L’imaginaire des Quatre saisons, c’est le pompon !
Revoici la compagnie des Quatre Saisons avec « L’Arbre Nomade », l’un des incontournables de Chassepierre.
A ma gauche, un manège forain quelconque avec ses musiques criardes, ses canards et ses motos aux couleurs fluo, ses pompons effilochés qui rebondissent frénétiquement au-dessus des enfants. A ma droite, le nouveau carrousel des Quatre Saisons, « L’Arbre Nomade », ses animaux de dentelles et de bois, ses ficelles magiques qui actionnent langues de serpent ou ailes de chouettes, ses chansons qui racontent des histoires, son univers bricolé où l’imaginaire est le seul pompon qui vaille ! La compagnie nous avait déjà fait tourner la tête, en 2009 à Chassepierre, avec leur « P’tit Manège fait main », merveilleux de poésie et d’inventivité. Sortes de Tim Burton du carrousel, ils emmenaient les petits dans une ronde d’animaux soucieux de la planète.
Nous étions loin de nous douter que derrière ce manège enchanté, il y avait bien plus qu’un couple d’acharnés. Il y avait aussi toute une philosophie de l’art durable. Les Quatre Saisons sont aux arts de la rue, ce que le slow food est à la bouffe : tout y est fait main, avec amour et respect de la nature. C’est à Bassenge, près de Liège, dans un corps de ferme rénovée, que nous avons découvert les coulisses de leur nouvelle création, petit bijou de fantaisie qui pousse un peu plus loin l’art de réinventer les manèges. Dans leur atelier, Eric Lefèvre, Gepetto des temps modernes, et sa compagne, Frédérique Prohaczka, « chef chiffonnière », donnent corps à leurs rêves. Tous deux se sont rencontrés pendant leurs études, elle à l’académie des beaux-arts, lui au conservatoire. « Un jour, les deux écoles ont travaillé sur un projet commun, se rappelle Frédérique. Entre nous, la synergie a fonctionné plus longtemps que prévu. »
Un travail artisanal
Vingt ans qu’ils vivent et travaillent ensemble, d’abord sur des échasses, dans des déambulations musicales, et aujourd’hui sur le plancher (tournoyant) des vaches. Ils ont commencé avec des loques colorées achetées sur la brocante St Pholien à Liège, pour créer leur premier spectacle, Les Quatre Saisons. Suivront d’autres spectacles comme Big Mama : une marionnette géante sur échasses, et sous son immense jupe, de petites marionnettes qui surgissent par des fenêtres de tissu, au son d’un orgue de barbarie. Ils tournent partout, en Colombie, aux Etats-Unis, avant de cogiter leurs manèges.
Elle, c’est l’imagination, la scénographie, les esquisses. Lui, c’est le savant fou du bricolage. « Je réalise ses idées folles, sourit-il. Rien que pour la construction du manège, de A à Z, depuis le mécanisme qui fait tourner cette structure de 2 tonnes et de 5 mètres de diamètre, jusqu’à la fabrication des animaux, il a fallu un an de travail. »
Rien que du bois, du métal, des cordages, du tissu. On a banni tout ce qui est issu de la pétrochimie. « Eric fait tout lui-même. Il a même construit la remorque intégrée sous le manège. Il scie, cintre, plie, soude. Avec, au final, un manège qui se démonte en un tour de main et colle, évidemment, aux normes de sécurité. » « Les normes pour les attractions foraines sont fixées par un arrêté royal. On a une société qui vient, vérifie les attaches, les rambardes de sécurité, le système électrique, tout. Souvent ils me complimentent car, non seulement ils trouvent ça beau mais aussi très sécurisé par rapport à ce qu’ils peuvent voir sur certaines fêtes foraines. »
Bien sûr, on n’est pas ici sur le registre de la roue de la mort et autres chenilles qui vous dévissent le cou avec des records de force centrifuge, mais dans un manège tout doux (même s’il peut tourner à une vitesse honorable) qui impressionne surtout par ses animaux improbables. On peut monter sur son serpent à deux places, boa inoffensif sur lequel deux selles de vélo attendent les aventuriers qui pourront actionner sa tête ou sa langue en mirliton. Suspendue à un papillon barbu surnommé « Papiléon a du poil au menton », une chaise de bébé attend les plus petits. D’autres enfourcheront la chauve-souris pour jouer avec ses ailes et lui cacher la tête. Dans les bras d’un couple de très élastiques singes – Doudou et Dame Dame Doudou – on pourra rebondir comme des orangs-outans d’arbre en arbre, en tirant sur des cordes. Il y a encore Miss Black, l’araignée qui vous enlace de ses pattes molletonnées, L’amiral Belle, panthère à apprivoiser, une chic chouette qui vous emmène dans son couffin, ou encore un ver chaussette qui se laisse chatouiller dans sa pomme Reinette. Et pour ceux, trop intimidés pour caresser ces surprenantes bêtes, un nid avec jumelles et œufs de percussions s’offre aux petits. On y monte par une échelle comme on grimpe dans sa cabane préférée. Le genre de manège, que même petits, on n’a pas osé imaginer dans nos rêves les plus fous !
« L’Arbre Nomade » les 17 et 18 août à Chassepierre. Mais aussi à Herve, Charleroi, Sprimont, Villers-la-Ville, etc. Toutes les dates sur www.4saisons.be
Festival des arts de la rue de Chassepierre : le reste du programme.


