Aventuriers, la maison du Guil est votre royaume

Paolo Leonardi
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Wim et Tom en avaient marre de leur vie stressante en Belgique.

Ils décident alors d’ouvrir une chambre d’hôtes.

Leur rêve premier était la Nouvelle-Zélande ou le Canada, mais ils se retrouvent dans les Hautes-Alpes.

Récit.

Entre La Font, hameau perdu sur la commune d’Eygliers dont les âmes se comptent sur les doigts d’une main, et Maarkedal, dans les Ardennes flamandes, il y a un bon millier de kilomètres que Tom Van De Velde et Wim Louage ont franchi le 6 avril 2012.

Ce jour-là, les deux tourtereaux ont accueilli leurs premiers hôtes à la Maison du Guil, une chambre d’hôtes campée au beau milieu des Hautes-Alpes françaises où le temps s’écoule au ralenti. Ingénieur civil de formation, le premier était jusque-là spécialisé dans la gestion de production et d’entreprise dans le textile. Expert-comptable à la base, le second s’occupait des ressources humaines et des finances pour le compte de Shell.

Mariés depuis 2006, Tom et Wim nourrissent toutefois très vite l’ambition de changer de vie. « Notre rêve était de monter quelque chose ensemble tout en travaillant pour notre propre compte, soutient Tom. Nous aimions tous les deux le design et lors de chacune de nos vacances, nous séjournions dans des maisons d’hôtes joliment décorées. L’idée d’en ouvrir une nous est venue comme ça… »

Entre l’idée et le passage à l’acte, il y a cependant un pas. Le rêve premier est d’émigrer vers le Canada ou la Nouvelle-Zélande. Mais la France s’impose très vite comme la seule solution réalisable. « Nous avons visité des biens dans les Pyrénées, mais la région nous a semblé hostile, minérale, sombre et pluvieuse, se souvient Wim. On s’est alors rabattus sur le nord des Alpes, mais c’était trop cher à cause de la trop grande proximité avec Genève. »

Pendant de longs mois, les recherches se poursuivent. Sans relâche. Entre-temps, les deux compères ont remis leur démission et ils n’ont plus droit à l’erreur. « Un jour, sur internet, on tombe sur une maison dans les Alpes-de-Haute-Provence, expose Tom. Mais aucune banque n’a voulu nous suivre. On avait le moral dans les talons quand, par hasard, on est tombés sur la Maison du Guil, à deux pas de Guillestre. Nous sommes allés sur place et le coup de foudre a été total ! »

Difficile, en effet, de ne pas tomber sous le charme de cet ancien prieuré qui date de 1660. Bâti sur deux niveaux et doté de quatre chambres, il présente surtout l’avantage d’avoir été entièrement remis à neuf par les anciens propriétaires de la maison d’hôtes, un couple de Parisiens qui jeta l’éponge en raison de l’incompatibilité qu’il y a à gérer un établissement du genre quand on a des enfants en bas âge. « Nous n’avions jamais vu une rénovation de cette qualité !, affirme Tom. Et en plus, nous retrouvions beaucoup d’éléments que nous possédions dans notre propre maison en Belgique. Il ne restait qu’à convaincre les banques… »

Tom et Wim iront frapper à la porte de… neuf institutions bancaires. Sept françaises et deux belges. Une seule finira par accepter de les suivre mais, dans la balance, il y a une sérieuse contrepartie : la revente de leur maison en Belgique. « Du coup, notre apport personnel s’élevait à 80 %, mais malgré cela, les freins étaient nombreux, enchaîne Wim. C’est que nous étions en pleine crise de 2011. Ce qui a fini par faire la différence ? Notre enthousiasme, je suppose, ainsi que notre analyse du marché qui faisait… 80 pages. BNP Paribas n’avait jamais vu une étude aussi détaillée ! »

Nichée sur les hauteurs du Guil, cet affluent de la Durance que l’on aperçoit en contrebas du jardin, la maison d’hôtes se trouve dans le Guillestrois, une région magnifique plantée dans le massif des Ecrins, à deux pas du lac de Serre-Ponçon. Elle abrite les pistes de ski de Vars et de Risoul, mais aussi des villes et des sites à visiter comme Briançon ou le Mont Dauphin, cette ville fortifiée construite par Vauban.

La maison du Guil est un repère idéal pour les skieurs mais aussi pour les randonneurs qui s’en vont découvrir, à pied ou en raquette, le Queyras ou pour les cyclistes, les cols du Vars, de l’Izoard et de l’Agnel, pour ne citer que ceux-là, n’étant qu’à quelques coups de braquet. Une région à découvrir, si ce n’est déjà fait, tant ses atouts sont nombreux et variés. « Notre clientèle est surtout constituée de gens qui aiment la découverte et le calme, explique Tom. L’hiver, la neige est, ici, réellement meilleure qu’ailleurs et l’ensoleillement est exceptionnel ! Le jour de Noël, nous avons skié en pull. Il y avait six degrés… »

Un an après l’ouverture, Tom et Wim n’ont-ils jamais éprouvé le moindre regret à avoir quitté leur patrie ? Il suffit de les regarder, l’un et l’autre, pour se rendre compte que la réponse est évidente. « Nous gagnons beaucoup moins d’argent qu’avant, mais en Belgique, on travaillait comme des fous et notre vie était remplie de stress. Ici, la qualité de vie est tout simplement excellente. Et nous ne sommes qu’à deux heures de voiture d’Aix-en-Provence ou de Turin, deux superbes villes. Deux heures, c’est le temps qu’on mettait pour aller travailler à Bruxelles… »

Osez la rencontre !