Pourquoi les bourses plongent en Asie

Pierre-Alexandre Sallier
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L’Indonésie accuse une chute boursière de 10% en cinq jours. Bangkok est au plus bas depuis huit mois. La devise indienne se déprécie à grande vitesse. En cause, le changement pressenti de politique monétaire aux Etats-Unis.

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AFP PHOTO / Yoshikazu TSUNO
    AFP PHOTO / Yoshikazu TSUNO

L a confiance dans le dollar est de retour», annonçait une note de la banque Morgan Stanley la semaine dernière. Avant de prévenir: «Ceci laisse les marchés boursiers – et les autres actifs à fort rendement – à la merci de chocs brutaux.» Premiers en ligne, ceux situés entre Cancer et Capricorne. Djakarta est le plus touché. Enchaînant mardi sa quatrième journée de baisse consécutive, la place indonésienne – qui, au printemps dernier encore battait des records – a plongé de 10%. En moins d’une semaine.

La monnaie de l’archipel a, elle, vu sa valeur fondre de 4% face au dollar, en dépit de la mobilisation des autorités pour enrayer un déclin faisant remonter à la surface le souvenir des crises des années 90. En Inde, la faiblesse de la monnaie nationale face au dollar – elle a perdu 17% cette année – dessine également une possible intervention de la banque centrale. La baisse s’est rapidement propagée au reste des places dites émergentes. En baisse de 6% en quatre séances, Bangkok est au plus bas, Kuala Lumpur et Bombay ont chuté de 3%. L’inquiétude continue d’entourer les actions des sociétés chinoises: celles traitées sur la bourse de Hongkong ont perdu 3% sur la journée d’hier.

En moyenne, le baromètre MSCI donnant une idée de la météo boursière dans les pays dits émergents a accusé un déclin de 4% depuis le milieu de la semaine dernière. Temporairement oublié le «découplage» d’un nouveau monde industriel dont les places financières vibreraient au rythme de leur propre activité locale. L’une après l’autre, ces dernières ont subi le contrecoup du retrait de leurs capitaux par les multinationales de l’investissement. Ils dépassent 8 milliards de dollars depuis le début de l’année; dont la moitié effectuée depuis la mi-août. «Le phénomène est amplifié par des investisseurs locaux, qui, bien souvent, calquent leur comportement sur celui des firmes étrangères et ne sont contrebalancés par aucune caisse de pension locale», explique Raymond Hêche, financier genevois établi à Hongkong.

Wall Street et l’Europe sont aussi en baisse

Un phénomène à relativiser: entre septembre et février, 70 milliards de dollars s’étaient déversés sur ces mêmes places, selon Morgan Stanley. Et en quatre ans, le total des afflux de fonds atteint 4000 milliards, selon l’agence Bloomberg. En outre, la dégringolade n’est pas propre à la seule Asie du Sud-Est. A Wall Street comme en Europe, les places boursières ont cédé entre 2 et 3% en l’espace de cinq jours.

Pourtant un palier semble avoir été franchi. En cause les doutes sur la poursuite de l’expansion économique effrénée de l’activité de ces pays. En Indonésie, le problème reste l’inflation, au plus haut depuis quatre ans. La Malaisie a vu son rythme de croissance passer sous les 5% par an. Le gouvernement taïwanais révise ses prévisions conjoncturelles. Et cela fait des mois que les économistes s’interrogent sur le nouveau rythme de l’économie chinoise.

Au niveau des marchés, ces considérations locales sont cependant supplantées par le reflux de la marée de liquidités circulant autour du globe depuis la crise financière. La dernière réunion de la Réserve fédérale, fin juillet, a ancré dans les esprits l’idée qu’une nouvelle ère allait s’ouvrir aux Etats-Unis. Peut-être dès septembre. Le retour dans un monde où la plus puissante banque centrale n’aurait pas à injecter des masses infinies d’argent frais dans son économie – et dans des banques en en plaçant une partie sur les marchés émergents – afin de les maintenir à flot. Un monde qui, à terme, devrait sortir de cet environnement exceptionnel de taux d’intérêt maintenus au plancher.

Basculement ?

Les milieux financiers scrutent chaque signe pouvant confirmer le basculement. Le prochain est attendu dès aujourd’hui, avec la publication des détails des délibérations des responsables de la politique monétaire américaine, il y a un mois. «C’est le sujet numéro un parmi les investisseurs», notait la semaine dernière Philipp Bärtschi, économiste au sein de la banque J. Safra Sarasin. Ces détails «seront scrutés à la loupe car ils pourraient contenir des indices sur le calendrier du ralentissement des achats d’actifs par la Fed attendu d’ici à la fin de l’année», prévient une note du Crédit Agricole.

Effective, cette fermeture progressive des robinets réduirait davantage les flux de capitaux dirigés vers les marchés émergents. En filigrane, ce mouvement dessine un regain de confiance de la communauté financière envers le billet vert et les emprunts d’Etat américains. Ces derniers jours, en dépit de la tourmente, le dollar n’a ainsi, en moyenne, pas bougé face aux principales devises.

Vos réactions

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3. AlexHanin dit le 21/08/2013, 11:49

@tomaz Qu'est-ce qui vous fait penser que "personne ne veut de leurs bons pourris" ? Que je sache, le bid-to-cover ratio (nombre de candidats acheteurs pour chaque titre émis) est toujours aux alentours de 3 ou 4. Les USA pourront toujours payer les intérêts dus (comme vous le dites, ils impriment autant de dollars qu'ils le souhaitent), et vu que l'inflation promise depuis des années n'est probablement pas pour demain, les titres américains n'ont rien de pourri. De toute façon, il faut bien que les dollars créés finissent quelque part ; concrètement, ils servent à acheter de nouveaux bons du Trésor. La Fed n'achète pas les bons parce que personne n'en veut, mais pour faire baisser les taux d'intérêt afin de relancer l'économie ; ça ne marche pas, mais c'est une autre histoire.

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2. tomaz dit le 21/08/2013, 11:02

ils sont fous les USA dispose d'une dette de 70 trillions, vu que plus personne ne veut de leur bons pourris, c'est la FED qui les achètent, donc le premier créancier des USA est la banque centrale, devant la Chine. Donc, je suis l'imprimeur de billets, je le dépense et j'en achète les dettes, aux USA c'Est la même personne, et tout le monde y croit encore et encore, c'est formidable ce système, si j'étais une personne, j'imprime ma monnaie moi même à la maison, je m'entends avec l'épicier du coin, qui vient placer son argent chez moi et je lui promets des rendements formidables, pour cela je lui imprime encore plus de billets dont seul nous deux reconnaissont la valeur.

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1. AlexHanin dit le 21/08/2013, 10:20

Et ce alors que des flopées de "spécialistes" nous annoncent depuis des années un effondrement du dollar accompagné d'une inflation galopante.

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