Orientation, L’Atelier de l’Avenir
Juge, avocat, procureur, mais aussi chirurgien cardiaque, infirmière et sage-femme ou encore journaliste, publicitaire… La liste des métiers qu’une cinquantaine d’enfants issus de quartiers défavorisés ont pu découvrir chaque samedi depuis janvier 2013 au sein de l’Atelier de l’Avenir est longue et variée. Objectif : élargir leurs perspectives d’avenir, leur donner confiance en eux et les aider à prendre conscience de leurs talents.
En juin, l’ultime atelier de cette première saison réunissait les enfants néerlandophon es de la commune de Saint-Josse, à Bruxelle, autour de photographes, tandis que les petits francophones s’initiaient au graphisme. Leur mission du jour : concevoir un logo pour « Toekomst Atelier de l’Avenir » (TADA) pour illustrer un tee-shirt que recevra chacun des 50 participants.
Dans le studio animé par Ikram, les rôles se répartissent : il faut un créatif, quelqu’un pour mettre les idées en œuvre, quelqu’un pour les « détraquer » et deux commerciaux, qui défendront le projet auprès du « client ». Louisa et Amira assument cette fonction, Yassin est le créatif. Première question : « Fait-on un logo bilingue pour Tada ou uniquement pour l’Atelier de l’Avenir ? » Le débat est animé, mais comme le client veut un logo clair, simple et unique, il faut choisir. Ce sera la version française et chaque lettre du mot « avenir » sera formé d’un objet symbolisant un métier : le « i » deviendra pinceau, le « v » stéthoscope… Quand le client fera son choix entre les propositions des quatre studios, il en retiendra finalement deux : le smiley d’un autre groupe, clair et abouti, et le mot avenir formé de symboles, dont l’idée a été trouvée lumineuse.
Avoir le courage d’oser
L’Atelier de l’Avenir s’inspire du succès de l’IMC Weekend School lancé à Amsterdam, fin des années 90. Sofie Foets, qui a introduit le concept à Saint-Josse, espère le voir grandir et s’exporter dans d’autres communes. « C’est un projet qui marche très bien aux Pays-Bas et a beaucoup de potentiel ». Il reçoit l’aide financière de sponsors privés, bénéficie d’une mise à disposition de locaux scolaires et les intervenants professionnels sont bénévoles.
Comme Naïm Baddich, directeur artistique dans une agence de pub. « J’ai grandi à Schaerbeek puis dans une cité sociale à Tubize. Aujourd’hui je suis installé à Molenbeek dans un quartier où vivent des enfants qui ont besoin d’une petite impulsion pour avoir le courage d’oser. Souvent, les enfants se disent simplement ‘ce n’est pas pour moi’. » L’objectif de l’Atelier de l’Avenir est de les amener éviter cette autocensure et à se projeter sans barrière dans l’avenir, en découvrant la réalité de métiers variés.
Sofie Foets et sa petite équipe envisagent de lancer un département R&D pour garantir la qualité du concept en mesurer l’impact sociétal. Autre idée : que les jeunes diplômés de l’Atelier, au terme d’une participation de 2 ans et demi, reçoivent « un ticket d’entrée » pour un programme de suivi, sous la forme d’une alumni pour les jeunes de 14 à 18 ans. Ce programme offrira des « masterclasses » et une aide spécifique pour la recherche de stage, la constitution d’un CV… Dès octobre, TADA comptera quatre classes. « Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires pour financer notre expansion », précise Sofie Foets.
Caroline Dunski
Amira, 11 ans, élève en 5e année
« J’ai raté quelques cours, mais j’ai découvert beaucoup de professions : policier, graphiste, infirmière, sage-femme, juge, avocat, procureur, dessinateur de BD... J’aime venir ici parce que j’apprends chaque fois quelque chose, ce n’est pas une perte de temps. Je connaissais déjà le métier de journaliste, j’avais une petite idée de ce qu’était le métier, mais sans savoir réellement ce qu’est leur travail. Il faut beaucoup de curiosité, bien écouter et dire la vérité. Moi j’aimerais devenir procureur, juge, architecte d’intérieur ou styliste. Je demande des informations sur ces métiers à mes parents, mais j’ai encore le temps de choisir. »



