Pour ou contre la tablette à l’école ?

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Ce n’est encore qu’une initiative minoritaire, mais elle commence à prendre de l’ampleur. De plus en plus d’écoles s’équipent de tablettes et louent leur capacité à motiver les élèves. Le cahier de demain ? Certains freins subsistent. Idéologiques, mais surtout économiques : qui va payer l’addition ?

 

Septembre 2012. L’année débute mal, au collège Sint-Pieter et à l’école de commerce Sint-Jozef de Blankenberge. Des iPad ont fait leur apparition dans les cartables des 710 élèves. Un nouveau projet pédagogique décidé par la direction. Le hic : pour « éviter les discriminations », celle-ci a rendu la possession des tablettes obligatoire et ce sont les parents qui doivent mettre la main au portefeuille. Ce qui en irrite certains, qui décident d’introduire un recours contre cette mesure.  Dans un premier temps, les instances administratives leur donnent raison. Mais l’école fait appel et le gouvernement flamand finit par abonder dans son sens. Aujourd’hui, tout se passerait pour le mieux…Qu’elle emploie la méthode forte comme à Blankenberge ou qu’elle préfère une introduction en douceur, la tablette s’invite de plus en plus dans les classes. École libre de Profondsart à Limal, écoles communales de Blegny, athénée royal d’Ans, athénée royal de Waterloo, athénée Léon Lepage à Bruxelles, école fondamentale Sainte Union à Dour, école Saint-Sébastien à Liège, institut Saint-Joseph à Ciney, collège du Sacré Cœur de Charleroi, établissement Le Chêneux à Amay, Cefor Namur, Haute École Galilée Bruxelles… Tous ont franchi le pas. Et la liste est loin d’être exhaustive. Une goutte d’eau, certes, dans l’enseignement de la Communauté française. Mais une goutte d’eau qui commence à faire tâche d’huile. 
 
Avancer à son rythme
Les utilisateurs d’écrans tactiles ne tarissent pas d’éloges. « Après presqu’un an, le bilan est pleinement positif », se réjouit Luc Viatour, professeur de mathématiques à l’institut Saint-Joseph de Ciney. Qui souligne en premier lieu la motivation accrue des élèves. Constat partagé par Pierrick Petillion, instituteur à l’école libre de Profondsart. « Au départ, les parents avaient un peu peur qu’on ne fasse que «ça». Mais ils ont compris que c’était un outil parmi d’autres. Cela n’a pas remplacé le papier ! » Les deux pédagogues soulignent que chaque enfant peut désormais avancer à son rythme. « Par exemple lorsque l’on fait une dictée, décrit Pierrick Petillion. Ils mettent leur casque et peuvent réécouter une partie s’ils n’ont pas suivi. » « Ou pour la correction d’exercices, ajoute Luc Viatour. Chacun prend le temps dont il a besoin, ce qui n’est pas le cas quand on le fait au tableau. Ce qui nous permet d’aider davantage ceux qui sont perdus. »Plus d’individualisation dans les classes, un bon point ? « Laisser un jeune se débrouiller seul avec un outil entre les mains ne fonctionne pas, estime Ariane Baye, chercheuse à l’ULg et responsable scientifique de l’enquête PISA en Communauté française. Des études l’ont montré avec les ordinateurs. Il faut que l’enseignant reste celui qui apprend. » Jean-Paul D’Haeyer, permanent au Setca Enseignement Libre (FGTB) a lancé un coup de sonde parmi ses affiliés pour solliciter leur avis sur la tablette. « Certains m’ont répondu qu’il s’agissait d’un moyen pour l’école d’entrer dans le siècle. Mais beaucoup ont posé cette question : qui va payer ? »
 
L’argent, nerf de la guerre
Pour l’instant, les établissements qui tentent l’expérience ont bénéficié soit des largesses de leur pouvoir organisateur, soit de subsides alloués dans le cadre du projet « Ecoles numériques » de la Région wallonne. Peu peuvent se le permettre sur fonds propres… Faire payer la note aux parents ? Réagissant à la polémique de Blankenberge, la ministre de l’Enseignement obligatoire d’alors, Marie-Dominique Simonet (cdH), avait rappelé qu’il était interdit « de réclamer des frais obligatoires concernant l’achat de matériel dont une tablette pourrait faire partie. » Mais pour beaucoup, une généralisation future ne serait (financièrement) réalisable que par cette voie. « On peut aussi imaginer que cela permettrait de supprimer certains autres frais, comme les photocopies, l’achat de calculettes, de dictionnaires, de manuels… », lance Luc Viatour.
Encore faudrait-il que les éditeurs saisissent ce tournant. Pour l’instant, peu se prépareraient à entrer dans l’ère tactile, les moyens nécessaires pour y parvenir (nécessité d’adapter complètement les ouvrages) étant disproportionnés par rapport au taux de pénétration de l’outil. Reste enfin la question de la formation des enseignants. Condition sine qua non pour une pérennisation de la tablette en milieu scolaire, aux yeux d’André Delacharlerie, responsable de l’Observatoire des TIC à l’Agence wallonne des télécommunications. « Libérer les enseignants pour les former reste très difficile. J’ai calculé : en comparant les formations officielles disponibles et les périodes consacrées à cet effet, on arrive à un taux d’une journée par enseignant… tous les 8 ans. »
Mélanie Geelkens
 
Apple or not Apple ?
La question anime les utilisateurs : plutôt IOS ou Androïd ? Apple ou Samsung et ses nombreuses alternatives ? Pour l’instant, la marque à la pomme aurait pris les devants dans les classes. La quantité d’applications éducatives disponibles serait bien plus riche que chez ses concurrents. La filiale belge du fabricant serait d’ailleurs actuellement occupée à nouer des partenariats avec différents acteurs de l’univers scolaire pour tenter de garder son avance.
Mais les développeurs d’Androïd combleraient petit à petit leur retard. En quelques mois, le nombre d’applis dédiées à l’enseignement aurait fortement augmenté. Et ce système d’exploitation conserve un sérieux avantage : son prix sensiblement moins élevé.       
Ce potentiel juteux marché attire en tout cas pas mal de monde. La marque BIC a par exemple lancé fin 2012 sa propre tablette, Bic Tab, spécialement conçue en collaboration avec Intel pour les écoles primaires. Une startup flamande, Tabbled, a introduit sur le marché un produit à vocation 100% scolaire et à petit prix (à partir de 99 euros).
Pendant ce temps-là, certains professeurs continuent de s’insurger contre une marchandisation de l’enseignement…
M.Gs.

 

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