Egypte: éviter que la violence s’impose

Baudouin Loos
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Il est bien loin le « printemps arabe » en Egypte. Répression, état d’urgence, couvre-feu. Et 525 tués, chiffre officiel donc minimaliste, ont été dénombrés en ce 14 août 2013, qui restera inscrit en lettres rouge sang dans l’histoire du pays.

L’armée égyptienne avait repris « son bien », le pouvoir, le 3 juillet, en déposant le président Mohamed Morsi, élu démocratiquement un an plus tôt. Ce mercredi, elle a fait place nette. Par les armes. L’ennemi, la confrérie des Frères musulmans, a réagi comme on pouvait s’y attendre : les plus radicaux d’entre eux s’en sont pris aux biens de l’Etat et, pire, aux coptes, dont des églises ont été brûlées.

Les non-islamistes qui avaient très massivement appuyé le coup d’Etat du 3 juillet sont maintenant plongés dans l’embarras. Mais un seul dirigeant de cette mouvance, Mohamed ElBaradei, le Prix Nobel de la Paix 2005, qui avait appuyé le coup et accepté la vice-présidence offerte par les putschistes, n’a pas pu cautionner le carnage : il a démissionné.

La communauté internationale a condamné la répression sanglante. Mais les termes utilisés par les chancelleries manquaient de fermeté. Et, surtout, l’on se garde bien de mettre les nouvelles autorités sous pression pour qu’elles cherchent un autre chemin que celui de la force brutale.

Ainsi, le New York Times avait suggéré en éditorial que Barack Obama suspende l’imposante assistance militaire octroyée à l’Egypte chaque année depuis qu’elle a signé la paix avec Israël en 1979, mais le président américain s’est contenté d’annuler des manœuvres militaires communes prévues en septembre, ce qui ressemble à une dérisoire admonestation, même si le pensionnaire de la Maison-Blanche a dit condamner l’usage de la violence « avec fermeté »

Alors où va l’Egypte ? Vers la guerre civile ? Peut-être pas. Mais, pour éviter que la violence s’ancre dans les mœurs, il faudra trouver le chemin du dialogue politique. Entre des parties qui se haïssent à mort, cela s’apparente à une gageure. Privés d’une victoire électorale incontestable puis réprimés dans le sang, les islamistes risquent de basculer dans la violence. Une issue trop prévisible, qu’il faut prévenir à tout prix.

Il est du devoir des Européens, qui avaient jusqu’au bout tenté de faire prévaloir la raison, d’appuyer les partisans de la concertation, de toutes leurs forces. Mais il faut bien admettre que le pronostic vital de la jeune démocratie en Egypte est engagé.

Vos réactions

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6. Reg1 dit le 16/08/2013, 19:51

Suite de mon commentaire. El Baradeï n'a pas de visée nationale mais internationale. Il est plus connu à l'étranger que dans son pays. Il était donc logique qu'il se dégage de ce qui ne peut rien lui rapporter en ce moment si ce n'est des ennuis. Les pays européens et américains du nord voient la démocratie par le bout d'une lorgnette qui n'est pas encore celle de beaucoup de pays dans le monde. Chez nous le respect de vote est total, poussée parfois jusqu'à l'absurde! Dans beaucoup de pays, il est normal de renverser des dirigeants élus mais qui ne font pas le boulot correctement où en abuse (parfois, ce serait bien si on pouvait faire de même!). Enfin, déplorons toutes les morts survenues mais c'était probablement le prix pour prouver que démocratie et islamisme sont TOTALEMENT incompatibles ! Puissent les populations concernées bien y réfléchir avant de voter!

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5. Reg1 dit le 16/08/2013, 19:37

Mr LOOS n'a certainement pas vu l'excellente émission "C'est à dire", hier, sur France 5 réunissant sur son plateau 4 véritables experts tous d'origine arabe ! Quand il dit que l'armée a repris son bien, il oublie de dire que c'est suite à l'appel d'une grande majorité du peuple égyptien, les diverses manifestations en ce sens ont réunis plus de 30 MILLIONS de personnes. Il parle aussi de "victoire électorale incontestable" mais ont dit ces experts: très contestable dans les chiffres et la manière: fraudes multiples, intimidations, violences, vote autorisé en burqa ...! Autre élément, la politique de violence suivie par les frères musulmans est totalement programmée et suit un plan bien précis dont le seul but est de mettre le pays à feu et à sang étant donné qu'ils savent très bien qu'un vote futur leur sera totalement défavorable, l'immense majorité des égyptiens étant favorables à l'armée et la "désertion" des touristes ne va pas arranger l'opinion des[...]

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4. Fafnir dit le 16/08/2013, 16:41

Qui pourrait placer cela dans une perspective historique?

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3. frankiel dit le 16/08/2013, 12:51

Deux petites réactions sur l'article: 1. Qui les chancelleries européennes sont-elles censées soutenir? Des militaires sanglants qui n'hésitent pas à tirer dans le tas et qui retire du pouvoir un homme élu démocratiquement ou des islamistes qui n'hésitent pas à mettre le feu à des églises quand les choses ne vont pas comme ils veulent pour l'homme qu'ils ont mis au pouvoir mais qui est loin de tenir les promesses qu'il avait faites au peuple? Choix cornélien et mon avis est qu'on devrait les laisser se débrouiller entre eux. En occident, les peuples se sont battus pour leurs propres libertés, à force d'intervenir dans la lutte des autres peuples, on leur enlève cette part d'émancipation.

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2. Emma Dover dit le 16/08/2013, 11:24

Monsieur Loos, ne vous en déplaise, mais doucement,et surement, le monde arabo-musulman s'auto-détruit.

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