Le juste tarif du patron public

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef
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Il y avait la phrase célèbre de la top-modèle Linda Evangelista : « Je ne me lève pas pour moins de 10.000 dollars par jour. » Il y a désormais celle de l’administrateur délégué de bpost, hier sur la Première : « Pour 290.000 euros par an, je ne le fais pas. » Le patron de la poste signifiait qu’il était hors de question pour lui qui gagne 1,1 million d’euros – 750.000 de salaire brut de base plus les bonus –, d’entamer un nouveau mandat, souhaité par le gouvernement et ses actionnaires privés, pour le salaire de base proposé à ce stade par le gouvernement pour les patrons d’entreprises publiques. « Ils savent que je suis prêt à faire un effort, mais pas à tomber à 290.000 euros. » Voilà qui met les pieds dans le plat, d’un dossier sur lequel le gouvernement n’a pas réussi à conclure fin juillet et qui va ouvrir les festivités de la rentrée, en zakouski des nominations de quelques patrons publics.

Inutile de dire que les propos de Thijs ont agité les médias sociaux. Il faut reconnaître à Johnny Thijs trois mérites. Le premier est d’être extrêmement légitime dans sa fonction : il parle salaire mais en tant que leader qui a réussi le repositionnement de son entreprise. On dit d’ailleurs que ce n’est plus à la poste mais à la SNCB qu’on devrait le nommer… Le second est d’afficher sa position de façon très transparente. Le sujet n’est pas populaire et suscite une discussion empruntant autant au poujadisme qu’à l’éthique. Le troisième est de n’avoir jamais changé d’arguments auprès du politique : « Le gouvernement doit trouver des chefs d’entreprise bons, intelligents et qui sont prêts à prendre leurs responsabilités. Et donc ils doivent avoir un salaire juste. » Soit l’application de l’adage « If you pay peanuts, you get monkeys », « si vous payez des cacahuètes, vous attirez des singes ». L’argument « Thijs » dit aussi que la loi du marché affecte le patron, mais aussi tous les cadres de l’entreprise. Une trentaine de cadres de bpost gagnent ainsi plus que le Premier ministre, tout en étant strictement alignés sur le marché.

C’est là toute la difficulté mais aussi tout le rôle du monde politique. Là où les patrons et les hauts cadres regardent le « mercato », quelles que soient ses outrances – on l’a vu en finance notamment –, le politique, lui, doit veiller à la justice sociale et à la soutenabilité des tensions, mesurée par le rapport entre la rémunération du patron et le salaire moyen de l’entreprise. La mesure de l’effort que Thijs est prêt à consentir ?

Vos réactions

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12. Mundele dit le 23/08/2013, 18:56

A vouloir que les SERVICES PUBLICS deviennent des entreprises ont biaise tout... demain l'enseignement, la sécurité sociale etc etc tout sera à qui sait payer... Les 'fonctionnaires dirigeants des anciens services public n'étaient pas incompétents... il avaient d'autres missions que de faire de l'argent..... ça, n'importe quel "Solvay" ou simple commerçant sait le faire.... l'illusion du "management" a montré ses limites dans les différentes crises économiques... où étaient les genres "Solvay" ?.... A LA MANOEUVRE DES ESCROQUERIES ET SPECULATIONS DELIRANTES... alors, doucement le basses !

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11. Brusseleir dit le 23/08/2013, 14:42

Schizophrénie En effet, belle hypocrisie - ou schizophrénie? - que celle de responsables politiques qui privatisent et encouragent la mise en Bourse de leurs entreprises publiques, et tous les avantages qui vont avec (productivité, vrai management, dividendes, réduction de fonctionnaires,...) mais qui ne veulent pas assumer les moyens nécessaires au pilotage de ces entreprises dans un marché dont il espèrent tirer tant de bénéfices...

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10. JBadou dit le 23/08/2013, 12:36

C'est malin, avec le peuple, on prend le temps de grappiller centimètre par centimètre à coup de taxe plus ou moins subtiles histoire que la digestion se passe bien et avec les grands patrons on leur baisse leur revenu de 75% d'un coup, forcément que ca gueule...

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9. frankiel dit le 23/08/2013, 12:33

Il est trop payé, c'est certain. Mais vous connaissez beaucoup de gens qui accepteraient de perdre 60% de leur salaire, vous?

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8. jmv71 dit le 23/08/2013, 12:26

Quelle hypocrisie... A tous les jaloux, je suppose que vous avez tous un diplome universitaire genre Solvay et une carrière faite de succès dans des domaines techniques et de management? Si c'est le cas, postulez! Sinon, taisez-vous! La seule chose qui me gêne dans les entreprises publiques, c'est qu'il faut une couleur politique pour pouvoir être nommé au sommet.

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