Privat Livemont, chantre de l’Art nouveau

Claire Coljon
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On l’appelait « le Mucha belge » et il vivait à Schaerbeek, surnommé alors « le petit Montmartre bruxellois ».

  • Ce vitrail a été découvert il y a peu et est exposé au Sablon chez Sylvain Berkowitsch. © Pablo Garrigos
    Ce vitrail a été découvert il y a peu et est exposé au Sablon chez Sylvain Berkowitsch. © Pablo Garrigos

On pensait le connaître, il nous réserve une bien belle surprise…

Une surprise ? Celle de ce vitrail, inconnu à ce jour, acquis par l’antiquaire Sylvain Berkowitsch ! Installé depuis une trentaine d’années dans le quartier du Sablon, expert reconnu des productions Boch frères Keramis de La Louvière, grand amateur de peintures, sculptures et d’objets de l’Art Déco, cette redécouverte le réjouit. « Une pièce muséale ! s’enthousiasme l’heureux homme. Ou propre à séduire l’amateur éclairé, le collectionneur… »

Probablement inspiré par l’estampe d’Hokusaï, la vague au large de Kanagawa, Livemont exécuta en 1897 les cartons préparatoires pour La Vague. Un vitrail destiné à illuminer la salle à manger de son ami, l’architecte Paul Saintenoy. Un second, quasi identique, vient d’être remis en lumière par Sylvain Berkowitsch. « La Vague de l’hôtel Saintenoy a les mains jointes, comme en prière, et est découpée en trois panneaux. Celle-ci est assemblée en quatre panneaux, la jeune femme n’a pas cette position d’orante et certaines couleurs varient, souligne l’antiquaire. Pour les deux, on note la modernité des verres utilisés par Raphaël Evaldre, principal maître verrier à Bruxelles durant la période Art nouveau. Précisons que l’homme était passionné par les matériaux, n’hésitait pas à commander ses verres à l’étranger, qu’il fut le disciple de Louis Comfort Tiffany et participa à la diffusion du verre américain dans l’Art nouveau. Imaginez que l’on retrouve des verres Tiffany dans ce vitrail… »

Art nouveau

et symbolisme

« Vagues écumantes, longs cheveux chargés de coquillages, gonflés par les vents, ils sont exploités pour développer les arabesques caractéristiques du style Art nouveau, dont le mouvement violent et multiple contraste avec l’apaisement et l’étirement linéaire des nuages rougeoyants qui occupent la partie supérieure de la composition, commente Benoît Schoonbroodt. L’œuvre est aussi magnifiquement symboliste : vagues et chevelures ondoyantes accompagnent la tourmente d’une femme, sorte de naïade surgie des flots aux prises avec l’infini d’un paysage intérieur qui s’est extériorisé dans la tourmente, dans une sorte d’harmonie avec la nature, pourtant déchaînée. Le dégradé de couleurs participe de la même inspiration symboliste. »

De multiples talents

Né à Schaerbeek en 1861 et décédé en 1936, Privat Livemont fut un artiste aux multiples talents. Il participe à la décoration de l’hôtel de ville de Paris, dresse l’inventaire dessiné du mobilier de la Comédie Française ou les décors d’Hamlet pour l’opéra Garnier. En Hollande, il conçoit les affiches de nombreuses firmes et réalise des travaux décoratifs d’envergure. Il fut – quarante-quatre ans ! – professeur de composition décorative et de peinture de fleurs à l’école industrielle de Schaerbeek, créa des coiffes, des dentelles, des tapisseries et des meubles. Photographe et peintre-décorateur, il décore l’hôtel de M. de Hèle à Bruxelles ou réalise les cartons préparatoires aux panneaux de carrelage qui ornent la Grande Maison de Blanc (32-34 rue du Marché aux Poulets à Bruxelles).

L’homme est aussi peintre de chevalet, affichiste, dessinateur et illustrateur. Il collabore au Monde illustré à Paris, dessine le menu des 50 ans de Schaerbeek et des timbres-poste. Scraffiteur enfin, il suffit au curieux d’arpenter les rues de Schaerbeek le nez en l’air, de s’arrêter devant le 28 avenue Louis Bertrand, la maison Fortin, 6 place des Bienfaiteurs ou le 47 rue Louis Hap, pour admirer ses œuvres…

« Au fil du temps », Sylvain Berkowitsch, 36 rue de la Régence, 1000 Bruxelles. Tel : 02/513 34 87 – www.brussels-antique.com

Osez la rencontre !