«Chaque échange de maisons a été une réussite»

Julien Schyns
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Martine et Jean-Marie ont découvert le troc de maisons il y a trois ans. Ils ont échangé sept fois leur propriété et n’ont jamais eu de mauvaises surprises.

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: Le Soir/Dominique Duchesnes
    Photo : Le Soir/Dominique Duchesnes

Au cours des trois dernières années, Martine et Jean-Marie sont partis huit fois en vacances à l’étranger, dont sept fois via le « troc de maisons ». «  On avait juste entendu parler du concept, on a effectué une recherche sur internet, on est tombés sur plusieurs sites, dont «trocmaison.com» (NDLR : version française de HomeExchange.com, lire ci-contre), raconte Martine. On a lu les conditions, il y avait une assurance et les commentaires étaient positifs.  » Le couple souscrit alors un abonnement de trois mois, moyennant une trentaine d’euros, « pour essayer et voir ce que ça donne ». Martine et Jean-Marie rédigent ensuite une sorte de carte de visite de leur maison, située dans les Ardennes, à Bellevaux, près de Bouillon, une petite présentation d’eux-mêmes et balancent l’annonce sur la plateforme internet en espérant attirer l’attention d’un « troqueur » en France. «  On a trouvé très rapidement, à Lyon. On a d’abord bu un verre chez nos hôtes avec eux puis ils se sont mis en route vers chez nous, se souvient le couple. C’était une très bonne expérience, ils nous ont laissé un (long) petit mot de remerciements !  »

Depuis lors, Martine et Jean-Marie, tous deux retraités, sont partis plusieurs fois en France et en Hollande, ils ont également visité la Suisse et, au début du mois de juillet dernier, ils ont découvert le Danemark. À chaque fois, ils sont partis durant une dizaine de jours. «  Cette formule nous permet de partir plus souvent malgré la crise et on peut se permettre plus de petits plaisirs une fois en vacances. Par exemple, au Danemark, il fallait payer 16,5 euros par personne pour une visite, avant on aurait hésité mais ici on a payé car notre budget sur place est plus important, on peut donc s’offrir plus de restaurants, etc. », assurent-ils. Au-delà de l’aspect financier, le troc de maisons permet aussi aux « troqueurs » de se donner des conseils pour explorer la région dans laquelle ils ont posé leurs valises. «  J’ai deux fardes de documentation à disposition, en fonction de l’âge des hôtes et je leur laisse toujours un «panier terroir» avec du jambon d’Ardennes, de la bière, du saucisson, du chocolat, etc. », explique Martine. « En plus, c’est rare qu’on ne revienne pas avec une idée pour aménager notre maison, par exemple, un potager ou encore un auvent pour la terrasse, poursuit-elle. C’est marrant de voir comment les gens vivent de manière différente. Au Danemark, ils étaient fort branchés «bio» et on a vu de suite que la cuisine était très importante, c’était la pièce-maîtresse de la maison. »

Bref, le couple l’assure, chaque échange fut une réussite. Jamais de mauvaise surprise alors ? Ni à l’arrivée chez leurs hôtes, ni une fois de retour chez eux ? «  Au départ, on avait peur d’arriver dans un endroit et que ce ne soit pas propre, mais tout a toujours été très bien. Il y a parfois des petits incidents, mais ce n’est jamais grave. Une fois, une fillette avait écrit sur une de nos nappes, les parents nous avaient laissé un mot pour nous prévenir. Au Danemark, on a fait un barbecue sur une petite taque, on pensait qu’elle était en métal mais c’était en plastique, elle a un peu fondu, on a prévenu les hôtes, sourit Martine. Puis nos visiteurs arrosent nos plantes et s’occupent de nos légumes. »

Pour choisir leur demeure d’accueil, le couple possède principalement un critère de sélection : la taille de la maison. «  Au moins deux ou trois chambres  », précise Jean-Marie. Lui et sa femme peuvent ainsi emmener leur fille et son compagnon ou accueillir des amis, puis ils aiment voyager avec leur chien. Il faut dire que Martine et Jean-Marie ont de quoi rivaliser avec les autres usagers du troc puisqu’ils possèdent une vieille ferme rénovée comprenant notamment trois chambres, deux salons et un grand jardin avec terrasse. Le couple n’a pas de problème à trouver des troqueurs intéressés par un échange. «  D’ici, on peut facilement aller jusqu’à Bruxelles en voiture ou prendre le TGV à Sedan jusqu’à Paris (1 h 30 de trajet) et la région est belle, il y a beaucoup de choses à voir, rien qu’à Bouillon  », assure le couple. Même nos voisins d’outre-Atlantique semblent intéressés. «  On a plein de demandes de la part d’Américains, au moins une fois par mois, c’est incroyable et ils échangent des maisons de fou !, s’exclame Martine. En fait, les kilomètres ne leur font pas peur, donc qu’ils logent ici, à Bruxelles ou à Paris, c’est pareil pour eux.  » Prochaine destination : la Floride ou la Californie ? «  Le Québec nous tenterait bien mais aussi loin, ça devient un peu lourd, avoue Jean-Marie. Pour les prochaines vacances, on regarde plutôt du côté des Pyrénées françaises ou espagnoles.  » Un premier contact a déjà été établi, mais il faudra voir si les dates correspondent. Voilà un point à ne pas négliger, même si nos deux retraités acceptent souvent d’ajuster leur planning à celui des autres, pour autant que la période leur convienne.

« Il n’y a aucun complexe à avoir en Belgique ! »

Lancé en 2005, le site trocmaison.com, la version française du site international HomeExchange.com, se développe véritablement sur nos terres depuis environ trois ans. D’emblée, Alexandra Origet du Cluzeau, responsable communication, l’avoue : « Il y a eu un petit retard à l’allumage pour la Wallonie. » Mais elle affirme que désormais, la plateforme est sur les rails. Actuellement, le site compte 280 membres belges (ils sont 7.500 en France). « Ce n’est pas énorme, mais ce chiffre a triplé en trois ans, révèle notre interlocutrice. C’est un processus qui est lent et il n’y aura pas de développement en termes de millions, mais en même temps, les adhérents restent chez nous, il y a un «turn over» très bas. » Ce qu’une étude réalisée par l’Université de Bergame confirme, puisque 93 % des personnes interrogées (parmi les adhérents de HomeExchange.com) se déclarent satisfaites de leurs expériences et que 81 % ont échangé leur logement plus d’une fois.

Et les membres belges parviendraient alors à trouver des voyageurs intéressés par un petit séjour dans le plat pays ? « On serait étonné !, assure la chargée de communication. La Belgique se situe au milieu de l’Europe, depuis ce pays, on peut rejoindre la France, l’Angleterre. Il n’y a aucun complexe à avoir en Belgique, il y a toujours quelque chose d’intéressant à visiter, une balade à effectuer près de sa maison. » Concrètement, les adhérents paient un abonnement (95,40 euros/an) et créent eux-mêmes leur annonce. « L’accord final pour l’échange se fait de famille à famille. Mais si quelqu’un qui a envoyé dix demandes ne reçoit pas de réponse, on peut intervenir. Par exemple, ça peut être parce que l’annonce n’est pas très bien rédigée ou qu’il n’y a pas de photos de la maison », explique Alexandra Origet du Cluzeau.

Et des couacs, il y en a parfois ? « De temps en temps, il y a un peu de mauvaise humeur de la part de certains si une pièce n’est pas bien rangée, mais les gens sont honnêtes, il n’y a pas d’argent à tirer de ce système… »

Osez la rencontre !