«Les Schtroumpfs 2», un film manquant de tendresse et de poésie
Les Américains ont apporté aux Schroumpfs gloire et fortune. Mais ils ont aussi dénaturé leur univers. Peyo était conscient du prix à payer, bien avant que Sony ne les envoie à New York puis à Paris.
Qu’est-ce que Peyo aurait pensé de ces Schtroumpfs déracinés, exilés de leur village de conte de fées pour jouer les bêtes de foire à New York ou à Paris ? Il est trop tard pour poser la question à l’artiste disparu en décembre 1992. Mais on peut se faire une idée de la vision qu’il avait de ses personnages et de son univers à travers les adaptations qui ont été réalisées de son vivant. En 1975, il s’était totalement investi dans la superproduction belge des studios Belvision, La flûte à six Schtroumpfs, dont il était ressorti « épuisé mais heureux ». Dans les années 1980, Peyo a aussi supervisé la série télévisée américaine de Hanna-Barbera, dont le contrôle finira par lui échapper totalement. C’est à cette époque déjà que les Schtroumpfs ont perdu leur magie originelle, victimes de leur succès planétaire.
Chez Belvision, le plus grand studio de dessin animé européen installé dans l’immeuble Tintin de la gare du Midi, Peyo avait exigé de pouvoir lui-même donner « les indications nécessaires aux animateurs et aux dessinateurs ». Il s’était investi totalement dans ce projet avec son complice Yvan Delporte, l’ancien rédacteur en chef du Journal Spirou : « Je ne pouvais pas tendre un album à chaque personne des studios en leur disant « débrouillez-vous ». Je tenais à ce qu’il soit réussi, mon dessin animé. Alors je me suis mis à préparer le story-board. J’avais appris le mot la veille. »
Peyo a réalisé 1.232 dessins pour le story-board épinglé sur les murs de Belvision. Il est venu décrire en studio la manière de dessiner un tabouret de Schtroumpf ou de respecter les plis du ventre de Pirlouit, la longueur de ses mèches de cheveux et les traits de ses chaussures… Le dessinateur explique et mime parfois tous les détails des scènes devant les équipes de Belvision.
Il signe les dialogues et n’hésite pas à se fâcher quand on coupe dans son texte, avant d’admettre que certaines de ses répliques sont trop longues. Il « chèvrechoute » sur le moindre changement comme un véritable metteur en scène ! Les ordinateurs graphiques n’existent pas encore et plus de cent mille dessins seront réalisés à la main sur base de ses modèles de personnages. Tous les décors devaient être peints à la gouache sur papier et les scènes d’abord dessinées au crayon pour vérifier l’exactitude des mouvements.
Peyo avait été très déçu par les tout premiers dessins animés des Schtroumpfs réalisés chez TVA, les studios des éditions Dupuis. Mis bout à bout, ces films d’une dizaine de minutes avaient été projetés pendant deux semaines dans un cinéma bruxellois. Consterné de ces animations « bon marché », l’auteur s’était juré qu’il n’accepterait plus jamais de voir les Schtroumpfs jouer dans un dessin animé. Avant de donner son feu vert au projet de long-métrage animé chez Belvision, Peyo avait donc consulté un réalisateur.
Ce professionnel du dessin animé lui avait lancé : « Moi, je sais ce qu’il vous faut. C’est un scénario spécial avec beaucoup d’action, et il faut que Gargamel y figure. C’est absolument nécessaire et c’est moi qui vous le dis ! » La ressemblance avec ce qui arrive aujourd’hui aux Schtroumpfs à Paris saute aux yeux. Par esprit de contradiction, Peyo avait décidé, au contraire, d’adapter La flûte à six Schtroumpfs, un scénario plein d’action et d’humour mais aussi de tendresse et de poésie. Deux choses qui font cruellement défaut dans Les Schtroumpfs 2. Peyo avait compris que la magie de La flûte à six Schtroumpfs ne tenait ni dans les moyens financiers ni dans les effets spéciaux, mais dans le regard artistique.
Dans années 1980, Peyo se plongera à nouveau dans le monde du dessin animé avec les studios américains d’Hanna-Barbera, une success-story éprouvante racontée dans le livre d’Hugues Dayez, Peyo l’enchanteur. Déjà à cette époque, les Américains avaient une interprétation des Schtroumpfs très différente de celle de leur créateur.
Au début de cette série produite pour la télévision, Peyo a refusé des piles de scénarios jugés trop mercantiles. Le succès sera pourtant colossal avec des taux d’audience supérieurs à 42 % aux États-Unis. Mais, à la fin de sa vie, Peyo confiera ne s’être jamais fait au rythme industriel de la production américaine. Contrairement à ce qui se passait chez Belvision, les animateurs ne tenaient jamais compte de ses remarques et imposaient leurs propres références graphiques.
L’artiste assistera, impuissant, au renversement complet de ses valeurs. « Peyo a fini par laisser faire quelques horreurs », dira Yvan Delporte à Hugues Dayez, comme envoyer les Schtroumpfs aux quatre coins du monde. « C’était une dénaturation complète de leur univers qui a cassé la magie », tout en assurant aux personnages une célébrité mondiale.




les américains... ...quidécidément salissent tout avec leurs gros sabots pleins de dolars et leur absence totale de sensibilité et de poésie on réussi l'exploi de transformer l'univers enfantin et magique des schtroumphs en une parodie de télé-réalité où la shtroumphette a des airs de Nabilla vulgaire et bimbo et les schtroumphs des tronches de crétins dignes de Secret Story...Décidément Einstein avait encore vu juste en disant "les américains sont le seul peuple à être directement passé de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation" (sic)!