Coup de froid sur les relations russo-américaines

Christelle Pally et Mehdi Atmani/Le Temps
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Barack Obama a annulé sa rencontre avec son homologue russe prévue le mois prochain à Moscou en marge du G20. Un camouflet inhabituel qu’il a justifié par le manque de « progrès récents » dans les relations bilatérales et par sa « déception » sur l’attitude de la Russie dans l’affaire Snowden.

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AP/Evan Vucci
    AP/Evan Vucci

Rien ne va plus entre Barack Obama et Vladimir Poutine. Dans un contexte de tensions provoquées par la présence d’Edward Snowden en Russie, la Maison-Blanche a annoncé mercredi que le président américain ne rencontrerait pas son homologue russe, début septembre, à Moscou.

Précipitée par le scandale retentissant de l’ex consultant de la NSA – qui vient d’obtenir un asile temporaire d’un an en Russie – cette décision révèle surtout les nombreux points de friction qui existent entre les deux puissances depuis le retour de Vladimir Poutine à la présidence. « La décision du président américain Barack Obama clôt une longue période de dégradation des rapports entre les Etats-Unis et la Russie », résume le Wall Street Journal. Le quotidien va même plus loin en évoquant un « fossé démocratique » entre les deux puissances.

La Maison-Blanche a justifié sa décision du fait des maigres progrès enregistrés récemment dans l’amélioration des relations russo-américaines. «  Comme dans de nombreux mariages brisés, le divorce fait suite à une longue période difficile  », commente le New York Times. Outre l’affaire Snowden, le quotidien américain liste d’autres points de discordes : le fait que «  la Russie continue à soutenir le régime de Bachar el-Assad en Syrie » et que le Kremlin «  refuse de s’engager sérieusement dans les processus de dénucléarisation voulus par les Etats-Unis  ».

La fermeté affichée de Barack Obama, recueille l’assentiment du Wall Street Journal. Le quotidien se déclare satisfait de la rebuffade essuyée par le président russe. Obama a officiellement pris acte de l’hostilité manifeste de la Russie à l’égard des Etats-Unis, se réjouit le journal. « Obama a annulé son rendez-vous avec Poutine, mais il n’y avait de toute façon aucune raison à ce que ces deux-là se parlent », écrit le site Slate, qui souligne que la fermeté de Barack Obama lui permet de renforcer sa position sur le plan intérieur.

Sommes-nous en train d’assister au « retour de la Guerre froide ? » s’interroge Mary Dejevsky dans The Independent, en évoquant des relations à leur plus bas et une affaire Snowden qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Du temps de la Guerre froide, nuance le journal, Snowden aurait été brandi comme un trophée par la Russie. Les temps ont changé, et aujourd’hui, l’affaire constitue surtout une source d’embarras pour Poutine.

« Les Américains fuient les pourparlers sérieux. Leur décision aura inévitablement des conséquences politiques », analyse le journal russe Kommersant, pronostiquant une période de gel dans les relations. La crise ne devrait pas se résoudre rapidement, c’est l’opinion des experts interrogés par le quotidien des affaires Vedomosti. Selon Maria Lipman, de l’Institut Carnegie à Moscou, les difficultés dans les relations entre les deux pays portent un caractère « stratégique et durable ». La politologue s’attend à une réponse virulente de la part du Kremlin, comme cela avait déjà été le cas après la loi Magnitski, qui a abouti à l’interdiction d’adopter des enfants russes par des familles américaines.

La Russie réagira de façon négative, car « elle préparait cette visite de longue date et y comptait beaucoup  », renchérit Fedor Loukianov, directeur du Conseil pour la politique extérieure et la défense de la Russie dans les pages de Kommersant. Pour lui, «  les Etats-Unis ont politisé l’affaire Snowden, en en faisant une question de principe ».

