Dix clés pour comprendre les négociations israélo-palestiniennes

Anne Menoury (St.)
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Les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens reprennent après trois ans d’interruption.

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1. Des négociations de négociations

Les premières discussions qui doivent avoir lieu à Washington aujourd’hui et demain sont en réalité des négociations pour éventuellement relancer le processus. Des négociations de négociations finalement. Elles marquent une étape importante car la situation est bloquée depuis 3 ans. Les deux parties n’avaient pas su, à l’époque, s’accorder sur un compromis, chacune restant fermement sur certaines positions jugées inacceptables par l’autre.

2. Les conditions des négociations

Cela fait partie du jeu et c’est notamment ces conditions qui bloquent régulièrement les discussions entre Palestiniens et Israéliens. Les négociations reprennent aujourd’hui notamment grâce au vote israélien sur la libération de 104 Palestiniens détenus de longue date. Bien que nombreux Israéliens s’y opposent, cela marque la bonne volonté d’Israël pour la reprise des négociations, quand bien même la colonisation n’est pas arrêtée, une autre condition pourtant récurrente du côté palestinien.

3. Les acteurs présents

Ces discussions ont été impulsées par le secrétaire d’État américain John Kerry, qui a multiplié les visites dans la région avant d’obtenir cet accord. Les États-Unis se positionnent donc comme un arbitre entre les deux parties. Martin Indyk, ancien ambassadeur américain à Israël sous Clinton, a été nommé comme émissaire spécial pour les négociations de paix. Du côté israélien, c’est la ministre de la Justice, Tzipi Livni qui fait le déplacement jusqu’à Washington. Elle a déjà annoncé que les pourparlers seront «  très difficiles et problématiques  » mais nécessaires. Elle est accompagnée de Yitzhak Molcho, un proche du Premier ministre Netanyahu, selon les médias israéliens. Pour les Palestiniens, c’est le négociateur en chef Saëb Erakat qui prendra place à la table.

4. Un énième processus de paix

La lassitude autour de ces nouvelles discussions se fait bien sentir. Nombreux sont les incrédules qui voient mal comment ce processus pourrait aboutir. Les tentatives de résolutions concluant sur un échec sont nombreuses. Il y a d’abord les Accords de Camp David en 1978 qui visaient surtout une entente entre Israël et l’Égypte, mais avec une clause pour des discussions sur la Bande de Gaza et la Cisjordanie. Celle-ci se référait à la résolution 242 du Conseil des Nations Unies prévoyant l’arrêt de l’occupation par Israël. Ce qui est resté lettre morte. C’est seulement en 1993 avec les Accords d’Oslo, suite à la première Intifada de 1987, que de nouvelles négociations sont vraiment organisées. L’Autorité palestinienne est alors menée par Yasser Arafat, et du côté israélien, Yitzhak Rabin négocie. Une nouvelle fois, les accords n’aboutissent pas : certes les Palestiniens acceptent les recommandations sécuritaires internationales et israéliennes, et obtiennent une certaine indépendance politique, mais la colonisation continue. Et surtout, Rabin est tué dans un attentat par un extrémiste israélien, ce qui stoppe brutalement le processus. Fin des années 90, la politique israélienne se durcit lors de l’arrivée au pouvoir de Netanyahu qui accuse Arafat de soutenir les terroristes. Bill Clinton tente malgré tout en 2000 de relancer le processus d’Oslo. Mais entre immobilisme politique, constante opposition et deuxième intifada à l’automne, l’échec de cette relance est rapidement entérinée et confirmée par les nombreuses guerres tout au long de la décennie 2000.

5. Fractions palestiniennes

Depuis 2006, la vie politique palestinienne est divisée géographiquement. Le Hamas (le Mouvement de la résistance islamique, proche du Hezbollah libanais notamment) a été élu démocratiquement à la tête de Gaza, petite bande de terre coincée entre Israël, la Méditerranée et un petit bout d’Égypte, où vivent 1,5 million de personnes. En Cisjordanie, où se trouve une partie de Jérusalem, coincée entre Israël et la Jordanie, c’est l’Autorité Palestinienne qui gouverne, menée par Mahmoud Abbas du Fatah (le Mouvement national de libération formé par Yasser Arafat). Les deux entités politiques ne sont pas parvenues à collaborer, déclenchant de graves heurts entre factions opposées en 2007, alors que le but premier de l’Autorité palestinienne est de faire valoir l’unité palestinienne. Entre un territoire morcelé et des divisions politiques graves, l’Autorité palestinienne qui siège dans les négociations voit sa légitimité régulièrement décriée, aussi bien par le Hamas qu’Israël. Notons également que le Hamas est opposé à la relance des négociations.

6. Référendum en Israël

La décision de libérer des détenus palestiniens par Israël est assortie d’un deuxième point : un éventuel accord de paix qui résulterait de ces négociations devrait être soumis à référendum. Il en a été décidé de même du côté palestinien. Il est néanmoins très inhabituel pour Israël : il n’y a jamais eu de référendum dans l’État hébreu car les politiques israéliens considèrent qu’étant élus démocratiquement, leurs décisions émanent de la volonté du peuple. Ce référendum marque avant tout une stratégie de Netanyahu pour plaire à la droite et extrême-droite israélienne, très mécontente de la libération de prisonniers et apeurées par les concessions qui risquent d’être demandée à Israël.

7. La colonisation et les frontières

La question des frontières et de la colonisation est un des enjeux majeurs du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. La colonisation par Israël a été considérée comme illégale dans la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU en 1967, réaffirmée dans la résolution 478 de 1980. Pour autant, Israël ne la respecte pas, malgré les demandes répétées d’un gel de la colonisation, notamment lors de négociations (ce qui n’est pas le cas actuellement). La poursuite de la colonisation pose encore plus fermement la question des frontières et de savoir quelles seraient les limites d’un éventuel État palestinien, et selon quelles références, autre point de mésentente.

8. Le droit au retour des réfugiés palestiniens

Le problème des réfugiés est né en même temps que l’État hébreu, au moment de la guerre israélo-arabe de 1948-49. Et puisqu’il existe une volonté israélienne d’avoir un État majoritairement juif, il n’y a pas de droit au retour pour les réfugiés palestiniens. Ils sont aujourd’hui 5 millions à disposer du statut spécifique qui leur est accordé par l’ONU. C’est un point de discorde où Israël semble très peu enclin au compromis.

9. La question de l’eau

Un Israélien dispose de quatre fois plus d’eau qu’un Palestinien, selon un rapport de la Banque mondiale de 2009. Le contrôle des ressources par Israël empêche un accès correct à cette ressource pour les Palestiniens. Le rapport pointe notamment que la gouvernance actuelle et que le contrôle israélien empêche la mise en place de dispositifs effectifs pour un meilleur accès à l’eau, aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza.

10. Jérusalem

Un éventuel accord de paix devra résoudre l’incertitude autour de la ville sainte, que les deux parties se disputent. Israël en a fait sa capitale depuis 1980, déclenchant une condamnation de la communauté internationale avec la résolution 478 du Conseil de sécurité de l’ONU. Jérusalem-Ouest est de fait la capitale de l’État hébreu, tandis que la partie Est est considérée comme occupée par la communauté internationale. La ville a également été proclamée capitale de la Palestine en 1988, mais l’Autorité palestinienne siège à Ramallah en Cisjordanie. Israéliens et Palestiniens devraient décider ensemble du sort réservé à Jérusalem, que ce soit deux capitales ou une ville avec un statut spécifique.

Osez la rencontre !