11h02: «En Egypte, la reprise du dialogue entre les Frères et l’armée est compromise»

Rédaction en ligne
Mis en ligne | mis à jour

En quelques heures, la capitale égyptienne s’est embrasée mercredi, alors que la police dispersait les rassemblements pro-Morsi. Les morts se comptent par centaines. Baudouin Loos a répondu à vos questions.

  • 
© AP
    © AP

Plusieurs internautes réagissent aux événements et nous disent être horrifiés par ce qui se passe. Il y a deux ans les jeunes descendaient dans la rue pour avoir une démocratie, puis le mouvement a été récupéré par des islamistes, et aujourd’hui tout s’est durci. Comment on en est arrivé là ?

Les frères musulmans avaient participé à la révolution contre Moubarak début 2011. Puis l’Egypte s’est dirigée vers des élections, remportées largement par les Frères Musulmans. Ils n’étaient pourtant pas très majoritaires dans le pays, mais c’était à l’époque la seule force organisée qui disposait d’un solide réseau à travers tout le pays. A travers leurs œuvres caritatives, ils étaient déjà très populaires auprès des masses déshéritées, très nombreuses en Egypte. Les frères Musulmans ont donc remporté ce scrutin mais cela ne faisait pas plaisir à tout le monde. Parmi les mécontents se trouvait notamment une partie de la Justice qui a décidé d’invalider les élections législatives, largement remportées par les Frères Musulmans. C’est ce qui a poussé le président Morsi à prendre les pleins pouvoirs au bout de quelques mois, estimant qu’on l’empêchait de gouverner. Ce faisant il faisait disparaître le pouvoir occulte de l’armée qui était prédominant depuis la fin de la monarchie en 1952. Morsi a essayé de modifier toutes les institutions mais il n’a pas réussi, et comme il prenait des mesures liberticides, une bonne partie de la population a commencé à s’opposer à ce régime. Tout cela s’est cristallisé le 30 Juin de cette année : toutes les forces anti-frères Musulmans se sont réunies dans les grandes villes, ils étaient certainement 4 ou 5 millions. Donc on peut dire que le coup d’Etat qui a été fait le 3 juillet était très probablement appuyé par une bonne partie de la population qui était excédée par les excès de Morsi. Mais le problème c’est qu’il avait eu son pouvoir par les urnes. C’est la première fois qu’il y avait un président élu démocratiquement dans toute l’histoire de l’Egypte, et un an plus tard il est victime d’un coup d’Etat.

De nombreux internautes remettent en question le caractère démocratique des Frères Musulmans…

Je ne vais pas défendre les Frères Musulmans, mais il faut bien admettre leur parti représente une tendance lourde dans la société Egyptienne. Avec un peu de recul, leur année de règne a été chaotique, l’incompétence de leurs cadres a notamment été flagrante et a été une surprise très négative. Quant à dire qu’ils ne sont pas démocrates : ils ont tout de même eu le pouvoir par les urnes, et on le leur retire par un putsch. Donc si on se met à la place des Frères Musulmans on peut comprendre leur extrême frustration.

Concernant ce putsch, Isabelle demande « de quel soutien réel dispose l’armée, est-elle vraiment populaire », et André Riva remarque : « les laïcs semblent avoir confiance en l’armée qu’ils maudissaient pendant la dictature de Moubarak, comment est-ce possible ? »

Il y a effectivement une contradiction extraordinaire. L’armée était à la base de la dictature en Egypte entre 1952 et 2012. Elle n’hésitait alors pas à tirer dans la foule, à recourir à la torture… Et puis est arrivé le mécontentement général à l’égard des Frères Musulmans lorsqu’ils étaient au pouvoir. Le général Al-Sissi a alors dit qu’il voulait mettre de l’ordre, et il a réussi à réunir autour de lui le clan des laïcs, le pape des Coptes, le chef de l’institut Al-Azar. Ils se sont tous mis d’accord pour faire un coup d’Etat, en s’appuyant sur la légitimité populaire que donnaient les manifestations du 30 Juin. L’armée, et donc plus particulièrement le général al-Sissi apparaît un peu aux yeux de la population comme un sauveur. Il se verrait d’ailleurs bien dans le rôle d’un nouveau Nasser. Mais Nasser n’était pas un démocrate, donc le chemin qu’emprunte l’Egypte n’est pas tout à fait rassurant.

Thomas demande si les réactions internationales ne sont pas trop « molles » et ne démontreraient pas clairement que l’Occident a décidé de soutenir le camp de l’armée.

Les dirigeants occidentaux sont assis entre 2 chaises. D’une part ils n’ont rien en commun idéologiquement avec les Frères Musulmans, mais d’autre part ils ne cessent de dire qu’il faut une démocratie. Les Etats-Unis sont bien embêtés : ils ont admonesté l’armée pour les 600 morts, mais rien de plus. La seule vraie décision significative, ce serait de suspendre le 1,3 Milliard qu’ils octroient à l’Egypte chaque année. Hors Obama a simplement décidé de suspendre les manœuvres militaires communes qui étaient prévues en Septembre. C’est une décision qui est très modeste et montre au fond que les Etats-Unis choisissent sans le dire le camp des anti-islamistes, qui leur est naturellement plus proche. Les Européens ont le même dilemme, mais ils ont tenté jusqu’au bout une médiation. La veille du drame, l’envoyé spécial Européen avait un plan sur la table qui était accepté par les frères musulmans mais dont l’armée n’a malheureusement pas voulu

Comment est-ce que vous voyez la suite ?

Envisager le dialogue est à l’heure actuelle difficile. Les deux se réclament d’une certaine légitimité. Les Frères Musulmans disent qu’ils ont la légitimité des urnes et l’armée dit qu’ils ont la légitimité populaire prouvée dans plusieurs manifestations monstres. On ne voit pas bien comment les deux camps pourraient se rapprocher : il faudrait une médiation qui permette aux deux de sauver la face, ça me paraît très difficile. Toutefois je ne pense pas qu’on se dirige vers une guerre civile, ce n’est pas dans la mentalité égyptienne. Mais on peut craindre un retour au terrorisme de la part de la frange la plus extrémiste des Frères Musulmans.

Le direct sur mobile

Vos réactions

Voir toutes les réactions

16. yarot dit le 16/08/2013, 10:42

en europe quand on pour se battre on laisse les femmes et surtout les enfants a la maison , chez eux , par contre on les mets devants , oui je sais pour eux la femme n est qu une chose , un objet .

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 1
15. electron45 dit le 16/08/2013, 10:38

Cela fait des années que les musulmans (religion de paix parait-il) s'entre tuent et le gros scandale est qu'ils prennent les enfants avec eux dans ces manifestations, ainsi plus il y aura d'enfants tués plus les gens vont crier au scandale alors qu'ils en sont responsables de la mort de leurs propres enfants

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 1
14. Fol dit le 16/08/2013, 10:33

C'est clair : vers une situation plus ou moins comparable à la Syrie, à la Libye, à l'Irak. Tout cela semble tellement prévisible.. printemps arabe, printemps islamiste, printemps salafiste et puis.... boum ! implosion de de tel pays arabe. Bien des auteurs l'avaient prédit : "La spirale euro-arabe", "La chute des frères musulmans met les salafistes en orbite" de Jacques Benillouche, et bien d'autres.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 1
13. Mlchael dit le 16/08/2013, 10:32

c est fou comme le fanatisme rend con

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 2 non 2
12. skyman dit le 16/08/2013, 10:29

Oui, la " Spirale Euro-Arabe " excellent ouvrage. Tout s'explique.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 1 non 1
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !