Albert Charlier, libraire: «Une réforme fiscale pour Noël!»
Un citoyen se lève pour dire tout haut ce que beaucoup d’indépendants comme lui pensent tout bas : « la fiscalité actuelle tue les petits ! »
Seul debout devant le secrétariat du ministre des Finances, Albert Charlier, libraire bruxellois, est venu supplier Koen Geens de diligenter une réforme fiscale avant les prochaines élections. Comme ça, au culot. Éclairé par la série de L’Echo « Pistes pour une réforme fiscale » (du 31 juillet au 3 août) et les nombreux articles de presse qu’il épluche chaque matin, « dès six heures », derrière son comptoir, celui qui se présente comme le porte-voix des 7 millions de contribuables belges a le verbe fort : « Ce pays étrangle les petits et les indépendants. Pour l’IPP, les deux premières tranches de revenu taxées à 25 et 30 % sont fictives ! Tous les bas et moyens salaires sont d’office imposés à 40 et 45 % minimum. Cette politique fiscale, c’est la petite mort mensuelle de la classe moyenne. C’est de la folie ! », assène-t-il, articles annotés à l’appui.
Or, cet ancien déçu du MR (et visiblement du CDH aussi) se défend de faire du populisme. « Je ne suis ni de gauche ni de droite. À la gauche, j’emprunte la réduction de l’IPP sur les bas et moyens salaires et l’augmentation de l’impôt pour les 770.682 contribuables belges dont le revenu net imposable est supérieur à 50.000 euros. En revanche, je plaide également pour une réduction du taux nominal de l’impôt des sociétés à 20 % (la moyenne européenne est à 25 %, la Belgique à 33,9 %, ndlr) afin de garder un maximum d’entreprises et en encourager d’autres à venir créer de la valeur et de l’emploi en Belgique ». Et pour financer cette réforme, Charlier préconise une lutte efficace contre les fraudes fiscale et sociale, la suppression des provinces « inutiles » et la diminution des dépenses publiques à tous les niveaux de pouvoir.
« Ma légitimité ? Ma citoyenneté »
Albert Charlier était comme choqué qu’on puisse mettre en doute sa légitimité. « Tout le monde devrait pouvoir aider le ministre à imaginer une réforme fiscale crédible s’il le voulait ! Il faudrait des forums fiscaux dans chaque commune. Nous avons de belles universités et des experts dans tout le pays. Nous devons profiter de nos atouts pour recréer de la démocratie participative. »
« Or, poursuit-il, la démocratie, c’est la classe moyenne et les PME. Si vous rendez la confiance, le pouvoir d’achat et de penser à la classe moyenne, vous cassez les forces noires du populisme, de l’extrémisme et du nationalisme, ces refuges pour ceux et celles qui n’y croient plus. Mais il est urgent de le faire avant les élections ! Après, ce sera trop tard ! », prévient-il.
«
Si en trois mois, on peut changer de roi, stabiliser le climat politique du pays, retrouver de la confiance et envoyer un signal positif à l’étranger, on peut bien espérer une réforme fiscale pour Noël !
», lâche-t-il, toujours aussi seul, devant les portes du 12 rue de la Loi, irrémédiablement fermées.
OLIVIER CROUGHS



