Bonjour, je m’appelle Geoffrey et je suis gay

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GrIS Wallonie, c’est un programme d’animations en milieu scolaire qui lutte contre l’homophobie. Cette expérience pilote est menée depuis février en région liégeoise et sera organisée à Namur dès la rentrée. Reportage dans une classe de rhétos à Herstal.

Un brouhaha ambiant plane dans la classe des rhétos de l’Athénée Royal de Herstal. Sur l’estrade, dos au tableau, les deux animateurs commencent leur présentation. « Je m’appelle Marie, j’ai 20 ans. Je viens de France, d’un petit village où il y avait plus de vaches que d’habitants. Je suis bisexuelle. » « Je m’appelle Geoffrey, j’ai 28 ans, enchaîne son voisin. Je suis gay et en couple depuis deux ans. Nous sommes ouverts à toutes les questions. »
Le silence a pris le dessus. « Qu’est-ce que je fais… Je leur demande ? », murmure Thibaut à sa condisciple. Le jeune homme se lance : « Comment vous voyez les couples hétéros ? Est-ce que ça vous choque ? » La glace est rompue. Les interrogations/interpellations se succèdent ensuite pendant près de deux heures.
« Comment avez-vous su que vous étiez attiré par les garçons ? » « Comment vous l’avez annoncé à vos parents ? » « Est-ce que le regard des gens a changé ? » « Comment vous faites pour draguer ? » « Est-ce que vous êtes triste de ne pas pouvoir avoir d’enfants naturels ? » « Excusez-moi, mais est-ce que vous vous sentez normaux ? Vous vous rendez compte que vous allez à l’encontre des lois de la nature ? » « Est-ce parce que vous êtes gay que vous êtes si gentil ? » « Vous avez déjà été victimes d’homophobie ? »

Des vies normales
Geoffrey et Marie n’éludent aucun sujet. Se livrent à ces 14 adolescents qui leur font face. Racontent ces regards de travers et ces commentaires qu’ils subissent parfois dans la rue, ces larmes de leurs parents lors de l’annonce si difficile, cette amie qui a coupé les ponts… Mais surtout, ils décrivent ces deux vies finalement épanouies et presque banales. Normales. « Les mêmes joies, les mêmes disputes, les mêmes désirs, les mêmes projets que tout le monde. La seule chose qui change, c’est la sexualité. Mais ça, ça relève de la sphère privée. »
Les deux animateurs font partie de GrIS Wallonie. Une expérience pilote d’intervention en milieu scolaire pour lutter contre l’homophobie. « J’ai fait appel à cette initiative parce que l’une de nos élèves réalise son travail de fin d’année sur l’homophobie, parce qu’elle se dit elle-même homophobe », raconte Chantal Depaifve, professeure de sciences sociales. Mais ce jour-là, la discussion se déroule  dans le respect. « Les opinions étaient parfois tranchées mais pas agressives, se réjouit Geoffrey. Je me souviens de ma première animation. Les propos étaient très durs. Les mots «peine de mort» avaient même été lâchés… »
Si Marie et Geoffrey acceptent de mettre ainsi leur vie à nu, c’est pour « faire évoluer les mentalités » et « banaliser l’homosexualité ». « Si quelqu’un était venu nous parler comme cela à 16 ou 17 ans, cela nous aurait beaucoup aidés, peut-être qu’on aurait pu s’assumer plus tôt », ajoutent-ils.
Les bénévoles de GrIS Wallonie sillonnent les établissements scolaires depuis février 2013. Une vingtaine de classes de l’enseignement secondaire ont déjà sollicité leur intervention. Pour le moment, l’expérience reste cantonnée à la région liégeoise mais l’objectif de l’ASBL Arc-en-Ciel (la Fédération des associations de lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, à l’origine de ce projet) est de s’étendre sur tout le territoire wallon. Dès la rentrée académique, des animations seront proposées dans la province de Namur.

Education à la vie affective et sexuelle
« Les écoles sollicitaient beaucoup les associations pour qu’elles interviennent dans les classes, décrit Thibaut Delsemme, coordinateur du projet. Malheureusement, nous n’avions pas toujours le temps ou les ressources pour y répondre systématiquement. D’où l’idée de mettre en place des activités structurées. »
L’initiative s’inspire d’un exemple québécois. Elle s’inscrit aussi dans le cadre de l’Evras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) qui, depuis juillet 2012, fait partie des objectifs généraux de l’enseignement fondamental et secondaire.
« L’école a le devoir de représenter la multiplicité des identités sexuelles, juge Thibaut Delsemme. Puis il faut démystifier l’homosexualité. La montrer, en parler, ne pas en faire un tabou. En donner une autre image aussi que ce qu’on peut en voir de la Gay Pride au journal télévisé ! » Car, comme le répètent Marie et Geoffrey, « les gays ne sont pas automatiquement des fofolles et les lesbiennes des camionneuses ! »
Jusqu’à présent, le projet GrIS Wallonie récolte de bons retours, tant de la part des enseignants que des élèves. « Ils en parlent dans la cour, même avec d’autres qui n’ont pas assisté à l’animation, se réjouit le coordinateur. Les profs nous disent aussi que les insultes homophobes ont tendance à diminuer. Ce n’est peut-être que temporaire, mais c’est déjà ça ! »

Mélanie Geelkens

http://arcenciel-wallonie.be/web/acw/infos/394-les-animations-scolaires-...

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