Au Japon, les faux aliments en plastique font recette
Alberto Pellegrini ne parle pas japonais, inutile de dire qu’il le lit encore moins, alors commander dans un restaurant au Japon peut s’avérer un supplice. Heureusement, les plats sont souvent en vitrine : ce sont des reproductions parfaites en résine.
Ces katsudon, des tranches de porc frites et panées, ont l’air de sortir de la poêle luisante de graisse, et ce verre de bière semble sortir tout droit du frigo avec même un peu de mousse qui dégouline sur le bord. Quant à ces sushis de thon rouge et de saumon, ils brillent comme du poisson fraîchement pêché. Les fruits, la viande crue persillée, les poissons, le pain pour les restaurants qui en proposent : tout est tentant mais faux ! « Ça aide vraiment », raconte Alberto à l’AFP, un touriste italien en voyage de noces au Japon. Planté devant la vitrine d’un restaurant avec sa femme, il fait son menu. « Je montre du doigt et je dis juste je veux ça et ça ».
Une tradition qui remonte aux années 20
Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’à l’origine ce talent d’imitation n’était pas fait pour attirer les consommateurs.
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Des artisans spécialisés
Ces illusions gastronomiques ont même leur rue à Tokyo, la Kappabashi Dori, où, outre les ustensiles de cuisines, des dizaines de magasins spécialisés regorgent de milliers de ces faux plats. Mais il n’est pas évident de faire saliver devant un plat de sushis en plastique, ou de faux tempuras (beignets de légumes ou de crevette par exemple) : ils doivent donner l’illusion virtuelle parfaite du frais, du croustillant, du moelleux…
Iwasaki, une des principales sociétés spécialisées, a une armée d’artisans qui peignent à la main ces aliments en résine. Certaines reproductions élaborées peuvent se vendre jusqu’à 100 dollars. Des restaurateurs peu fortunés peuvent toutefois louer par exemple un faux hamburger pour 6 dollars par mois ! « Nos principaux clients sont évidemment les restaurateurs, mais les particuliers en raffolent de plus en plus », explique Takashi Nakai, un porte-parole de la société. Pour preuve, l’entreprise, fondée en 1932, a ouvert récemment deux magasins à Tokyo où elle vend des amulettes dont les Japonais sont fous et qu’ils accrochent à leurs sacs ou téléphones portables : celles-là sont en forme de mini-sushis. Elle propose également des porte-clés avec une fausse tranche de bacon. « Non comestible », précise bien une petite étiquette.
Mais parfois le rendu trop parfait d’un plat peut avoir l’effet inverse à celui recherché. « Quand je vois ça, ça me donne tout de suite l’idée que je ne vais pas aimer », dit Elda Rozencvaag, un touriste israélien perplexe, figé devant la vitrine d’un restaurant. « Ça a l’air trop bizarre, il y a trop de détails, même plus que sur le vrai plat », dit-il en faisant la moue.
Alberto Pellegrini, lui, trouve ça génial, même si parfois il a tout de même un petit doute sur ce qu’on va lui amener. « Je pense que ça doit être du poisson », dit-il en pointant du doigt un plat en vitrine. «








