Le micro-short, le court en dit long
Le short est le must-have de l’été 2013. Plus il est confetti, plus il plaît aux 18-20 ans. Comment le short a-t-il conquis les corps adolescents? Petite nomenclature
En petites ou grosses grappes, elles arpentent le bitume. Dilettantes, le sac en bandoulière, le smartphone à l’air comme les orteils, les gamines semblent faire fi du monde alentour. Pour braver l’étuve estivale, elles ont une arme imparable: le mini-short ou hotpants. Il faut être distrait pour ne pas l’avoir remarqué. A Bruxelles comme à Genève, Paris, New York ou Berlin, le panorama urbain découvre un festival de jambes nues jusqu’aux fesses; «on dirait un décolleté inversé», s’amuse ma voisine de bureau.
De Vogue à Marie-Claire, de Cosmo à Muteen, le micro-short est le bijou du corps estival, le it-wear de l’été 2013. Qu’il soit jacquard, à fleurs, denim, sequins et bas crêpe de soie, effet tie and die ou lingerie, impossible de l’éviter. Faut-il s’en inquiéter? Ou même le chasser comme vient de le faire l’école de Steinen, en Suisse? «Hotpants interdits pour les écolières!» titrait le Blick il y a une semaine. Argument avancé par la directrice de l’établissement: il faut l’interdire pour protéger les professeurs et leurs facultés de concentration.
A l’heure des débats autour du port du voile à l’école, et après avoir condamné le string et le piercing au ventre, va-t-on également légiférer sur le port du short? Ce reliquat de l’enfance serait-il devenu objet de concupiscence? Non, assure Elizabeth Fischer, historienne en mode et professeur à la HEAD de Genève. La spécialiste explique que le mini-short a l’avantage d’être pratique et confortable. «Même très court, le short est fermé à l’entrejambe, contrairement à la robe ou à la jupe, vêtement emblématique du sexe faible. Il ne permet pas d’accès direct au sexe féminin.»
L’image d’une femme émancipée, sûre de ses mouvements
Son origine même le porte plus vers l’action que vers la pose minaudante. «Le short émane du vestiaire sportif. Popularisé avec les héroïnes du stade, ce vêtement renvoie l’image d’une femme émancipée, active, sûre de ses mouvements.» L’historienne rappelle que le pantalon demeure «le costume de l’Occident», autant pour les hommes que pour les femmes. «Si je regarde ma classe, je porte une robe, une élève est peut-être en jupe et le reste porte des pantalons ou des leggings.»
Le triomphe du short, c’est aussi «le fruit d’un battage médiatique intense; on en voit partout», poursuit-elle. Et surtout dans les clips. L’acmé du genre reste «Blurred Lines» de Robin Thicke feat. T.I. et Pharrell Williams: quatre minutes de hotpants intensives.
Autre vivier, les rubriques tendance des magazines people nous disent tout du short-string de Rihanna, du hotpants en cuir de Nabilla et de la croupe affûtée de Beyoncé. Privilège des fessiers galbés? Pas forcément. La gamme des «minis» se décline dans toutes les enseignes de prêt-à-porter. «Jamais l’enthousiasme pour le mini-short n’a été aussi grand que cet été», confirme la porte-parole d’H&M.
Autant de shorts que de fessiers pour les porter
Vêtement pratique, accessible, objet tendance et de saison, il existe autant de shorts que de fessiers pour les porter. Mais cela n’explique toujours pas pourquoi les midinettes en raffolent. Si elles souhaitent ressembler aux icônes sur papier glacé, elles désirent plus encore appartenir à un groupe. «A 8 ans, elles veulent un mini-short et une tête de mort sur le t-shirt», assure Vincent Grégoire, spécialiste art de vivre pour l’agence parisienne NellyRodi. Mais 8 ans, n’est-ce pas précoce? Le problème se pose justement lorsque de très jeunes demoiselles sont confrontées à des modèles qui ne sont pas de leur âge. Stéphanie Pahud, linguiste et spécialiste des questions de genre, explique que «l’hyper-sexualisation est omniprésente dans les médias consommés par les jeunes filles, et notamment dans des émissions de télé-réalité. Il n’est pas étonnant de retrouver la même mode vestimentaire, les mêmes attitudes dans la rue par la suite.»
Pour Stéphanie Pahud, la densification du port du short s’explique aussi par un deuxième mimétisme. Celui des adolescentes entre elles, la séduction opérant également au sein du groupe. «Elles ont à la fois envie de «ressembler à» et besoin de «se comparer à.» Il n’est pas rare d’apercevoir ces tribus de fillettes toutes clonées sur le même modèle: mini-short, débardeur et spartiates. Soyez différentes en étant toutes pareilles, pourrait-on ironiser.
Un habit clanique
En réalité, il s’agit d’un phénomène plus complexe. Si le clan est un élément clé dans l’extension du domaine du short, cela s’expliquerait par le fait qu’«être en groupe, crée une sécurité qui leur permet d’expérimenter la séduction, d’accepter leur corps qui change», développe Elizabeth Fischer. Des processus qui s’effectuent au travers du lien à l’autre et à leur propre corps. «L’appartenance au groupe se traduit également par un confort psychologique et émotionnel qui prime sur le jugement esthétique de l’individu.»
Durant l’adolescence, période ultrasensible, le besoin de reconnaissance agit fortement sur les choix de l’individu. Voilà qui expliquerait que l’ami des silhouettes filiformes et androgynes soit aussi porté par des jeunes filles à la plastique moins avantageuse. La peur de l’exclusion, d’être has been, prend le pas sur les complexes. Stéphanie Pahud parle d’un double discours. «D’un côté, les ados s’assument et tout le monde trouve cela formidable. De l’autre, le regard des autres peut se révéler très critique vis-à-vis de celles qui ne correspondent pas aux canons esthétiques. Le risque est que ces jeunes filles n’en aient pas conscience.» Une insouciance qui peut être interprétée comme une provocation, et prise pour de la vulgarité.
Si le mini-short est porté par toutes, peut-il être porté partout? Le cas de l’école en Suisse laisse penser que non. «S’habiller, c’est dire quelque chose de soi, de son identité», précise Stéphanie Pahud. Dans notre société très codée, le mini-short a plus sa place à la plage qu’à l’école ou au travail. Ce qui n’est pas le cas en Californie, par exemple, soulève Vincent Grégoire. «Dans un contexte social codifié, c’est à l’individu de s’adapter, ces jeunes filles doivent en avoir conscience», termine la linguiste. A l’inverse, «ne pas venir au travail en short chez Google paraît bizarre», plaisante le Parisien. Internet favorise le mélange culturel des styles mais trouble les repères et les codes. Le style Los Angeles n’est pas forcément adapté aux écoles sous nos latitudes. Mais la culture et le climat non plus.








