Laurent Blondiau et Yannick Peeters éclatants au Gaume Jazz Festival

JEAN-CLAUDE VANTROYEN
Mis en ligne

Un samedi brillant au Gaume Jazz, dans le village de Rossignol rassemblé autour de sa vieille église. Le soleil était de la partie malgré les nuages qui tentaient de le dissimuler. La musique aussi. Elle s’est métamorphosée en divers avatars tout au long de la journée, plus jazz, plus rock, plus classique, plus ludique, mais toujours avec de l’éclat et de l’originalité.

  • 
Laurent Blondiau ©Dominique Duchesnes - Le Soir
    Laurent Blondiau ©Dominique Duchesnes - Le Soir

C’est sans doute ce qui fait le plaisir de se retrouver sur la plaine du Gaume Jazz festival qui descend mollement vers le centre culturel de Rossignol-Tintigny : la mosaïque de projets proposés par Jean-Pierre Bissot, directeur des Jeunesses musicales du Luxembourg belge, qui est le grand patron du festival.

Et un de ces magnifiques projets m’a bluffé d’entrée : Laurent Blondiau à la trompette et Yannick Peeters à la contrebasse. Un duo peu fréquent qui s’est produit dans l’église de Rossignol où le son, réverbéré par les hauts plafonds et les vieux murs, prend l’allure de chant géorgien. Les deux musiciens se sont installés au pied du maître autel orné d’un Christ en croix. La trompette bouchée plaintive, triste, sourde, discrète puis joyeuse et volubile de Blondiau, la contrebasse rythmée, cadrée puis fugitive de Peeters se rejoignent et s’éloignent. Le trompettiste souffle parfois à vide, tourne son embouchure à droite, à gauche, se lance dans des solos endiablés façon vieux jazz ou se laisse aller au bruitage, frappant son instrument. La contrebassiste assume le rôle de l’ostinato pour soudain s’échapper dans une impro. La musique s’écoule entre les doigts de l’une, les lèvres de l’autre. Et c’est rafraîchissant comme un torrent de montagne, majestueux comme un fleuve proche de l’estuaire, envoûtant comme une procession de pénitents noirs.

Le duo est maître du chaos qu’il laisse s’épandre comme un mouvement brownien en bruitages, percussions, souffles pour reprendre l’ordre en quelques notes. Le bruit du trafic sur le ring de Bruxelles à 17 h s’évanouit petit à petit pour laisser l’organisation reprendre ses droits. La trompette est remplacée par le bugle, et ça se fait plus lyrique, plus calme, plus apaisant, comme une rivière adoucie. Laurent Blondiau empoigne même son bugle et sa trompette en même temps, et ça fait fanfare religieuse d’antan. Puis tout redevient plus calme. La seule trompette bouchée prend des allures de Miles Davis ou Lee Morgan. Tout s’adoucit. La musique se fait caresse, légère comme une main d’amoureuse.

La comédie de Toine

Formidable concert que celui-là. Qui rend lyrique, qui pousse la métaphore. Comment surpasser cette impression de plénitude qui m’étreint ? En me proposant tout autre chose, évidemment. C’est ce que font Toine Thys, le saxophoniste, et ses complices : Jens Bouttery aux percussions et Eric Bribosia aux claviers. Leur spectacle s’adresse aux enfants. Ils campent un trio de marins sur leur Sibémol, perdus au milieu de l’océan Indien, à la recherche de la musique philosophale, celle qui doit écarter les nuages et mettre fin aux guerres, et dont un vieux du port d’Ostende leur a donné le secret. C’est drôle, la musique est bonne, les musiciens se font comédiens, les gags s’accumulent, les déguisements aussi. C’est un spectacle pour enfants, bien sûr, mais les adultes ont applaudi avec un grand plaisir. Je me suis amusé, et ça fait du bien.

Autre chose encore ? Le trio Tin Men & the Telephone. Piano, basse, batterie. Trois Néerlandais qui jouent en interactivité complète avec des vidéos. Il ne s’agit pas seulement d’illustrer les mouvements des vaches sur l’écran, même si c’est drôle, il s’agit surtout que la musique agisse sur l’écran et vice-versa. C’est totalement maîtrisé, sur des riffs infernaux, avec l’ironie, l’humour nécessaire à ce genre de démarches. Les notes du piano écrivent des mots sur l’écran et les onomatopées du musicien sur l’écran font surgir la musique du trio. Impressionnant et fascinant. Mais jamais, ce trio ne se prend au sérieux. À revoir en tout cas.

On peut parler aussi d’Electric Miles Project, où Peter Baierlein à la trompette, Pierre Anckaert au Fender Rhodes et leurs amis ressuscitent le Miles de l’époque électro. De Too Much & the White Nots, septet plus rock, qui multiplie l’instrumentarium : didgeridoo, glockenspiel, ukulélé, violoncelle, flûtes se mêlent aux instruments habituels et aux chants. Et, bien sûr, d’Eric Legnini, époustouflant de facilité, de groove, d’enthousiasme, menant son Sing Twice Project augmenté de trois souffleurs dans une musique assez funky où les chanteurs Hugh Coltman et Mamani Keita font merveille et où le pianiste développe des solos improvisés magnifiques. On sentait le groupe en appétit de jouer. Et c’était plein de punch.

Le blues de Dowland

Mais j’aimerais encore vous parler de Music 4 a while. Un projet belge et original : mêler musiques des XVI au XVIIIe siècles avec du jazz. Le groupe, mené par le pianiste gaumais Johan Dupont et la chanteuse Muriel Bruno a déjà sorti un disque. J’avais apprécié, vous l’aurez peut-être lu dans le Mad, mais je n’avais pas adhéré sans restriction. Un manque de folie sans doute qui laissait les musiques trop sages. Sur scène, samedi soir, ce fut, pour moi, et pour la salle d’ailleurs, une adhésion complète. Les mélodies de Dowland, Purcell, Guillaume de Machaut, etc. sont très belles et les arrangements de Johan Dupont sont très réussis. C’est surtout la rythmique, assurée par André Klenes à la contrebasse, qui impose une couleur jazzy aux morceaux. Mais le clarinettiste Jean-François Foliez n’hésite pas à se lancer dans des solos inspirés, le violoniste Joachim Ianello fonce aussi, comme le pianiste. Ce qui libère des contraintes du disque. Et on sent les musiciens plus sûrs, plus audacieux, même si la musique reste, en grande partie, très écrite.

Ces chants élisabethains prennent une dimension éternelle. Et le « Flow my tears » de Dowland, XVIIe siècle, prend des allures de blues. « C’est pour moi le premier blues de l’histoire », lance la chanteuse. De l’excellence donc et l’on est sûr que le groupe va s’améliorer encore, se libérer davantage et devenir une des belles valeurs de notre paysage jazz. Jazz ? Oui, il n’y a en fait que des musiciens de jazz, rompus à l’improvisation et aux influences diverses pour oser se lancer dans un tel projet. Et si cela n’est pas vraiment du jazz pour puristes, on s’en moque. Du moment que, comme disait Goldman, la musique est bonne…

Vos réactions

Voir toutes les réactions

1. monjohn0 dit le 11/08/2013, 14:44

Qu'ils profitent de leur audience pour diffuser ce message: Les oreillons rendent stérile! N'empruntez ni ne prêtez d'oreillettes!

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !