Le regard d’un restaurateur de peintures
En tant que conservateur-restaurateur, notre mission est de permettre la transmission du patrimoine culturel et artistique aux générations futures, dans le respect le plus total de ce qu’est l’objet, esthétiquement, technologiquement et historiquement », note d’emblée le spécialiste qui travaille tant pour les musées que pour les particuliers. « L’intention est de respecter l’œuvre et son histoire, sans revenir nécessairement à son aspect originel. Il nous faut assurer la pérennité de l’objet dans son intégrité la plus exacte possible », poursuit-il en insistant sur le fait que chaque œuvre comme chaque cas est unique et doit faire l’objet d’une étude avant toute intervention. Dans le cas d’une œuvre attribuée, les recherches historiques permettent de dégager une ligne de conduite.
« La qualité d’une peinture peut être alourdie par toutes les interventions qu’elle a subies successivement. Je pense aux vernis, surpeints voire carrément aux repeints – autant d’additions qui lui font perdre son authenticité esthétique. En analysant des œuvres proches, en les comparant, on peut retrouver l’esthétique propre du peintre et déterminer s’il s’agit d’une œuvre véritable ou d’une œuvre “de l’école de” ou “à la manière de”. » Ces éléments trouvent leur pertinence pour l’art ancien (jusqu’au début XXe) sur lequel se concentre Etienne Costa avec une prédilection pour les œuvres sur panneaux et sur les traitements relatifs à ces supports.
Bois, panneau, peinture
Qui dit panneau, dit bois et par conséquent hygroscopicité du bois c’est-à-dire « sa faculté d’absorber l’humidité quand elle monte (et donc de gonfler) et de la rejeter quand son degré diminue. » Ce mouvement est encouragé par le chauffage central de nos habitations qui perturbe le taux d’humidité plusieurs fois par jour alors que jadis les cycles découlaient des saisons et ne changeaient que quelques fois par an. A ce facteur s’ajoute le fait que nos intérieurs accueillent de moins en moins de matériaux hygroscopiques (laine, lambris, plancher, plantes…) ce qui fait de l’œuvre sur panneau la cible privilégiée de ces variations d’humidité, selon le principe des matériaux tampons. Cette caractéristique du bois peut lui occasionner des dégâts lorsqu’il est contraint par un encadrement ou un parquetage qui l’empêche de bouger.
Si parquetage il y a, il s’agit souvent d’une addition malheureuse appliquée systématiquement au XIXe siècle pour contrer le mouvement. Or, il doit justement être mobile pour ne pas provoquer de rupture au niveau de la surface picturale.
« Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’un panneau contraint se conserve en général mal alors qu’un panneau avec sa courbure se conserve bien », note le restaurateur s’inscrivant ainsi en faux contre l’idée du parquetage comme argument de vente et comme gage de stabilité. C’est tout l’inverse mais à ceci près que si le parquetage est abandonné de nos jours, il ne faut pas pour autant procéder systématiquement au déparquetage des panneaux anciens.
Rappelons à ce titre qu’un des principes de base de la restauration est d’intervenir le moins possible et sûrement pas si l’œuvre ne présente aucun dégât ! L’on doit par contre toujours veiller à ce que la peinture soit conservée dans un bon environnement et que les interventions soient faites en connaissance de cause, par des restaurateurs, même pour un « simple » nettoyage ou traitement contre les insectes et autres parasites !
Et si d’aventure, une peinture au profil légèrement bombé vous séduit, elle n’est pas à rejeter a priori. Parfois, le seul fait de la changer d’environnement peut rétablir son profil. Sinon, le mieux est de prendre l’avis d’un spécialiste ou… d’accepter sa courbure ! Une philosophie pleine de sagesse et de bon sens.
Etienne Costa, rue des Cottages, 93 – 1180 Bruxelles – 02 /534.38.65 – 0496/585946


