Non, cela n’arrive pas qu’aux autres

Béatrice Delvaux
Mis en ligne

Qu’arrive-t-il à 18 ans, aux personnes handicapées lourdement dépendantes ? C’est l’une des indignités de notre société. Cette population disparaît du radar sociétal car notre vie a évolué d’une manière qui ne mixe plus, n’intègre plus ou très difficilement les personnes polyhandicapées, souffrant d’autisme, dans nos univers. Cachez ces handicapés adultes que nous ne saurions voir ? Cette phrase est terriblement choquante. Mais nous devons reconnaître qu’elle correspond pour beaucoup à la réalité. Et pourtant, ces adultes-là ont plus que jamais besoin de soins, d’activités, de lieux d’hébergement, d’affection. Par ailleurs, leur durée de vie, comme la nôtre, s’allonge. Qui se soucie de leur sort et de celui de leurs familles ?

Car la prise en charge de cette population repose souvent sur leur entourage. Toute personne qui connaît ces familles le sait : la perspective du passage à l’âge adulte de leur enfant ou parent les affole. L’ex-ado leur est renvoyé, à charge pour eux de trouver la solution qui, souvent, n’existe pas ou est insuffisante. Démarre alors un véritable chemin de croix. Garder le membre lourdement handicapé de grande dépendance à la maison est très problématique, voire impossible. Les parents vieillissent et sont très vite incapables d’assumer physiquement, moralement et souvent financièrement cet accompagnement. L’angoisse de leur mort va croissant, non tant par rapport à eux-mêmes, que par rapport à leur enfant et à son devenir. Cette vie « après » serait d’autant plus envisageable pour eux, que l’adulte de grande dépendance aurait déjà appris à vivre « autonome », sans ses proches, via une institution.

C’est tout cela que reconnaît le Comité européen des droits sociaux en condamnant la Belgique sans appel pour le manque de places d’hébergement et de solutions adaptées pour ces adultes handicapés lourdement dépendants. Donnant aussi la possibilité aux familles d’obtenir par la voie judiciaire ce que la prise de décision politique ne leur octroie pas. Cette condamnation est vertueuse. La crise, même si elle est réelle et pèse sur les budgets, ne peut être évoquée comme excuse à l’imperfection des solutions apportées à un problème qui existe depuis de nombreuses années. L’Europe force le politique à accélérer les choses. La société dans son ensemble doit entendre le message, elle aussi, assumant sa part solidaire de ce qui n’arrive pas qu’aux autres.

Vos réactions

Voir toutes les réactions

16. apostat dit le 30/07/2013, 23:33

mais qui revient sous des couleurs plus chatoyantes que le vert-de-gris.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
15. apostat dit le 30/07/2013, 23:28

Je ne suis parent ni de près, ni de loin, avec une personne handicapée "sévère" mais je ne cache pas que j'angoisse sur ma descendance, et surtout ceux qui les suivront, si cela devait être le cas. Nous dirons que je fréquènte régulièremert le quartier du Thier-à-Liège où existe un centre de prise en charge d'handicapés tant mentaux que physiques (que voilà des termes que je n'aime pas). Quand je les vois se promener en rue en compagnie d'éducateurs spécialisés (dont l'abnégation est à souligner) je me pose des questions : nous méprisons de plus en plus les inutiles( secourus CPAS ou mutuelle, chômeurs, inaptes physiques) qui nous coûtent une somme folle mais que nous avons générés. Et quand j'entends nos élus discourir sur les priorités budgétaires, j'ai peur pour nos futurs assistés. Nous devenons tellement égoïstes sans nous en apercevoir que nous applaudirons à l'eugénisme, dérive que l'on croyait disparue mais qui revient sous des couleurs plus [...]

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
14. apostat dit le 30/07/2013, 23:28

Je ne suis parent ni de près, ni de loin, avec une personne handicapée "sévère" mais je ne cache pas que j'angoisse sur ma descendance, et surtout ceux qui les suivront, si cela devait être le cas. Nous dirons que je fréquènte régulièremert le quartier du Thier-à-Liège où existe un centre de prise en charge d'handicapés tant mentaux que physiques (que voilà des termes que je n'aime pas). Quand je les vois se promener en rue en compagnie d'éducateurs spécialisés (dont l'abnégation est à souligner) je me pose des questions : nous méprisons de plus en plus les inutiles( secourus CPAS ou mutuelle, chômeurs, inaptes physiques) qui nous coûtent une somme folle mais que nous avons générés. Et quand j'entends nos élus discourir sur les priorités budgétaires, j'ai peur pour nos futurs assistés. Nous devenons tellement égoïstes sans nous en apercevoir que nous applaudirons à l'eugénisme, dérive que l'on croyait disparue mais qui revient sous des couleurs plus [...]

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
13. Fafnir dit le 30/07/2013, 19:22

C'est une patate chaude et volontairement seule une mère (ou la technologie) se dévouera pour ces personnes diminuées.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 2
12. Bonito dit le 30/07/2013, 13:14

Dans le cas présent, celle concernant l'accueil/l'encadrement des personnes adultes handicapées en Belgique. Les gouvernements régionaux ont toujours refusé de prendre leurs responsabilités sachant parfaitement qu'une plainte introduite individuellement ne pouvait jamais aboutir. Ce qui explique le laxisme de la Belgique cité à demi-mots dans le rapport. Le Comite Européen des Droits Sociaux traite uniquement les plaintes collectives, mais son avis autorisera désormais chacun à introduire une plainte individuellement en Belgique. Comme déjà précisé, une révision de la jurisprudence suivra probablement ainsi que l'adoption du principe du débat contradictoire entre les parties adverses.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 2 non 1
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !