A l’abri du soleil, la tête dans les nuages

Jean-marie Wynants
Mis en ligne

A Arles, une exposition fascinante explore ces formes impalpables qui font rêver les hommes.

  • François Coutant invente tout un univers pour nos amis flottants, dont ce « Promenoir à Nuage ».© D.R.
    François Coutant invente tout un univers pour nos amis flottants, dont ce « Promenoir à Nuage ».© D.R.

C’est un moment de fraîcheur et de pure poésie dans une ville abrutie de chaleur. Durant l’été, à Arles, on croise des touristes suivant péniblement une guide qui les trimballe en plein cagnard. On rencontre aussi des habitués venant chaque année pour découvrir les expositions des Rencontres internationales de la photographie. Ceux-là également font la chasse à la bouteille d’eau et au petit coin d’ombre.

Et puis il y a ceux et celles qui, fuyant les places bruyantes du centre-ville, se dirigent par les petites rues ombragées vers le Musée Réattu. Ceux-là viennent chercher ici un peu de calme et de rêve. Ils ne sont pas déçus. Jusqu’au 31 octobre, ce beau musée accueille une étonnante exposition simplement intitulée : Nuage.

Sur ce thème si simple qu’il pourrait paraître un peu mince et réducteur, Michèle Moutashar, conservateur en chef du patrimoine et directrice du musée, a mis sur pied un remarquable parcours mêlant art moderne et contemporain. Dès l’entrée, on est saisi par le calme et la fraîcheur des lieux. Dans la cour, une sculpture de Jaume Plensa accueille le visiteur. Un nuage composé de lettres et caractères venus de différentes cultures. Assis sur celui-ci, un homme aux bras croisé. Une pièce tout en symbole et en transparence.

En apesanteur

On pénètre ensuite dans les escaliers où l’on découvre les « géocalligraphies » de Jacqueline Salmon, myriades de petits traits filant sur la page. À côté, notre compatriote Nathalie Joiris livre un petit vidéo montage où dans un océan de nuages qui défilent calmement, on voit surgir une méduse remontant élégamment le courant. Déjà, on a tout oublié de l’extérieur et on se sent flotter comme en apesanteur.

De nombreux autres compatriotes sont de la partie dans ce parcours qui prend souvent un petit côté surréaliste. On croise Pol Bury qui nous livre sa « Clé des songes », petite huile sur toile plus proche de Dalí que des sculptures mobiles qui ont fait sa renommée. Spilliaert est aussi de la partie avec « Nuage déferlant sur une plage », beau dessin venu de la Bibliothèque royale. Et puis Marcel Broodthaers avec deux œuvres qu’on croirait créées spécialement pour l’occasion.

De salle en salle, les œuvres se répondent, mélangeant les styles, les techniques. Certaines ont un côté scientifique, d’autres sont pures poésie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la rencontre entre un phénomène naturel et la vision qu’en ont les hommes. Jean Arp en fait de blanches sculptures, Brassaï les invente en photographiant le corps humain imité plus tard par Chema Madoz avec son squelette nuageux ou Jean-Baptiste Huynh avec sa série « Intime Infini ».

On redécouvre le « Souffle d’artiste » de Piero Manzoni qui livre également plusieurs pièces d’une blancheur pleine de légèreté. Jordi Alcaraz réinvente l’histoire de la peinture avec un miroir surprenant tandis que Man Ray et Marina Abramovic créent des nuages à partir de cintres et d’une cacahuète. Patrick Bailly-Maître-Grand les trouve simplement dans son café quand Leandro Erlich livre une vue d’avion plus vraie que nature.

Au sommet du parcours, dans une salle où règne une quasi-obscurité, on peut aussi s’effondrer sur un nuage fait d’une multitude de coussins et découvrir, à l’aide d’un système artisanal, une image flottant sur tout le mur : la vue en direct du Rhône à deux pas du musée. Mais l’image inversée et un peu floue recrée un paysage où bleu du ciel et bleu du fleuve se confondent, les nuages se déplaçant, pour une fois, dans le bas du tableau. Un émerveillement de plus dans un parcours que les enfants sont invités à découvrir avec un petit cahier fait spécialement à leur intention. Et que leur envient bien des parents.

 

Jusqu’au 31 octobre au Musée Réattu, 10 rue du Grand-Prieuré, Arles, www. museereattu.arles.fr Fermé le lundi.

Osez la rencontre !