«Jeune & jolie», un diamant sur l’adolescence, temps des désillusions

Fabienne Bradfer
Mis en ligne

François Ozon filme l’éducation sentimentale sur un air de Françoise Hardy. Impressionniste et magnifique. Entretien.

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Marina Vatch. Photo D.R.
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En cinéma, il y a des rendez-vous attendus avec fièvre et curiosité. Parce que le cinéaste a le don à chaque fois de créer en nous le désir d’une nouvelle histoire. On peut dire ça d’un film de Woody Allen, d’Alain Resnais ou de Clint Eastwood. François Ozon a ce don-là. Surprendre et ravir avec les choses de la vie. À travers le portrait d’une femme qui se bat pour sa liberté et se découvre. Avec Jeune et jolie , il se surpasse.

Une chose importante à dire dès le départ, me semble-t-il, c’est que la prostitution n’est pas vraiment le sujet de votre nouveau film ?

En effet. J’aurais tout aussi bien pu évoquer la drogue, le suicide, l’anorexie chez les jeunes. L’adolescence correspond à une période de la vie où on a envie d’expérimenter. On est encore assez innocent, on ne connaît pas encore les dangers de la vie ni les vraies transgressions. Pour moi, c’était important de faire un film sur cette période car d’une part, la mienne a été épouvantable, j’en ai d’exécrables souvenirs ; d’autre part, j’ai toujours eu l’impression que le cinéma français l’idéalise. Pour moi, l’adolescence est bien plus complexe. C’est la période des désillusions. On croit encore au prince charmant, on se rend compte que vos parents vous mentent, votre corps change et vous devenez un loup-garou. Tout ça est très perturbant. Vous commencez à ressentir une violence intérieure, à protéger votre intimité alors que vos parents vous voient encore petit enfant.

En quoi votre film s’inspire-t-il de la réalité ?

J’ai rencontré des policiers de la Brigade des Mineurs, des prostituées, des psychiatres. Je voulais voir s’il était possible que des filles sans grand souci financier puissent ainsi se prostituer. Le psychiatre qu’on voit dans le film m’a dit que souvent, ces jeunes filles venaient de la bonne bourgeoisie où la religion était fort présente. Il m’a parlé d’une jeune juive qui avait un besoin urgent de s’échapper de son carcan familial et religieux en adoptant une attitude destructrice. C’est comique car on a fait une première projection avec des amis et le film terminé, on voyait les mamans téléphoner à leur fille pour savoir où elles étaient, ce qu’elles faisaient ! J’étais assez content. Si ce film peut installer un dialogue entre mère et fille, car il y a tout de même la découverte de la sexualité qui peut s’avérer un choc et qu’une mère ne sait pas forcément traiter. De l’autre côté, il y a une transmission que la maman doit assumer.

Isabelle n’est pas connectée à ses sentiments. C’est assez troublant…

Avant de faire un pont entre sexualité et amour, il faut parfois beaucoup de temps. C’est peut-être subversif de dire ça mais peut-être est-ce bien ce qui arrive à Isabelle, afin qu’elle puisse se connaître. Pour savoir où sont ses propres désirs. Le fait d’être payée peut aussi mener à la découverte de sa vraie identité. L’argent est une sorte d’auto-protection. Ça montre aussi à quel point la valeur de l’argent a changé.

Contrairement à pas mal de vos films, ici, la famille est très présente et pas destructrice…

Je voulais qu’il y ait plusieurs points de vue sur Isabelle : le frère, la mère, le beau-père… Pour la première fois, je voulais montrer comment une famille peut être forte car malgré ses actions, Isabelle ne détruit pas le cercle familial. Il se renforce même si elle tente d’y échapper.

Une déclinaison en 4 saisons et les chansons de Françoise Hardy !

Je voulais être impressionniste. Françoise est connue pour ses chansons mélancoliques, de tristesse et de désillusions. Elle apporte la poésie dans le film. De manière générale, j’aime inclure des chansons dans mes films car elles apportent des émotions inédites par rapport à ce qui se voit sur l’écran.

Comment s’est fait le choix de Marine qui est une vraie révélation ?

J’ai vu plein de jeunes actrices. La plupart des essais étaient bons. Mais peut-être trop réalistes. Quand Marine est arrivée, il s’est passé quelque chose. Elle était dans la scène et ailleurs en même temps. Ce fut miraculeux. Pour un réalisateur, c’est toujours précieux d’avoir un tel matériau. J’ai eu la même impression la première fois avec Charlotte Rampling. D’ailleurs, pour moi, c’était évident de l’inclure dans le film. Charlotte est quelqu’un de généreux, toujours pleine de tendresse pour ses benjamines. Ici, c’est comme s’il y avait eu une transmission vers la jeune actrice de la part de l’actrice expérimentée.

Comment avez-vous convaincu Marine de s’exposer à ce point ?

Je crois qu’elle l’a fait assez inconsciemment. Elle m’a fait confiance. On a fait beaucoup de lectures, elle m’a aidé à choisir ses partenaires. Elle savait qu’elle avait le film sur les épaules. Elle a appris à être en harmonie avec son corps et je lui ai aussi bien expliqué ce que je voulais montrer dans les scènes de nu. Elle m’a fait confiance. Vous savez, tourner un film porno ne m’intéresse pas. Ça m’emmerderait sérieusement. Je voulais des scènes réalistes mais jamais vulgaires. J’ai essayé de suivre l’évolution du désir et de la découverte de la sexualité.

En quoi une scène de sexe est-elle ou non plus intéressante qu’une autre ?

Pour un réalisateur, c’est un vrai défi de savoir ce qu’il faut ou non montrer, et comment. Vous savez que les acteurs ont peur, et vous pouvez utiliser la tension qui naît de ces moments d’anxiété. Mais souvent les acteurs réussissent, dans ce genre de scène, leur première prise !

Vos réactions

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8. bxl1200rif dit le 22/08/2013, 07:44

@google trotter: en effet, allez voir des films sur des ados "normaux" avec des histoires "banales"...et faites-vous bien chier. Moi perso, si je vais au ciné c'est pour voir autre chose que la réalité et me sentir un peu "bousculé" !

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7. radiogsm dit le 21/08/2013, 13:30

J'irai pas voir

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6. radiogsm dit le 21/08/2013, 13:30

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5. google trotter dit le 21/08/2013, 12:08

@4 bxl : n'y voyez aucune agressivité de ma part, mais trouvez-vous cela "normal" - ou du moins acceptable, parce que vous connaissez un cas similaire au film ? Il y a des jeunes ados heureux qui ne resentent pas du tout le besoin de passer par là : boire, se droguer, user de son corps.... Pourquoi se compliquer la vie ?

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4. bxl1200rif dit le 21/08/2013, 11:22

@loso: faut lire les interviews/articles jusqu'au bout: il est pourtant bien expliqué qu'il ne s'agit pas d'un film sur la prostitution. Donc la comparaison par rapport à un milieu autrement plus réaliste n'a pas lieu d'être ! Et j'en profite pour signaler à tous les bons penseurs que vous semblez être, que perso je connais une histoire semblable...dans la vraie vie ! Et il ne s'agissait pas d'un phantasme d'intello frustré...

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