe siècle allie goût, luxe, science.

  • Photo : D.R.
    Photo : D.R.

Johann Christian Neuber (1735-1808), car c’est bien de lui qu’il s’agit, vécut « à l’époque où Paris était la capitale incontestée du goût et de la mode, en particulier dans l’art des tabatières, où le génie de l’art français s’est transcendé pour parvenir à un style personnel et novateur », précisent Alexis et Nicolas Kugel, organisateurs de l’exposition, représentants de la cinquième génération d’une dynastie d’antiquaires commencée en Russie fin du XVIIIe siècle. Quand l’aïeul, Elie Kugel, collectionnait montres et pendules…

Le luxe, le goût et la science… l’illustration du génie de cet artiste est organisée par la galerie Kugel en collaboration avec la Grüne Gewölbe de Dresde – le célèbre musée de la Voûte Verte où se trouvent les trésors des princes-électeurs – et la Frick Collection de New York où elle a été présentée jusqu’au 16 août.

L’art et la diplomatie

Les raisons de cette exposition orchestrée autour de l’exceptionnelle Table de Breteuil ? « Mettre en valeur – et faire redécouvrir – l’indéniable maîtrise technique alliée à l’admirable talent artistique dans la recherche du dessin et l’agencement des couleurs de cet orfèvre en tabatière. »

Et de préciser, à propos de la Table de Breteuil, que les circonstances de sa réalisation sont à la hauteur de l’ouvrage. « Il s’agit en effet d’un cadeau destiné au principal médiateur de la paix de Teschen en 1799, l’une des rares occasions de l’Histoire où la diplomatie prévalut sur la guerre ! »

Conçue sur le modèle de ses tabatières en Steinkabinett, elle sera offerte à Louis-Auguste de Breteuil, ministre du roi Louis XVI par l’électeur de Saxe, en remerciement de son efficace médiation entre la Prusse et l’Autriche lors de la guerre de succession de la Bavière en 1779.

Des mosaïques en cloisonné

Si l’exposition s’articule autour de cette pièce historique, elle n’en présente pas moins une quarantaine de tabatières et galanteries issues de collections privées et publiques prêtées pour l’occasion. A découvrir donc, des paysages champêtres, de savantes compositions florales, des motifs géométriques complexes, sans oublier des œuvres monumentales inédites, telle la console de Moritzbourg. « Réalisée pour Frédéric-Auguste III de Saxe, elle se compose d’un groupe allégorique en porcelaine de Meissen reposant sur un socle précieux de Neuber. »

A propos du travail – et du talent – de l’orfèvre, les antiquaires soulignent qu’il a perfectionné une tradition locale de travail lapidaire. Qu’il a mis au point et excellé dans une technique appelée « Zellenmosaic » ou mosaïque en cloisonné. Qu’il a réalisé des tabatières et des galanteries, certes, mais aussi des pommeaux de canne, montres et autres châtelaines d’un goût exquis en utilisant l’immense variété de couleurs et de motifs naturels que lui offrent les pierres de Saxe. Répondant au goût naissant pour la science, en particulier la minéralogie, parmi l’aristocratie et l’élite, Neuber invente la « Steinkabinett tabatiere » ou tabatière formant un cabinet minéralogique. Un petit chef-d’œuvre portatif combinant, comme il l’indiqua dans une annonce de 1786, « le luxe, le goût et la science ».

Le luxe, le goût, la science, du 13 septembre au 10 novembre, Galerie J. Kugel, 25 quai Anatole France, 75007 Paris. L’exposition est libre d’accès du mardi au samedi de 10 h 30 à 19 h et est accompagnée d’un luxueux ouvrage conçu sous la direction d’Alexis Kugel Le goût, le luxe, la science, Neuber orfèvre minéralogiste à la cour de Saxe (éditions Monelle Hayot, 423 pages, 100 euros).

Infos : www.galeriekugel.com et 00 33 1 42 6086 23.

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