Le carnet de bord de Nafi Thiam: «L’argent n’est pas et ne doit pas devenir ma motivation»

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Dans son carnet de bord de ce 15 août, Nafi Thiam nous parle d’argent. Ce que coûte l’heptathlon, comment l’athlète voit sa future carrière…

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Moscou, 15 août

Quand on est encore étudiante, comme moi, tout juste au début de ses études supérieures qui plus est, il est parfois difficile de se projeter déjà dans la vie professionnelle. L’athlétisme est ma passion, c’est clair, et si je peux un jour en faire ma profession, ce sera avec plaisir. Mais je n’y pense pas encore maintenant. Je sais qu’il faut gagner sa vie, qu’on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, mais je ne veux pas faire une obsession de l’argent que je pourrais gagner un jour grâce à l’athlétisme. Ce n’est pas et ce ne doit pas devenir ma motivation.

Depuis toujours, c’est ma maman qui s’occupait de toute l’administration et la logistique me concernant et qui essayait de me trouver des aides pour payer mon matériel. L’heptathlon est une discipline formidable… mais coûteuse. Pour chacune des sept épreuves, il faut, par exemple, des chaussures différentes. Cela n’a l’air de rien, mais ça peut vite chiffrer.

Seul un contrat avec un équipementier permet de solutionner ce problème. Jusqu’il y a quelques semaines, je n’en avais pas et, croyez-le ou non, c’est via un représentant en boissons énergisantes, AA Drink, que je recevais chaque année, en plus des boissons, quelques vêtements adidas (ce qui est déjà pas mal vu que ce n’était pas vraiment son core business !). Et cet hiver, toujours via ce représentant, adidas avait accepté de m’envoyer des vêtements de la nouvelle collection et toutes les chaussures, mais sans contrat. On se débrouille comme on peut !

Fin juin, je suis officiellement passée chez Nike, chez qui j’ai signé un contrat jusqu’en 2016. Changer de matériel, c’est s’habituer à un nouveau type de chaussures et, dès le départ, j’ai eu un peu de mal avec celles que j’utilise en hauteur et au poids parce qu’elles me faisaient souffrir aux chevilles. Mais les responsables de la firme ont été très bien sur ce coup-là et m’ont laissé utiliser mes anciennes, tant à l’Euro junior de Rieti qu’ici. Pour eux, m’ont-ils dit, l’objectif était surtout que je me sente bien pour faire les meilleurs résultats possibles. Tout cela devrait s’arranger bientôt ; je suis allé discuter du problème, mercredi, avec le responsable belge qui est ici à Moscou, et ils vont me faire faire des chaussures personnalisées qui seront recoupées. Ils vont m’envoyer un prototype avant de les finaliser.

C’est l’agence Wafel Sport Management, que j’ai rejointe au printemps, qui m’a trouvée mon nouvel équipementier. C’est une petite structure plutôt familiale, dirigée par Kim et Helena, deux filles géniales, où je me suis tout de suite bien sentie. Elles ont aussi la sensibilité « épreuves combinées » puisque Helena n’est autre que la sœur du décathlonien Thomas Van der Plaetsen ; cela facilite les choses. Avec elles, je suis en confiance, je sais qu’elles sont à mon écoute. Elles sont là à toutes les compétitions importantes, cette année à Rieti et à Moscou. Elles sont là pour me trouver des sponsors mais aussi des compétitions quand j’en ai besoin, toujours en collaboration avec Roger Lespagnard, mon entraîneur.

Je sais que ce n’est pas avec les épreuves combinées que je ferai fortune ! Dans les grands meetings, comme ceux de la Diamond League, il y a rarement de la place pour nous ; peut-être devrait-on imaginer plus souvent des mini-décas ou heptas avec deux ou trois épreuves. C’est dommage, cette non-reconnaissance d’une discipline aussi géniale avec des athlètes aussi complets. Il faut vraiment faire l’effort de plonger dedans et de la regarder du début du début à la fin pour l’apprécier. Je vous le conseille !

Il y a, heureusement, deux grands meetings qui nous sont réservés tous les ans et auxquels assistent de vrais passionnés dans une super ambiance : Götzis, fin mai, en Autriche, et Talence, à la mi-septembre, en France. Je n’ai pas encore eu la chance d’y participer (j’aurais dû aller à Götzis cette année mais on a renoncé pour mieux préparer Rieti) mais j’espère y aller l’an prochain pour découvrir tout ça !

Nafi

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3. Jean-Michel II dit le 15/08/2013, 11:31

L'argent non, l'or bien!

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2. Ianthorpe dit le 15/08/2013, 10:53

Nafi Thiam dont la sympathie et la maturité sont à la hauteur des performances fantastiques réalisées dans le courant de ces derniers mois , représente non pas une lueur , mais bien un phare d'espoir pour notre athlétisme . Dans le foulée , j'adresse un message à nos politiciens qui devraient plus conscientiser les jeunes à pratiquer la natation et l'athlétisme , un espoir passant bien-entendu par une remise en question de notre mentalité , mais aussi par une refonte complète de nos infrastructures bien désuètes , dois-je avouer .

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1. lardetredesagreable dit le 15/08/2013, 10:44

Les romains disaient "mens sana in corpore sano " , un esprit sain dans un corps sain . Bravo Nafi , ta jeunesse rime avec sagesse.

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