Turquie: lourdes peines dans le procès des putschistes du réseau Ergenekon
La justice turque a prononcé de lourdes peines, dont au moins 12 condamnations à la prison à vie, contre les membres du réseau putschiste Ergenekon dans un procès dénoncé par l’opposition comme une chasse aux sorcières.
Le tribunal de Silivri, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Istanbul, a notamment condamné à la réclusion à perpétuité l’ancien chef d’état-major des armées, le général Ilker Basbug, pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel par la force », a constaté un journaliste de l’AFP. D’autres anciens généraux, comme l’ex-chef de la gendarmerie Sener Eruygur et l’ex-chef de la Première armée Hürsit Tolon, le journaliste Tuncay Özkan et le chef du petit Parti des travailleurs (IP, nationaliste) Dogu Perinçek ont également été condamnés à la prison à vie.
Le journaliste renommé du quotidien de gauche Cumhuriyet Mustafa Balbay, élu pendant sa détention député du principal parti d’opposition, le CHP (pro-laïcité), a été condamné à 35 ans de prison. Egalement élu député du CHP, l’ex-recteur Mehmet Haberal a été condamné à 12 ans et demi de prison. Mais le tribunal a prononcé dans le même temps sa remise en miberté, au bénéfice d’une réduction de peine.
Quelque 275 accusés, dont 66 en détention provisoire, étaient jugés depuis octobre 2008 dans le cadre de l’affaire Ergenekon, premier d’une longue série de procès controversés visant à déjouer des complots supposés contre le gouvernement islamo-conservateur.
Le réseau Ergenekon a été mis au jour en juin 2007 lors d’une opération anti-terroriste dans un bidonville d’Istanbul. Des armes et des explosifs ont été découverts, première étape d’une longue enquête qui a conduit à la rédaction de 23 actes d’accusation successifs --plusieurs milliers de pages-- finalement réunis dans un même procès. Plusieurs autres procès contre des groupes de conspirateurs supposés ont par ailleurs été ouverts après Ergenekon.
Echauffourées
Un imposant dispositif de sécurité était déployé lundi autour du tribunal, avec des centaines de policiers et de gendarmes anti-émeutes soutenus par des blindés et des canons à eau. Des échauffourées ont néanmoins eu lieu à la mi-journée entre des manifestants et la police près de Silivri, sur une autoroute reliant Istanbul à Tekirdag. La police a répondu aux jets de pierre par des jets d’eau et des gaz lacrymogènes, a constaté un photographe de l’AFP, qui a estimé à environ 10.000 le nombre de manifestants.
Le réseau Ergenekon, du nom d’une vallée mythique d’Asie centrale d’où serait issu le peuple turc, est accusé d’avoir tenté de favoriser un coup d’Etat militaire contre M. Erdogan, un ancien islamiste au pouvoir depuis 2002, en semant le chaos dans le pays par des attentats et des opérations de propagande.
La lecture du verdict par le président du tribunal, Hasan Hüseyin Özese, et ses adjoints, a été accueilli par un tollé de l’assistance, pourtant réduite sur décision de la cour aux prévenus, à leurs avocats, aux journalistes et aux parlementaires.
« Un procès entièrement politique »
« Maudite soit la dictature de l’AKP », ont scandé avocats et députés, conspuant le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, dénoncé par l’opposition laïque comme le commanditaire de ce procès, pour faire taire les critiques contre M. Erdogan. « Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal Atatürk », ont-ils également crié, rendant hommage au fondateur de la République turque laïque. Peu avant l’entrée dans le tribunal de la cour, M. Balbay a harangué l’auditoire, dénonçant « un procès entièrement politique », et promettant « un automne chaud » de contestation politique dans les villes de Turquie, après trois semaines de manifestations antigouvernementales sans précédent en juin. « Aujourd’hui, c’est le gouvernement qu’on condamne, pas nous », a affirmé le journaliste.
Premier procès à atteindre un verdict, Balyoz (masse de forgeron) avait déjà surpris par la sévérité des peines prononcées : les juges ont condamné en septembre près de 300 officiers à des peines de 16 à 20 ans de prison, portant un coup sévère au prestige de l’armée turque. L’armée, qui pendant des décennies s’est voulue la gardienne des valeurs laïques de la République turque, a renversé trois gouvernements élus depuis 1960 et forcé un gouvernement pro-islamiste à la démission en 1997.
Pour certains observateurs libéraux ou proches de la mouvance islamo-conservatrice au pouvoir, le procès Ergenekon et ses avatars s’inscrivent dans les efforts du gouvernement pour limiter les intrusions de l’armée dans la vie publique et instaurer l’Etat de droit. Mais pour les défenseurs de la laïcité et certains militants des droits de l’Homme, ces procès sont surtout un montage visant à écarter du champ politique certains opposants. Ces critiques remettent notamment en cause la validité des preuves apportées et le recours à des témoignages anonymes.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Ont-ils seulement commis un seul acte de terrorisme où autre qui était soit disant dans leurs plans pour déstabiliser le gouvernement d'Erdogan ? Dès lors, pourquoi sur base de suspicion les condamnations sont-elles aussi lourdes, si ce n'est pour frapper l'opposition et montrer sa force. Personne ne se pose la question de la raison de la plupart des coups d'état ? Ils ont presque toujours lieu dans des situations où un parti au pouvoir semble omnipotent et pour longtemps. Les opposants y recourent car ils ne voient pas d'autres issues pour se débarrasser d'un régime (ce n'est pas pour autant que je cautionne).
@ Mundele : Tu es comme une image formée par des parties de plusieurs images. En voulant dire beaucoup de choses finalement tu as dit quoi? Soit Si l'AKP a raison, il faut se dire aussi que ces généraux sont la marionette d'autres pays qui ne veulent pas d'une Turquie forte! Certains de ces pays ne sont pas loin de nous. Si l'AKP a tord, quels sont les bénéfices de punir les représentants de l'armée turque, une des plus grandes armées au monde, quelques politiciens et journalistes? Comment a-t-il osé? Autre chose, c'est stupide de résumer la situation de la Turquie en lisant juste quelques articles belges. Pour un pays si grand si important, il faut savoir beaucoup plus pour pouvoir donner un avis sur l'état actuel ou le futur du pays.
VIVE LA TURQUIE LIBRE.... (c'est pas pour demain...avec les islamisant au pouvoir) N'oubkions pas que c'est une des armées les plus puissantes de l'OTAN.... et que c'est à cause de l'installation de missiles en Turquie que l'URSS se sentant menacée voulait en mettre à Cuba... Pour les ignorants... qqs semaines après la fin de la crise dite des missiles "cubains" (en réalité on devrait dire la crise des missiles turques...) les missiles américains étaient retirés....









Justice totalement indépendante du pouvoir, sans aucun doute ...