Champions en herbe

Rédaction en ligne
Mis en ligne

Comment concilier la pratique d’un sport de haut niveau et la vie scolaire ou l’obtention d’un diplôme ? A La Hulpe, une petite école privée prépare de jeunes sportifs au jury central, en leur proposant un programme adapté à leur rythme de vie.

Salomé la skieuse, Inès et Yasmine les joueuses de tennis, Emma la cavalière, Victoria la hockeyeuse… Ces jeunes passionnées souhaitent se donner à fond dans leur discipline respective. Cela représente des heures d’entraînement et, parfois, des journées entières de déplacements. Par exemple, tous les 15 jours, Salomé Scohy – vice-championne de Belgique 2012 en Géant, 4e en slalom – part s’entraîner sur les pistes pendant quatre jours. Dans ces conditions, suivre un cursus scolaire traditionnel est une fameuse gageure !
Même ceux qui ont la chance d’obtenir le statut de « jeunes espoirs sportifs » et peuvent, à ce titre, s’absenter des cours, sont confrontés à la difficulté de garder le niveau scolaire, quand les camarades de classe continuent d’emmagasiner la matière. Les profs, même s’ils se montrent compréhensifs, n’adaptent pas le rythme et la pédagogie aux besoins spécifiques de ces élèves irréguliers.
A La Hulpe, Isabelle Logé propose aux jeunes sportifs de haut niveau de les préparer au Jury central en leur offrant un horaire adapté à leur réalité. Dans son école privée, la SASP (International Studies, Arts, Sports and full Performances), ouverte depuis bientôt deux ans, viennent aussi des jeunes auxquels le système scolaire traditionnel ne convient pas ou encore des ados qui ont un projet particulier, sportif ou artistique.
Isabelle a commencé avec trois élèves, elle en reçoit à présent 35, qui viennent du Brabant wallon, de Bruxelles voire du Hainaut. C’est dire si la demande est importante. Pour l’heure, dans la classe aménagée dans l’ancienne salle à manger de la petite unifamiliale devenue école, Charlotte Van Eetvelde donne cours d’histoire.

Se donner à fond

La demoiselle, elle-même, est hockeyeuse et étudiante en archéologie et histoire de l’art. « J’ai commencé le hockey à six ans. Je me suis toujours donnée à fond pour ce sport d’équipe. Je joue avec les Ducks de Waterloo depuis l’âge de 12 ans et, à 13-14 ans, j’ai été sélectionnée pour jouer une saison en provinciale. C’est là que j’ai pris conscience de mon potentiel. Je ne peux envisager d’arrêter ! Aujourd’hui, je suis dans l’équipe nationale en D2. Isabelle (ndlr : qui s’occupe des filles du club waterlootois) m’a proposé de donner cours à la SASP. C’est une belle opportunité de découvrir un domaine que je ne connais pas et de transférer un savoir dans la continuité de mes études. Moi même, j’ai suivi un enseignement normal et il n’a pas toujours été facile de concilier sport et études, mais j’étais en sciences fortes et comme j’étais très intéressée par la matière, ça me boostait ! Ici, je suis sur la même longueur d’onde que les jeunes sportifs, je parle le même langage. »
Isabelle Logé, qui a toujours voyagé entre enseignement et sport, regrette que la Fédération Wallonie-Bruxelles n’accorde aucun subside pour des initiatives comme la sienne et que l’on ne soutienne que les jeunes sélectionnés par les fédérations sportives. Sa fille, Victoria, 16 ans, joue dans l’équipe nationale junior de hockey. Elle envisage d’aller jouer aux Etats-Unis pour progresser et briguer une place dans l’équipe nationale des dames à son retour. En attendant, elle bosse ses maths dans l’école de sa maman. C’est qu’il s’agit d’affronter les examens d’entrée dans les universités américaines !
CAROLINE DUNSKI


« Permettreaux jeunes de réaliser leurs rêves »
Jacques Borlée, père et entraîneur des athlètes Olivia (27 ans), Kevin et Jonathan (25 ans) et Dylan (20 ans), évoque la future European Sports Academy, qui devrait voir le jour à Bruxelles en 2015 ou 2016.

Quelle place occupe le sport dans votre famille ?
Il existe chez nous dès la naissance. Du plus petit au plus grand, ils ont tous fait de la natation, puis toutes sortes de sports de ballon. (NDLR : la famille compte aussi Alizia, 21 ans, Rayane, 13, et Ilian, 8). A 16 ans, Olivia a voulu faire du sport de compétition. Ses frères ont suivi. Olivia a fait des humanités sportives à Marche-en-Famenne, mais concilier des études supérieures et son activité sportive a été très difficile.

Comment vos enfants ont-ils concilié cela ?
C’est archi-compliqué de goupiller du sport de haut niveau et des études, parce que les cours ne sont pas adaptés et parce qu’il n’y a pas d’infrastructures sportives proches des universités. Olivia a fait des études en architecture d’intérieur et fait du stylisme maintenant. Kevin a entamé des études de kiné en Belgique et aux Etats-Unis et Jonathan, de sciences économiques à Louvain-la-Neuve et aux Etats-Unis, mais ils ont préféré entrer dans le système professionnel.

Que préconisez-vous ?
La capitale de l’Europe n’a même pas un centre sportif de haut niveau ! Pourtant, nous avons la chance d’avoir un grand nombre d’universités très pointues. L’idée est d’initier une académie qui mutualiserait les énergies positives pour permettre aux jeunes d’accomplir leurs rêves et d’avoir une infrastructure pour s’entraîner dans d’excellentes conditions, en bénéficiant des technologies de haut niveau. L’appel d’offres est lancé et la European Sports Academy devrait se concrétiser en 2015 ou 2016. En attendant, nous avons créé une « mini-ESA » à Neerpede, au centre d’entraînement du sporting d’Anderlecht.

Qu’est ce que cette mini-ESA ?
Nous avons sélectionné 5 footballeurs et 5 athlètes que rejoindront bientôt 5 basketteurs et basketteuses. Ils ont entre 16 et 20 ans. Enormément de jeunes partent à l’étranger en pensant qu’ils ne peuvent réussir en Belgique. Pour que les jeunes puissent accomplir leurs rêves dans leur pays, on les accompagne en complément du travail effectué dans leur club et les fédérations. Tous les 15 jours, ils sont rassemblés pour des exercices et des tests où l’on utilise les neurosciences et les technologies les plus poussées. (CDu)

Osez la rencontre !