Minimum salarial: faux débat et vrai défi

François Mathieu
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Un salaire minimal légal ? C’est un garde-fou légitime contre les tentations du monde patronal de négocier des salaires au rabais, en cette période où crise et pression sur les rémunérations, en raison de la mondialisation, frappent de plein fouet nos économies.

Un seul pays en Europe n’héberge pas de minimum salarial : l’Allemagne. Or le modèle allemand est vanté un peu partout en Europe pour sa force de frappe sur le terrain de la création d’emplois – l’Allemagne affiche un taux de chômage de 5,4 %. Fort bien. Sauf qu’il y a tout de même un revers à la médaille outre-Rhin : un nombre important d’emplois précarisés, sous-payés. Certains Länder affichent des taux de pauvreté de 20 % et les salaires mensuels de 400 euros ne sont pas rares. Dans ce contexte, personne ou presque ne contestera les vertus sociales du salaire minimum légal.

« Oui, mais il tue l’emploi parce qu’il est trop élevé », s’émeuvent les entreprises. Sans doute un faux débat. La littérature économique sur les salaires minimums, aussi abondante qu’ambivalente, ne permet pas de tirer des conclusions précises sur l’effet supposé dévastateur du salaire minimum sur l’emploi. Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’en Belgique, outre une fiscalité sur le travail écrasante, l’écart entre le salaire minimum (1.502 euros) et le montant des allocations de chômage (1.112 euros au minimum pour un chef de ménage) est trop ténu. Sur certaines périodes, l’allocation est même largement (1.684 euros) supérieure au minimum salarial. Un comble. Certes, la réforme relative à la dégressivité des allocations de chômage devrait (un peu) corriger le tir à l’avenir, mais l’écart quasi inexistant entre ces deux formes de rémunérations est un vrai piège à l’emploi. Outre la dégressivité des allocations de chômage, qui va mettre des années à déployer ses effets, une autre mesure a été votée récemment : le renforcement du bonus emploi, qui a pour but de garantir un salaire net plus élevé aux travailleurs dont la rémunération est la plus faible. Le hic : 75 euros, c’est peu pour promouvoir le travail. L’élargissement du fossé doit être une priorité. Il en est une autre : stimuler le marché de l’emploi. Le constat n’est pas nouveau, mais doit être martelé : l’investissement dans l’éducation et la formation est une des clés qui va permettre aux travailleurs les moins qualifiés d’accéder à un salaire décent. Idéalement au point de ne plus devoir garantir un minimum salarial élevé…

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8. jean de Seraing dit le 10/08/2013, 03:19

Mais encore... La vraie solution serait de diminuer les impôts sur le salaire ce qui n'augmenterai pas les charges patronales et augmenterai du même coup la différence entre l'allocation de chômage, mais pour cela il faudrait diminuer des dépenses inutiles ce qui n'est pas le voie choisie par nos sinistres !

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7. satanix dit le 09/08/2013, 17:53

Quand on voit ce que l'état nous pompe dessus, que reste-t-il ? 1100 ? 1200 euros ? Une fois payés les incompressibles: logement, l'énergie, l'eau , les télécoms, il ne reste plus que 550-600 euros pour manger, se chausser, se vêtir, se déplacer, payer les études des enfants. Si l'on en croit Démocratie Nouvelle, ( http://democratie-nouvelle.skynetblogs.be/archive/2013/02/22/reforme-de-l-index-mille-fois-oui.html ), en 20 ans, notre salaire réellement disponible a diminué d'un quart ! Une honte, puisque le minimum pour vivre est de ...6000 euros ( c'est à tout le moins ce que pensent nos parlementaires, puisque c'est le montant de l'indemnité qui leur permet de survivre sans travailler ! ) En France, la 1ere tranche d'imposition ( plus de 6000 euros imposable )est taxée à 10 %, au Luxembourg on commence à vous taxer à partir de 10.000 euros imposables au lieu de 6000 chez nous ! Alors MM des partis qu'attendez vous ???

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6. Fafnir dit le 09/08/2013, 17:31

J'espérais avec le titre que l'on allait enfin parler de l'orientation post-industrielle de l'emploi, avec par exemple la très grosse catégorie des intermittents du spectacle. Mais non, l'article reste sur la version XIXème siècle.

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5. Labrador dit le 09/08/2013, 14:19

Les formations peuvent s'acquérir sur le tas et les vocations naissent lorsqu'il y a de l'argent à gagner. Le problème est un manque d'activités rentables et de flux de richesses (donc d'emplois) à répartir, à cause de la déréglementation financière et commerciale qui incite les multinationales à réduire l'activité en équilibrant leurs comptes sur l'optimum Maximisation de la présence sur le marché / Minimisation de la dépense fiscale. Donc il ne reste plus que le travail à taxer (témoignage intéressant de chuppa ci-dessous).

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4. chuppa dit le 09/08/2013, 13:43

Je ne suis qu'un petit patron mais je collabore avec 15 personnes sur des CDI. en 3 ans la masse salariale a augmenté de 25 pourcent malgré les déclarations successives de nos sinistres ministres.

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