Ils investissent dans un appartement en Espagne: «Les prix ne peuvent pas descendre plus bas…»
Malgré la mauvaise santé de l’économie espagnole, les Belges sont nombreux à acheter une seconde résidence, notamment sur la Costa del Sol. Normal : les bonnes affaires sont (encore) légion.
Mon premier s’appelle Geoffroy Theate, il a 35 ans, vit à Durbuy et est chef d’entreprise. Mon second se nomme Stéphane Frognet, 39 ans au compteur, résident de Libramont et un boulot d’expert-comptable et fiscal inscrit sur sa carte de visite. Mon troisième, enfin, répond au nom de Vincent Delaisse, il a 26 ans et vient de Tintigny. Il est à la fois indépendant dans l’événementiel et employé dans un magasin d’informatique. Mon tout forme… un trio d’investisseurs en quête d’un bien sur la Costa del Sol.
Rencontrés sur le port de La Duquesa, une localité située à quelques kilomètres plus au sud de Marbella, ces trois copains nous expliquent être descendus dans le sud de l’Espagne à la recherche d’un appartement qu’ils achèteront ensemble. Leur but est de l’occuper (un peu) pour leurs vacances personnelles et de le placer (beaucoup) en gestion locative via Zapinvest, une agence belge spécialisée dans la seconde résidence en Espagne qui vient d’ouvrir un bureau sur place.
Les deux premiers ont déjà acheté il y a sept mois un deux chambres sur les hauteurs de Sotogrande, dans un complexe où de nombreux Belges ont eux aussi jeté leur dévolu ces derniers mois. Un appartement situé à un kilomètre des plages mais offrant une vue magnifique sur Gibraltar qu’ils avaient payé 100.000 euros, hors frais. Une affaire en or qu’à aucun moment ils n’ont regretté.
Le hic, c’est que lors de leurs visites en compagnie de Vincent, le troisième larron qui s’apprête à entrer à son tour dans la danse de l’investissement en Espagne, ils sont tombés amoureux d’un appartement donnant sur la marina de Sotogrande.
On prend la voiture pour aller juger sur pièces. Dès notre arrivée sur les lieux, on comprend qu’on se situe ici dans une autre catégorie de biens. Plus luxueuse et donc, cela va de soi, plus chère. L’appartement est situé dans un complexe superbement fleuri et parfaitement entretenu, sécurisé 24 heures sur 24, pourvu de plusieurs piscines extérieures, d’une piscine intérieure, d’un jacuzzi, d’un sauna, d’un hammam et d’une salle de fitness. Sa surface habitable est de 110 m2 et il offre deux chambres, deux salles de bains et un emplacement parking. Rien à redire sur les finitions, elles sont impeccables.
Depuis l’une des deux terrasses, on pourrait presque toucher Gibraltar. Le rocher britannique n’a rien d’extraordinaire, mais il possède un côté bluffant. L’autre terrasse offre une vue sur la Marina. En un mot comme en cent : il y a pire… « Cet appartement coûtait 563.000 euros en 2007, c’est écrit sur ce papier, insiste Geoffroy. Aujourd’hui, on nous le propose à 320.000 euros. C’est presque la moitié du prix ! »
Ce même bien situé sur la côte d’Azur vaudrait sans hésiter le double, et sans doute même davantage. Pourtant, on sent le trio hésitant. Car au prix de vente, il faut ajouter 14 % de frais (pour l’ancien, le taux en Espagne est de 12 %), soit 44.800 euros, et les charges annuelles qui s’élèvent à quelque 5.000 euros, revenu cadastral compris. Une chose semble sûre : s’ils jettent leur dévolu sur ce petit bijou qu’ils espèrent pouvoir louer aux environs de 1.500 euros la semaine pendant les mois de juillet et d’août, Geoffroy et Stéphane devront revendre le bien acheté à deux il y a sept mois… « Et il faut encore compter 10.000 euros pour meubler le nouvel appartement, souligne Geoffroy. Mais on devrait pouvoir facilement le louer douze semaines en juillet et en août, plus douze autres semaines l’hiver où le loyer pourrait être fixé à 700 euros la semaine. De plus, nous sommes certains que cet appartement-ci prendrait davantage de valeur que le précédent à la revente d’ici 5 à 10 ans… »
La rentabilité du premier bien, qu’ils espèrent revendre à 130.000 euros, n’est aucunement à mettre en cause. « Certainement pas, insistent les deux propriétaires, puisque nous n’avons commencé que très tardivement les locations et depuis février, on l’a déjà loué dix semaines à des prix variant entre 350 et 550 euros la semaine. Si on achète l’appartement dans la Marina, on n’aura aucun problème à ne pas y venir l’été. Aucun de nous trois n’a des enfants et nous exerçons des métiers qui ne nous permettent pas de nous libérer entre le 15 juin et le 15 septembre. On préfère l’arrière-saison et l’hiver qui, ici, sont splendides… »
Comment leur est venue l’idée d’investir en Espagne et pourquoi un achat à trois ? « En lisant un article dans le journal et parce que la mise de départ est moins importante, embrayent en chœur Geoffroy et Stéphane. On avait pensé un moment à Ténérife mais la Costa del Sol est très facile d’accès grâce aux vols low-cost et Vincent nous a fait remarquer à juste titre qu’on peut aussi y venir en voiture et ça, c’est fondamental. Ceci dit, en louer une dans la région est très bon marché et on mange très bien et pour pas cher. Ce sont des vacances assez bon marché finalement. Et je ne vous parle pas des 300 jours de soleil par an… »
Les trois amis sont fermement décidés à faire fructifier leur argent. Et pour cela, une seconde résidence en Espagne est un moyen idéal. « De nos jours, l’argent à la banque ne rapporte plus rien, explique Geoffroy, le plus décidé, et sans doute le plus téméraire également, de la bande. Et s’il est vrai qu’on peut passer pour des gens qui profitent du malheur des Espagnols, ce qui nous pose d’ailleurs un problème moral, on sait aussi que si nous n’achetons pas, d’autres le feront à notre place… »
Geoffroy, Stéphane et Vincent ne craignent-ils pas de voir leur investissement perdre de sa valeur au fil des ans ? Après tout, les biens en Espagne ont vu leur prix fondre comme neige au soleil entre 2009 et 2012. Qui peut jurer qu’un tel scénario ne se reproduira jamais ? « Les biens sont tellement bas aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas descendre encore plus bas. A l’avenir, le luxe et le low-cost subsisteront. Par contre, je ne vois plus de place pour le moyen de gamme », assure Stéphane. « Le marché espagnol a clairement repris, à certains endroits et pour un certain type de biens, il est même déjà trop tard pour acheter, enchaîne Vincent. On dit l’Espagne en crise mais on ne la voit pas ici en Andalousie. C’est une région magnifique qui gagne à être découverte. C’est l’Espagne authentique, celle qui est fort intéressante sur le plan culturel et très éloignée du tourisme de masse… »
La nuit portant (toujours) conseil, le lendemain de notre rencontre le trio de Belges mandatait Zapinvest pour faire une offre à… 270.000 euros. Le suspense était entier…