Pour Nezavissimaya Gazeta, l’affaire Snowden a bel et bien été le catalyseur dans la dégradation des relations entre les deux pays. Le quotidien russe cite Serguei Rogov, le directeur de l’Institut du Canada et des Etats-Unis de l’Académie des sciences russes à Moscou, explique que si Snowden était parti, la situation aurait pu se calmer en dépit des autres problèmes. Mais Snowden est un « un facteur absolument incontrôlable ». «  Les Chinois s’en sont rapidement débarrassés, explique l’expert. Mais nous n’avons pas su faire de même. » Snowden «  est maintenant notre problème et un prétexte pour une crise dans les relations russo-américaines ».

Toutefois, les deux pays conservent des intérêts communs. La coopération continue, notamment dans la lutte contre le terrorisme. C’est pourquoi, en dépit de cette annonce spectaculaire de l’annulation de la visite d’Obama à Moscou, les Etats-Unis ne rompent pas les ponts.

Pour preuve, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays se réunissent ici à Washington, ce vendredi. Selon la porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki, la Syrie, le nouveau traité de désarmement nucléaire START, l’Afghanistan et l’Iran sont inscrits à l’ordre du jour. La participation de Barack Obama au G20 les 5 et 6 septembre à Saint-Pétersbourg n’est pas remise en cause, selon la Maison-Blanche.

Vos réactions

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5. Phoenix dit le 08/08/2013, 22:51

Les américains peuvent accorder l'asile à des dictateurs qui ont du sang sur les mains et refuser de les livrer à la justice de leur pays. Contre les traités internationaux. Et c'est toujours contre les traités internationaux qu'ils refusent de voir accorder une véritable asile politique à Snowden.

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4. Louise_2011 dit le 08/08/2013, 19:44

Voilà la première fois qu'O essaie de montrer les dents à Poutine, mais il n'en a pas, pas plus que le courage de reconnaitre que la Russie, la Chine et les terroristes de tous bords ne veulent qu'une chose: détruire les USA.

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3. Labrador dit le 08/08/2013, 15:47

Washington et Londres cherchent à mouiller les Européens. Les médias multiplient les associations "Occidentaux" ou "L'Amérique et l'Europe"... Erreur stratégique. Les Européens surexposés et affaiblis par la crise sont en train de prendre à leur compte la responsabilité et le passif de la colonisation anglo-saxonne en Afrique du Nord tandis qu'en cas de problème ces derniers se réfugient dans leurs îles. Il ne nous appartient pas de jouer à Lawrence d'Arabie.

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2. jiipi dit le 08/08/2013, 14:37

L'HISTOIRE SE REPETE.... Elle bafouille puis revient a son point de départ ,inéxorablement :Les anciennes puissances coloniales chassées d'Afrique , et du Moyen -Orient par les mouvements de "libération "aidés par qui les ricains et les ex d'URSS. Les "libérateurs " chassés du pouvoir par d'autres plus ou moins religieux soutenus ensous mains par les ex d'URSSredevenue depuis RUssie et pour d'autres par les "states" anciens gendarmes de rien revenus de tout. Les chinois que les américains ont joué cotre les anciens communistes d'URSS , voient trop grand et gènent beaucoup de monde américains et russes . Les Japonais et les russes ont de sacrés conflits territoriaux ,idempour les chinois et les japonais , ces derniers parlent de plus en plus de leur propre voix comme avant 1940. Ca fait beaucoup de désaccords , en cette fin de mondialisation capitaliste et libéral ou les frontières et les territoires reviennent plus forts sur le devant de la scène-

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1. SansInteret dit le 08/08/2013, 13:27

L'affaire Snowden qui aurait été la goutte qui fait déborder le vase, Excellent ! Du foin pour le repas du peuple. 45% des citoyens américain pensent que BHO est encore bon, 47% pensent qu'il doit partir, 8% d'indécis. Quoi de mieux que de dire dans ce pays anti-communiste (qui pense toujours la Russie comme en 1940, enfin ils ne sont pas seul hmmm) la Russie doit accepter nos conditions parce que West is best. East is least. BHO essaye de remonter sa cote, en attendant la rentrée en septembre qui va être HOT. Les congressmen et deputés anti-NSA vont le malmener, probablement de nouvelles révélations de Greenwald. Ca va être dur Mister President. Et puis on a déja vus des situations virer à 180°.....

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